Union Paficique

© Alessandro di Benedetto / Team Plastique

En bonne locomotive, les deux hommes de tête ont opté pour le même choix stratégique, celui de contourner le petit centre dépressionnaire qui se dresse devant leur étrave par le sud. Une option, somme toute, conforme au tempérament des deux navigateurs, qui tendent à choisir des trajectoires les plus proches possibles de la route directe. Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) et ses poursuivants sont sur des rails et devraient réduire l’écart.
Ils ne se sont donc pas quittés. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et François Gabart (MACIF) n’ont pas été jouer avec le feu sur une route, a priori plus rapide sur les routages, mais qui entraînait des écarts substantiels par rapport à l’orthodromie. Réduire la prise de risque est assez logique quand on navigue en tête de flotte, bord à bord avec un adversaire particulièrement tenace, et quand le plus proche poursuivant pointe encore à près de 36 heures de mer. Même si Jean-Pierre Dick revenait à 300 milles, ce serait encore un matelas plutôt confortable pour les deux hommes de tête, à l’heure d’attaquer l’Atlantique Sud. Pourtant, les uns comme les autres se refusent à croire que la messe est dite. Tous peuvent avoir en mémoire qu’en 2000, Michel Desjoyeaux, nanti de plus de 300 milles d’avance sur Ellen Mac Arthur au cap Horn, avait dû batailler pour se défaire de la jeune Anglaise. De même, en, 2004, Jean Le Cam fort de plus de 250 milles d’avance sur Vincent Riou avait vu son pécule fondre en vingt-quatre heures, juste après avoir viré le « caillou ». Englué dans des calmes, le leader n’avait pu que constater le retour implacable de son dauphin. Pour la première fois de l’histoire du Vendée Globe, celui qui avait passé le Horn en tête ne gagnerait pas l’épreuve. Au vu de ces constats, on comprend que les navigateurs soient d’une grande prudence quant à l’issue de cette édition 2012-2013. Le passage du cap Horn pourrait avoir lieu dans la journée du 1er janvier.

Le baladin du monde austral

Pour Bernard Stamm, ce tour du monde commence à ressembler à une drôle de balade autour des rivages de Nouvelle-Zélande. Le skipper de Cheminées Poujoulat, après avoir cherché refuge le long de la côte est des îles Auckland avait fini par mouiller dans Sandy Bay, une anse au nord de l’archipel. C’est ici que son ancre, engorgée dans des laminaires, ces algues dont les filaments peuvent remonter jusqu’à la surface, avait fini par décrocher. Bernard avait alors sollicité l’autorisation de se mettre à couple d’un navire scientifique russe qui avait jeté l’ancre dans la même baie. Cette demande, de même que les conditions de sa mise en œuvre, ont fait l’objet d’un rapport transmis au comité de course qui a décidé de porter l’affaire devant le jury sous forme d’une réclamation. Ce faisant, les arbitres sont dans leur rôle, celui de veiller à ce que les règles fondamentales qui régissent l’épreuve soient respectées. Bernard Stamm doit, quant à lui, dès qu’il disposera de l’énergie suffisante à bord, transmettre les éléments qui tendront à prouver qu’il n’a pas reçu d’assistance, au sens du règlement du Vendée Globe. Le jury devra ensuite statuer au vu de l’ensemble des pièces fournies. Pour l’heure, Bernard se débat toujours avec la réparation de ses hydrogénérateurs. Après avoir mouillé devant Dunedin, il a dû changer de havre, les vents tournant progressivement au nord-est. Le navigateur espère toutefois pouvoir repartir bientôt, afin de boucler son tour du monde.

Grandes vitesses à l’entrée du Pacifique

Le reste de la flotte fait son entrée dans le Pacifique à bonne vitesse. Alex Thomson (Hugo Boss) continue d’aligner des distances journalières de plus de 400 milles. A 2000 milles environ de la tête de flotte, le peloton, emmené par Jean Le Cam (SynerCiel) est toujours aux prises avec la petite dépression particulièrement virulente qui s’était formée en mer de Tasman. Petit à petit, elle devrait s’évacuer par le sud-est et laisser la place à une zone de transition qui pourrait ralentir la marche en avant de Mike Golding (Gamesa), Dominique Wavre (Mirabaud) et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered). C’est d’ailleurs cette possible modification des conditions météo par le nord de la zone qui a incité le navigateur suisse à se décaler dans le sud de son concurrent britannique. Javier Sanso, quant à lui, était loin de ces problématiques. D’avoir réussi à monter en tête de mât et d’avoir réparé la pièce de son rail de têtière de grand-voile défectueuse, suffisent à son bonheur. Pour les quatre navigateurs encore dans l’océan Indien, l’objectif Pacifique se profile un peu plus chaque jour. Arnaud Boissières (Akena Vérandas) file toujours à l’avant d’un front, quand Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets), Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) et Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) se débattent dans des vents autrement plus instables. Une nouvelle dépression va prochainement les rattraper. Les grandes vitesses seront de retour sous peu.

