Instruments à vent

© Tanguy de Lamotte / Initiatives Coeur

Ça bouge sur le Pacifique. Alors que les deux leaders sont encore aux prises avec des vents faibles, derrière on s’active. Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) a réduit son retard de plus de 150 milles en vingt-quatre heures. Plus à l’arrière, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) commence à envisager de jouer sa partition dans l’harmonie des Tontons Flingueurs. Jean Le Cam qui les a quittés, préfère jouer les troubadours solitaires.

Pour les deux solistes en tête de course, le Pacifique a troqué les cuivres symphoniques pour une petite musique de chambre. Le vent, qui a singulièrement molli, ne permet pas d’aller très vite, mais permet à Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) comme François Gabart (MACIF) de recharger leurs batteries avant le dernier tronçon qui les mènera jusqu’au cap Horn. Avec encore près de 400 milles d’avance sur Jean-Pierre Dick, les deux leaders ne sont pas encore sous la menace immédiate de leur premier poursuivant. L’occasion est donc belle pour faire un check-up complet du bateau, engranger quelques heures de sommeil bénéfiques et commencer à se projeter sur le passage du cap Horn, d’ici quelques jours.

Les batteries de Bernard

Pas de départ en fanfare pour Bernard Stamm. Le skipper de Cheminées Poujoulat a quitté Dunedin en toute discrétion, après un arrêt forcé et plus de vingt-quatre heures de travail de forçat pour remettre en état son bateau. Les deux hydrogénérateurs sont maintenant en place et le navigateur suisse fait à nouveau route. Joint ce midi à l’occasion du direct, lors d’une brève conversation, Bernard attendait de vérifier si la charge de ses batteries se faisait convenablement, maintenant que les deux hélices sont solidement fixées au tableau arrière du bateau. Du coup, les quelques heures à venir vont sûrement lui paraître longues, en attendant le verdict. Toutes les péripéties de son escale forcée ont fortement entamé le capital sommeil du solitaire qui avouait avoir besoin de dormir, maintenant que le bateau avance sous pilote. Entre la décompression survenant après une forte période d’incertitudes et de tension, et la fatigue physique d’un travail aussi usant qu’ingrat, la perspective d’une sieste réparatrice est plus que bienvenue.

Petite musique de nuit

Pendant ce temps, derrière les deux leaders, tout baigne dans le meilleur des mondes. Jean-Pierre Dick avance à grande vitesse sur une mer qui s’est bien ordonnée, propice aux grandes vitesses. Il manque juste le souffle de vent supplémentaire pour aller titiller la barre des records, mais ce qui est pris n’est plus à prendre. Même son de cloche chez Jean Le Cam. Le skipper de SynerCiel, toujours à l’affut derrière Alex Thomson (Hugo Boss), avouait dans un message à son équipe technique avoir dormi presque huit heures d’affilée. Lui aussi profite d’une mer rangée, d’un vent stable et de la lune qui, chaque nuit, se dévoile un peu plus pour avaler les milles en direction de la porte Pacifique Ouest. Ce trio devrait creuser, au moins provisoirement, les écarts avec le groupe Mike Golding (Gamesa), Dominique Wavre (Mirabaud) et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered). Les trois sont, en effet, sous la menace d’une petite dorsale anticyclonique qui s’étend progressivement depuis le sud de la Nouvelle-Zélande vers la zone de course.

Bel Canto pour Alessandro

La situation fait aussi les affaires d’Arnaud Boissières (Akena Vérandas) qui revient à grand pas sur ce petit peloton. Le Sablais d’adoption démontre, qu’au fur et à mesure de l’avancée de son Vendée Globe, il se sent de plus en plus en phase avec son bateau. Il tient actuellement la deuxième meilleure moyenne des dernières vingt-quatre heures, juste derrière Jean-Pierre Dick. Dans son sillage, Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) est entré à son tour dans le Pacifique. Ils ne sont plus que deux à être encore dans l’Indien, Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) et Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) qui a fêté le passage du cap Leeuwin par un tonitruant air d’opéra. On ne renie pas ses origines d’un trait de plume.

