En route pour Lisbonne !

© Marcel MOCHET

Comme prévu, à 14 heures précises, le coup d’envoi de la première étape off-shore de la Route des Princes a été donné à Valence, ce dimanche. Les huit multicoques présents en Espagne ont profité d’une bonne brise de nord-ouest soufflant à une vingtaine de nÅ“uds pour boucler le petit parcours côtier de neuf milles mouillé devant la plage de Malvarrosa avant de prendre le large. Au nord, pour rejoindre la marque de passage obligatoire de Benicarlo distante de 60 milles pour les MOD70 et le Maxi80 et au sud, en route directe vers Lisbonne, pour les Multi50. Soit un total de 800 milles pour les uns et de 680 pour les autres, qui devrait, dans un cas comme dans l’autre, se faire au près et dans de petits airs. De quoi donner du fil à tordre aux marins, et plus particulièrement à ceux en charge de la tactique.

MOD70 : Oman Air-Musandam aux commandes

Après avoir quitté le ponton de la marina Real Juan Carlos à la mi-journée, les équipages se sont alignés au départ de la Route des Princes à 14 heures pétantes. Chez les MOD70, Oman Air-Musandam a été le plus prompt à s’élancer. Sidney Gavignet et ses hommes, les seuls à avoir choisi de partir sous grand-voile haute, ont d’emblée pris les commandes de la flotte et bouclé – en 39 minutes – avec une avance confortable les neuf milles du parcours côtier avant d’entamer, cap au nord et sous J2, un long bord de portant tandis que leurs poursuivants, Spindrift en tête, préféraient envoyer le gennaker et abattre davantage pour s’engager plus au large. Reste que deux heures après le coup d’envoi, les Omanais se recalaient sur la même trajectoire que les équipages de Yann Guichard et de Sébastien Josse. Seul Jean-Pierre Dick sur Virbac-Paprec 70 se démarquait en tentant une option très à l’est. Pas idiot quand on sait que le flux de nord-ouest assez fort qui propulsent actuellement les bateaux à plus de 15 nœuds, est prévu de s’écrouler en fin d’après-midi avant de se renforcer légèrement par l’est. Si ce scénario se confirme, les bateaux les plus au large seront alors les premiers à toucher le nouveau vent et à redémarrer. Dans tous les cas, les premiers MOD70 devraient franchir la marque obligatoire de Benicarlo, mouillée à seulement 500 mètres de jetée du port de la capitale espagnole de l’artichaut, entre 18 et 20 heures ce soir. Dès, lors, les trimarans mettront le cap vers Lisbonne. Ils seront cependant loin de faire route directe puisque cette nuit, ils vont devoir composer avec un vent de sud-ouest et donc tirer des bords, au près dans la pétole. De quoi garantir un début de course complexe et quelques rebondissements, notamment au passage du cap de la Nao, que les leaders devraient dépasser très tôt demain matin.

Multi50 : Dans un mouchoir de poche

Partis en même temps que les MOD70 et le Maxi80 Prince de Bretagne, les Multi50 ont pris un bon départ. Actual mené par Yves Le Blévec s’est particulièrement illustré en étant le premier de l’ensemble de la flotte à couper la ligne. Malheureusement, placé sous le vent de la meute, il s’est rapidement fait couvrir par les plus grosses unités, prenant du même coup un peu de plomb dans l’aile pour la suite du petit côtier. A l’inverse, parti en deuxième rideau, le FenêtréA-Cardinal d’Erwan Le Roux est monté en puissance tout au long du parcours, bouclant ainsi les deux tours en pôle position devant Arkema – Région Aquitaine de Lalou Roucayrol, seul Multi50 parti sous grand-voile haute. Néanmoins, à 17 heures, le bateau blanc vert et rouge avait réussi à inverser la tendance après avoir privilégié la terre et pointait à la première place à l’approche du cap de la Nau. Il déboulait alors à 16 nœuds et se préparait à un renforcement du vent au moment du passage de la pointe, effet de site oblige. La suite ? Yves Le Blévec et ses adversaires le savent, elle ne sera pas simple. Dans les prochaines 24 heures, ils vont devoir composer avec les risées et l’instabilité de l’air. De quoi corser le jeu, notamment lors des passages des caps de Palos et de Gata. Mais le plus compliqué sera sans conteste la navigation en mer d’Alboran. Certains prédisent que c’est à cet endroit que la course pourrait se jouer. A suivre donc.

