Plus courte mais plus piégeuse

© Alexis Courcoux

Les vents faibles qui vont sévir en début de week-end autour de la péninsule ibérique ont poussé la direction de course de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire à adopter son plan « B ». Le tracé de 452 milles initialement prévu a été réduit à 298 milles : les 41 marins vont pointer directement vers Gijón, au lieu d’aller contourner une bouée météo située au large dans le golfe de Gascogne. Une deuxième étape plus courte, donc, mais bien plus complexe, où il faudra déjouer les pièges d’une navigation côtière dans les petits airs. Départ de Porto samedi à 13 heures.

La petite caravane de la Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire aurait probablement aimé faire durer l’escale portugaise, dans la douceur de Porto. Seulement voilà, demain, samedi, il faut sur le métier remettre son ouvrage. Le départ de la deuxième étape sera donné à 13h00 après une parade nautique sur le Douro, jusqu’au pont Eiffel… une balade nautique en contrebas d’un centre ville coloré et ses ruelles escarpées, entre les façades 19e siècle et les nombreux monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Un côtier très coton

Après le coup de canon donné samedi à 13 heures, la flotte devra s’affranchir d’un petit parcours côtier de 6 milles en baie de Porto. Puis les Figaro Bénéteau seront lâchés en direction Gijón. C’est là que les choses se compliquent. Cette deuxième étape sera soumise à l’influence de deux phénomènes météorologiques : un front orageux la journée du départ, puis l’arrivée progressive d’une dorsale dans le golfe de Gascogne. En clair : instabilité, petits airs, voire calmes, le tout sous les reliefs des côtes portugaises puis espagnoles dont les dévents étendent leurs tentacules loin au large. L’exercice consistera probablement à aller chercher du vent frais de secteur ouest, mieux établi au large, tout en évitant de trop rallonger la route. Mais en cas de panne totale de ventilateur, certains pourraient chercher fortune à la côte, où soufflent les brises thermiques. L’atterrissage à Gijón dans la journée de mardi, sera certainement un des moments les plus délicats, le vent y étant souvent absent.

50% sous génois, 50% sous spi

On peut subdiviser cette étape en trois grands tronçons. D’abord la remontée vers le cap Finisterre (environ 110 milles) où il s’agira de sortir des griffes du front orageux. Puis le long virage à droite jusqu’au cap Ortegal (environ 90 milles), sous l’influence d’une dorsale qui pourrait générer des vents faibles. Enfin, une portion de 98 milles vers Gijón, le long des côtes nord-espagnoles. Au programme, du près/débridé pendant presque une moitié de la course et des allures portantes pour finir. Mais en fonction de l’orientation exacte du flux général de secteur ouest, une myriade de scenarios est possible, avec autant de choix de placement sur la route.

Rien ne sera simple dans ce deuxième acte, d’autant que les solitaires n’ont jamais ferraillé sur ce type de tracé. Les déchus de la première étape y voient l’occasion de renaître de leurs cendres et d’inverser la tendance en termes d’écarts. Réponse dans la journée de mardi.

Ils ont dit

Adrien Hardy (Agir Recouvrement) 22ème à Porto à 2h 23′ 40” du vainqueur :

« La Direction de Course a choisi le petit parcours de 300 milles, sans passer par la bouée Gascogne : route directe parce qu’il n’y a pas trop de vent annoncé… Mais ça peut être aussi long ! Deux ou trois jours prévus. Le départ ne va pas être évident : a priori, on va longer les côtes avec du vent de Nord-Ouest faible et il y aura un effet de « coussin » en arrivant sur le cap Finisterre. Il n’y aura pas forcément de vent à la côte mais d’un autre côté, on ne peut pas envisager d’aller très au large parce que cela rallonge très sensiblement la route.
Mais la vraie difficulté, c’est d’atterrir sur Gijón parce que la brise doit retourner au Sud à partir de lundi : c’est un coin où il n’y a pas un pet d’air avec ces secteurs de vent ! Cela peut durer très longtemps sur les derniers milles avec des écarts importants aussi. Au niveau stratégique, ce n’est pas si intéressant que ça parce qu’on est bloqué par la péninsule ibérique : il n’y a pas 36 000 choix même s’il y a des « tranches » de vent à quelques milles des falaises… On l’a vu en arrivant ici, à Porto. Mais pour anticiper ça sur une zone où personne ne navigue habituellement, avec en plus des effets thermiques, ce n’est pas évident ! »

Thierry Chabagny (Gedimat) 7ème à Porto, à 1h 24′ 20” du vainqueur :

« Cela s’annonce instable avec un petit front orageux qui passe sur Porto samedi : il va falloir se dégager de cette masse nuageuse pour aller chercher du vent frais au large. Ensuite, il y aura un grand bord bâbord amure mais les orages vont peut-être obliger à se recaler dans l’Ouest. Après le cap Finisterre, une dorsale pointe son nez ce qui va provoquer du tout petit temps et une faible dépression doit venir prendre le relais, mais plus ça va, plus elle tarde à arriver… ça sent le petit temps jusqu’à Gijon !
Il faudra réactualiser régulièrement nos cartes météo parce que ce sera notre seule information fiable. Il y a ensuite des pointes et des baies après Estaca de Barrès : si la brise tourne au Sud-Ouest comme annoncé, on sait que ça passe très mal à terre. Mais s’il n’y a rien, pas de vent synoptique, il faudra a contrario jouer à raser la terre, surtout la nuit. Et Gijon, c’est un cul-de-sac où il n’y a pas de vent : il semble qu’il faille atterrir par la côte… »

Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012) 20ème à Porto, à 2h 10′ 16” du vainqueur :

« On ne sait pas par où passer ! Il y a du vent nulle part… Pas facile d’anticiper les bonnes trajectoires entre le vent synoptique faible au large et les effets thermiques à terre. Une étape de compromis. Courte en distance, mais longue en temps. Trois jours prévus pour 300 milles, ça ne fait pas lourd au quotidien !
Rien n’est joué puisque sur cette étape vers Porto, les écarts se sont concrétisés sur les cent derniers milles : on peut donc mettre trois heures à un concurrent sur cette deuxième étape de 300 milles ! Même avec peu d’écart en distance, il peut y avoir beaucoup de temps décompté à l’arrivée. »

Gildas Morvan, Cercle Vert, 6e de l’étape 1 à 1h22 de Yann Eliès :

« Ça part dans du petit temps avec du vent de nord-ouest à aller chercher au large. Il va peut-être falloir tricoter pour aller chercher cette pression au large. Ensuite, on est un peu en « route pêche » sur le cap Finisterre, avec du vent. Le plus gros souci, ce sera après Estaca de Barès (le cap le plus septentrional des côtes nord de l’Espagne). Là, ça se complique. Le vent d’ouest faiblit, avec de la pétole possible. On récupère du vent d’Est, pour finir les derniers milles. La fin d’étape risque d’être compliquée. Il faudra faire des choix, dans du petit temps un peu aléatoire. C’est une étape pas évidente, il y aura des coups à jouer entre le large et la terre. »

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RivaCom

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