Classement au 28/12 – 16h00

  1. Armel Le Cléac’h
    [ Banque Populaire ]
    à 8659,0 milles de l’arrivée
  2. François Gabart
    [ MACIF]
    à 1,1 milles du leader
  3. Jean Pierre Dick
    [ Virbac-Paprec 3 ]
    à 538,7 milles du leader
  4. Alex Thomson
    [ Hugo Boss ]
    à 903,2 milles du leader
  5. Jean Le Cam
    [ SynerCiel ]
    à 1915,0 milles du leader

Ils ont dit

Bernard Stamm (SUI, Cheminées Poujoulat)

Je suis reparti. Pour l’instant, j’essaye de charger mes batteries. Actuellement, j’ai juste de quoi faire tourner le pilote. Je suis satisfait de ma réparation. J’ai essayé de réparer ma colonne de winch mais je l’ai déjà reperdue. A Dunedin, il y avait plusieurs baies abritées. Du coup, si les vents tournaient, il suffisait de faire 5-6 milles pour retrouver un abri. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs. Il y avait moins de risque pour moi. Je suis fatigué. Je n’ai pas arrêté du tout. Je suis usé. Je vais aller dormir parce qu’il faut que je recharge aussi mes propres batteries.

Arnaud Boissières (FRA, AKENA Vérandas)

(A propos de l’île Campbell) C’était absolument magnifique de voir ce paysage. Je suis privilégié. Il n’y a pas beaucoup de monde qui peut voir ce beau spectacle. Je suis très heureux. Jusqu’au cap Horn, je veux réduire l’écart. Je vais essayer d’attaquer Javier. Je suis bien sur mon bateau, on verra comment ça se passe après le cap Horn. J’aimerais bien passer près. En plus, il y a des icebergs assez proches, donc il faudra faire attention. Mais bon, ce n’est pas tout de suite, ça a le temps de changer.

Mike Golding (GBR, Gamesa)

Les conditions sont stables maintenant. Le vent se renforce de nouveau et dans la bonne direction, cependant je ne suis pas tout à fait satisfait de ma trajectoire d’approche de cette porte. J’aurais dû me donner un peu plus de mal et descendre un peu plus au sud, mais c’est difficile de ne pas faire route directe quand on en a la possibilité. Dominique et moi sommes plus ou moins sur la même route, dans des conditions similaires.

François Gabart (FRA, MACIF)

(A propos d’Armel) Je ne sais pas si c’est rassurant d’être à côté de lui au cap Horn. Ce qui est plus rassurant, c’est d’être devant avec 200 milles d’avance. Mais, entre nous, ça va être sympa. Si on peut faire la différence à n’importe quel moment au niveau stratégique ou mécanique, on ne va pas se priver. (A propos du cap Horn) J’y pense déjà. C’est assez rigolo. Je suis allé faire un petit tour sur la carte du cap Horn pour voir comment ça se présentait. Je me suis un peu renseigné sur les lieux. J’y pense, ce n’est pas dans si longtemps que ça. C’est une belle récompense. Ça fait partie des endroits symboliques et je pense que ça sera un super moment de navigation.

Tanguy de Lamotte (FRA, Initiatives-cœur)

Ça va super, il fait frais mais ça va. Ce matin, je me suis dit que ça serait une bonne journée pour se laver les cheveux. Ça réveille bien. Je savais que je n’avais pas de manœuvre du coup, j’ai vraiment profité de ce réveil. J’essaye de diner en début de nuit, car ça aide à se réchauffer. Après le déjeuner, j’essaye de faire une petite sieste. Là j’ai fait pas mal de manœuvres, il faut faire attention à bien se réchauffer car il fait vraiment froid dehors.

Source

Liliane Fretté Communication

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