Jeunes pousses

© Alexis Courcoux

S’il y a bien des « grands crus » et de « vieux sarments » pour cette 44ème édition de La Solitaire du Figaro-Eric Bombard cachemire, sept « jeunes pousses » s’alignent au départ avec un classement dédié qui s’annonce très ouvert. Une femme, deux Anglais, un Irlandais, un Normand, un Nantais et un Breton vont découvrir les affres de jours sans fin bloqués à la barre, les hallucinations de la troisième nuit de mer, les joies ou les déceptions d’un résultat inattendu, le plaisir de surfer aux côtés des grands noms de la course au large…

Depuis une semaine, les quais de la Garonne se sont mis au diapason de La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire. Les « runs » (petits parcours aller-retour devant Bordeaux) égayent le fleuve, le village attire une foule de monde, dont des centaines d’enfants venus à la rencontre de l’événement et des marins. Les skippers, eux, ont goûté avec modération aux plaisirs de cette ville épicurienne. Mais à 72 heures du départ, se remobiliser devient essentiel.

Ces dernières journées à terre, lorsque les priorités se bousculent et qu’il faut contenir les montées en pression, une partie seulement des 41 navigateurs de cette édition 2013 y est rompue. Mais il y en a sept, au moins, qui commencent à tourner en rond le soir dans leur lit avant d’arriver à trouver le sommeil…

Les sept (nouveaux) mercenaires

Entre les nouveaux skippers forgés aux courses en équipage et aux convoyages et la formation au match-racing et à l’olympisme de la seule femme de cette édition, les parcours sont bien différents : Claire Pruvot (Port de Caen Ouistreham) change clairement de braquet ! Grâce au parrainage de Fabien Delahaye, l’équipière des Jeux Olympiques de Londres en Eliott dispose d’un bateau parfaitement préparé, des conseils d’un animateur de La Solitaire depuis quatre saisons et d’un entraînement intensif au sein du Pole Finistère de Port-la-Forêt. C’est avec fraîcheur et détermination que cette spécialiste du duel s’engage face à quarante marins…

Du côté britannique, la troisième saison de l’Artemis Offshore Academy a sélectionné deux jeunes « bleus » qui, s’ils sont novices en solitaire, ont eu le temps de se mettre en condition au Centre d’Entraînement Méditerranée de la Grande Motte. Jackson Bouttell (Artemis 77) et Edmund Hill (Artemis 37) ont plutôt été formés à l’école de la course au large avec les courses du RORC ou les classiques britanniques, australiennes ou américaines. Mais trois mois intensifs sous la houlette du coach Nicolas Bérenger leur ont permis de combler leurs lacunes solitaires.

L’histoire irlandaise de David Kenefick(Full Irish) est atypique : à force d’accueillir les Figaro Bénéteau en son jardin de Cork dès 2007, le jeune Irlandais s’est décidé à franchir le pas. Issu de la filière voile légère, il n’en a pas pour autant délaissé le grand large et c’est sur le bateau de Michel Desjoyeaux (avant que le triple vainqueur de La Solitaire ne décide lui-même de participer à la course) qu’il a jeté son dévolu. Et même s’il est le plus jeune de la flotte (22 ans le 9 juin prochain) et bien que l’épreuve 2013 ne fasse pas escale en Irlande, David a passé 80 jours à la Grande Motte pour prendre la température de son nouveau challenge.

Le parcours de Simon Troël est aussi original puisqu’il s’engage sur le circuit Figaro Bénéteau aux côtés de Michel Bothuon dès 2012. Malheureusement son « professeur » décède aux Antilles après une 9ème place sur cette Transat AG2R LA MONDIALE et Les Recycleurs Bretons lui offrent la barre de leur bateau. La voile légère en Laser est l’école de la régate et le jeune Breton marque de son empreinte les régates régionales de la série, puis s’embarque sur le Tour de France à la Voile et participe par deux fois au Challenge Espoir Région Bretagne jusqu’en finale : il retrouve d’ailleurs cette année ses deux concurrents de 2012, Corentin Horeau (Bretagne-Crédit Mutuel Espoir) et Julien Villion (Seixo Promotion). De retour de la Transat Bretagne-Martinique (7ème), Simon a pu prendre la mesure du solitaire sur une longue distance : La Solitaire lui offre un format intermédiaire…

Enfin deux autres Français s’alignent pour ce classement « bizuth », tous deux enthousiastes depuis leur plus jeune âge pour cette course atypique en solitaire qui demande beaucoup et offre énormément. La dureté des parcours de trois à quatre jours en mer, les coupures de deux à quatre jours à terre et la diversité des conditions météorologiques sur un mois sont des paramètres nouveaux pour ces deux « crus primeurs » : Joan Ahrweiller (Région Basse Normandie) et Benoît Hochart (Adocis/IB Remarketing). L’un et l’autre viennent sans complexe se mesurer aux spécialistes de la discipline mais leur objectif premier reste un podium au classement « bizuth », un classement qui s’annonce fort disputé !