Classement au 27/12 – 16h00

  1. Armel Le Cléac’h
    [ Banque Populaire ]
    à 8 929.3milles de l’arrivée
  2. François Gabart
    [ Macif ]
    à 29.4 milles du leader
  3. Jean-Pierre Dick
    [ Virbac Paprec 3 ]
    à 538.7 milles du leader
  4. Alex Thomson
    [ Hugo Boss ]
    à 903.2 milles du leader
  5. Jean Le Cam
    [ SynerCiel ]
    à 1 915 milles du leader

Ils ont dit

Stewart Hosford (directeur technique d’Alex Thomson – Hugo Boss)

On est en contact régulier avec Alex, il nous envoie au moins un mail par jour, c’est la procédure chez nous en cas de crise. On parle bien évidemment de la réparation de son hydrogénérateur, même si la météo n’a pas été très bonne et n’a pas permis à Alex de progresser dans cette réparation. Actuellement, on essaie de comprendre ce qui s’est passé et de déterminer comment on peut y remédier, plutôt que de réellement y travailler. Vu le contexte, Alex s’en sort bien, surtout quand on sait que ni lui, ni son bateau n’étaient allés aussi loin dans un Vendée Globe jusqu’ici. Nous sommes ravis de le voir là où il est. Il a perdu un peu de terrain, bien sûr, mais il est toujours à une distance raisonnable de Jean-Pierre Dick. Il a des jours plus compliqués que d’autres, où il ne prend aucun plaisir, et puis il y a aussi les jours où il s’éclate et où il apprécie d’être là. Je pense que, de façon générale, il est très heureux d’être en mer.

Dominique Wavre (SUI, Mirabaud)

Il y a une très belle lune, la mer est un peu désordonnée. Mirabaud se porte merveilleusement bien comme le skipper. Je suis hyper en forme. J’ai fait quelques petites vérifications mais rien de spécial. Tout fonctionne bien. C’est de la petite maintenance, pas de grosses réparations.
(A propos de Mike Golding) La nuit passée, il a eu un petit décalage et un empannage. Il a toujours 80 milles d’avance mais je vais pouvoir attaquer la prochaine porte avec un meilleur angle. Ça va être intéressant. Je pense qu’une ouverture va être possible avant le cap Horn. C’est sympa en tout cas d’avoir un petit compagnon de route. Je trouve ça passionnant.

Armel Le Cléac’h (FRA, Banque Populaire)

Ça se bagarre bien. On est ensemble quasiment depuis le début avec François. Jusqu’au cap Horn, on risque d’être assez proches car les options météos ne sont pas énormes. A moins d’un imprévu, la bagarre sera d’autant plus belle dans l’Atlantique. Avec les portes, il y a peu de choix. La porte Amsterdam a été un peu plus dure. On n’a pas une grosse marge de stratégie. On s’est vu à la dernière porte Ouest Pacifique. C’était un peu comme à l’entraînement donc c’est sympa de se voir. Ça fait passer le temps un peu plus vite car on regarde le petit camarade. D’avoir comme ça, un bon repère en termes de vitesse, c’est super intéressant.

Jean Le Cam (FRA, SynerCiel)

On est toujours dans la même dépression. J’ai pris un grain à 37 nœuds avec le petit gennaker donc j’ai roulé en catastrophe. Je suis fatigué mais ça valait le coup. Après il ne faut pas non plus aller à la connerie. J’ai fait un planté, puis j’ai pris un grain, tu peux tout faire péter donc… attention. Les Sables d’Olonne, tu pars de 0° environ, puis tu ne fais que de l’est. Passer l’antiméridien, ça veut dire qu’on revient vers la maison. Ça fait du bien, surtout dans les conditions actuelles. Aujourd’hui, avec la mer qu’il y a, tu ne sais pas comment faire pour aller vite… et tu ne vas pas vite. Bref, tu attends que ça se passe.

Jean-Pierre Dick (FRA, Virbac Paprec 3)

Il y a un front assez puissant qui arrive, je vais pouvoir prendre un peu de vitesse. Il y a des nuages assez hauts mais la nuit est vraiment noire avec l’arrivée du front et le vent monte à plus de 30 nœuds. Hier, ça a été galère. J’ai eu moins de vent que prévu. Dans ces cas là, il faut être fataliste car de toute façon, on n’y peut rien. Il faut attendre que ça revienne dans l’autre sens.

Source

Liliane Fretté Communication

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