Ils ont dit :

Charles Caudrelier (Edmond de Rothschild) :

Il y a deux choses que l’on sait. D’une part, on va faire beaucoup de près et d’autre part on va faire une grosse partie de l’étape dans une gamme de vent comprise entre 0 à 10 nœuds. Cela promet un début de course compliqué car en Méditerranée, lorsque le vent n’est pas très bien établi, il devient très aléatoire et les modèles météo sont un peu perdus. C’est, en conséquence, très difficile de définir une stratégie. Il faut donc être opportuniste et en même temps avoir un peu de réussite parce qu’on ne sait jamais très bien comment va se placer le vent. Clairement, ça va être complexe jusqu’à Gibraltar. Après en revanche, la remontée le long des côtes portugaises devrait être assez simple. Pour l’instant en tous les cas, c’est relativement clair.

Sidney Gavignet (Oman Air-Musandam) :

Le fait d’aller à Benicarlo, c’est assez sport parce qu’il y a un trou d’air au nord de Valence. C’est bien d’éviter ça aux 50 pieds et pour nous, ça va quand même être fun : il y a l’attribution d’un point là-bas. Après, grosso-modo, ce sera mou en mer d’Alboran et j’ai l’impression que ce sera un peu le scénario du riche qui devient de plus en plus riche. Celui qui sera en tête a Gibraltar aura un atout parce qu’ensuite la flotte s’étirera par devant. En Méditerranée, il faudra être calme, avoir un peu de réussite.

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 70) :

Ce sera une étape assez Méditerranéenne finalement, avec du près et des conditions assez maniables. C’est bien pour un début même si on s’attend à des coups de Jarnac. En tous les cas, le jeu s’annonce hyper ouvert. Ca va être une belle bagarre je pense. Les points clés ? Gilbartar bien sûr, mais déjà dans un premier temps Benicarlo, qui va être un sacré casse-tête. Ensuite, les gros points importants seront les différents caps, notamment celui de Gata, qui est toujours très difficile avec de la pétole ou du vent qui monte assez rapidement. Ca risque d’être un cocktail assez explosif. Il va falloir être très prudent !

Pascal Bidégorry (Sprindrift) :

On a va tirer pas mal de bords au près. Il y a des chances que la nuit prochaine soit un peu molle. Il va donc falloir avoir pas mal de patience. Je pense qu’il va falloir s’appliquer pour faire la petite boucle jusqu’à Bernicarlo parce que les premiers bateaux qui entreront en mer d’Alboran auront un petit avantage pour la suite de la course. Après Gibraltar, ce sera encore plus fragrant. Il ne va pas falloir faire qu’avec les fichiers mais aussi lever la tête et composer avec ce qu’il y a. En clair, avoir les yeux grands ouverts.

Lalou Roucayrol (Arkema – Région Aquitaine) :

On va faire beaucoup de près – environ 90% de la course – et on devrait avoir pas mal de pétole. Ce sera vraiment intéressant et la course sera relancée régulièrement. Le premier passage clé sera le passage du cap Nau. C’est à cet endroit où nous ramasserons le plus. Nous aurons au moins 20-25 nœuds établis. Ensuite, il faudra gérer la mer d’Alboran puis bien négocier le passage de Gibraltar et le cap Saint-Vincent. Pour nous qui n’avons pas encore beaucoup testé le nouveau bateau au près, ce sera très instructif.

Erwan Le Roux (FenêtréA-Cardinal) :

Sur cette première étape, on ne devrait pas mettre beaucoup le gennaker. Peut-être le Code 0 mais on va faire la quasi-totalité de l’étape avec le vent dans le nez. Aujourd’hui, ça va être un peu fort, avec pas mal d’instabilité et beaucoup de risées. Ca va être sympa mais j’ai l’impression que celui qui va être devant va rapidement augmenter son avance avec un vent mollissant. A priori, celui qui sera en tête à Gibraltar a de grandes choses de gagner la régate. Il va falloir bien négocier. Je pense qu’il y a aura de nombreux petits coups à jouer entre les différents caps. Il y aura énormément de stratégie en mer d’Alboran. Tout risque de se jouer là.

Yves Le Blévec (Actual) :

Naviguer en Méditerranée et faire le tour de l’Espagne, c’est toujours compliqué. On est confronté à des tas de régimes de vent différents et il y a de nombreuses zones de transitions à gérer. En tous les cas, là, on a une certitude, c’est qu’au moment du départ, on va être au près et que ça va durer un moment. Quasiment tout le temps en fait. On ne va pas beaucoup ouvrir les voiles jusqu’à Lisbonne, ce qui est plutôt étonnant finalement parce qu’on fait le tour de la péninsule ibérique. Il y a moyen de voir des écarts se creuser dès le départ, notamment entre Valence et le cap de Nau. C’est vraiment très ouvert et ça va le rester jusqu’à l’arrivée.

Source

Rivacom

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