Ils ont dit : Le regard des « primeurs »

David Kenefick – Full Irish (Irlande), benjamin de la flotte (22 ans) :

« Je dois avouer que je suis assez stressé avant le départ : je n’arrive pas à bien dormir ces dernières nuits, je me retourne en permanence dans mon lit ! Ce que je crains le plus sur cette course, c’est de casser quelque chose… »

Claire Pruvot – Port de Caen Ouistreham (France), seule femme de cette 44ème édition (36 ans) :

« Je découvre après mon parcours match-race et olympique une organisation très différente : déjà de passer de l’équipage au solitaire et sur un format nettement plus long. D’avoir navigué tout l’hiver à Port-la-Forêt a formé mon apprentissage pour me sentir bien sur le bateau mais je sais que je pars dans l’inconnu, surtout pour les deux premières étapes. Je suis à l’aise sur les petits parcours mais il faut aussi tenir la cadence à long terme. »

Joan Ahrweiller – Région Basse Normandie (France), sélectionné par la région normande pour deux participations (29 ans) :

« J’ai eu un coup de chance lorsque la Région Basse Normandie a lancé le projet de sélection d’un jeune coureur normand. Je n’avais pas prévu de faire La Solitaire aussi tôt, mais les événements s’enchaînent bien. Comme je ne connais pas vraiment la course de l’intérieur, je n’ai pas de pression : je vais voir comment ça se passe car les courses d’avant-saison laissent entendre que le niveau des « nouveaux » est assez homogène malgré la diversité des parcours. »

Jackson Bouttell – Artemis 77 (Angleterre), sélectionné par Artemis Offshore Academy (22ans) :

« La Solitaire est probablement un des meilleurs terrains d’apprentissage en voile. Le niveau est assez irréel : ça vous pousse à être meilleur dans tous les domaines. Mais ce que je crains le plus, c’est me retrouver dans un trou de vent pendant que toute la flotte s’échappe. J’aimerai bien gagner dans la catégorie « bizuth », mais il y a plein de gars très bons autour de moi. Je serais heureux pour eux s’ils finissaient devant moi mais je vais quand même tout faire pour les devancer. »

Benoît Hochart – Adocis/IB Remarketing (France), dernier inscrit de La Solitaire du Figaro (27 ans) :

« Quand j’ai eu la possibilité de la faire, je savais que c’était un beau projet personnel et sportif. Je ne me projette pas trop pour me concentrer sur cette première étape. Mais je sais aussi qu’il y a plein de petits détails qui vont faire la différence et je n’en ai pas l’habitude… Je vais faire d’abord attention au parcours, à ne pas faire d’erreurs définitives, à ne pas me disperser et à rester dans le match pour réaliser une belle Solitaire du Figaro jusqu’à Dieppe. »

Edmund Hill – Artemis 37 (Angleterre), sélectionné par Artemis Offshore Academy (30 ans) :

« Cette course commence à faire parler d’elle en Angleterre : elle est très exigeante, le niveau est très élevé, avec des marins excellents et en plus, c’est du monotype : il n’y a pas mieux dans le genre. C’est difficile de dire aujourd’hui à quoi s’attendre. Je vous le dirai à la fin… En espérant que tout ira bien et que ce sera juste le début de quelque chose pour moi sur La Solitaire. Je m’inquiète davantage de mon comportement sur le bateau. Je veux vraiment avoir une constance sur les quatre étapes, pas seulement sur les 100 premiers milles. »

Simon Troel – Les Recycleurs Bretons (France), 7ème de la transat Bretagne-Martinique (26 ans) :

« Le fait d’avoir disputé la Transat Bretagne-Martinique en avril dernier m’a rendu plus serein. Avant ça, je n’avais pas passé plus d’une nuit en mer en solitaire, là, j’en ai fait 22 d’un coup. Mon objectif est d’être content de ma navigation, et d’arriver à rester dans le pack en compagnie des gars avec qui j’étais pendant la transat. Si c’est le cas, alors je ne serai pas très loin du compte pour le classement « bizuth »… »

Source

RivaCom

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