D’Ali en reste baba

© Yohan Brandt

Il est le premier surpris Pietro D’Ali d’avoir terminé cette première étape de l’Eiffage TP Med Race en tête. Dans un français hasardeux, au large d’Ajaccio, l’Italien explique avoir fait la différence à l’aube. « Je suis passé à la côte ce matin et j’ai touché une brise thermique » résume t-il et c’est grâce à ce petit coup tactique qu’il a mis Erwan Tabarly (Nacarat) et Xavier Macaire (skipper Hérault) dans son tableau arrière. Mais ce qui surprend encore plus le transalpin, c’est de voir les spis de la flotte fleurir la baie d’Ajaccio alors qu’il avait perdu leur trace depuis le passage de Porquerolles, dans la nuit de vendredi à samedi. C’est à ce moment là que la course s’est jouée, pour le bonheur des uns (D’Ali, Tabarly, Macaire) et pour le malheur de l’immense majorité restée engluée dans la molle. « Quand tu vois des gars qui sont derrière toi, qui te passent devant et qui te mettent 15 milles, c’est dur. C’est monstrueux l’écart qu’ils ont créé » enrage Morgan Lagravière, 5ème à bord de Vendée, car il faut dire que les figaristes, qui naviguent généralement au contact ne sont guère habitués à ce genre de surprise dont la Méditerranée à le secret. Pour la direction de course, la situation n’a pas été plus simple puisque la flotte était hors de portée de VHF et impossible à localiser, comme à l’époque des premières courses au large. « La question qu’on se posait, c’est : si le vent ne se lève pas, que fait on ? » explique le directeur de course, Jean Coadou qui se voyait mal annuler une étape aussi longue et qui se rongeait les sangs – comme beaucoup de coureurs – à l’idée que seuls les trois premiers franchissent la ligne dans le temps imparti, releguant les 16 autres dans les profondeurs du classement. Le scénario a finalement été plus clair avec 18 bateaux à se classer et un abandon (Jean-Pierre Nicol / Bernard Controls). Didier Bouillard, le méritant Président de la classe Figaro a franchi la ligne en dernier, à 17h29. Il aura battu le record du temps passé en mer avec près de 49h29 en course à la vitesse moyenne de 3,47 nœuds.

Interview de Pietro D’Ali (TX active i.nova) – vainqueur de l’étape

« Je suis passé à la côte ce matin et j’ai touché un peu de vent. Je ne pensais pas que l’étape serait aussi longue. Après Porquerolles, nous étions sûrs d’être devant et nous étions toute la journée d’hier tous les trois. Ce matin, j’ai fait le bon choix. A un moment, j’ai craint que l’on n’arrive pas dans les temps et que la manche soit annulée. »

Interview d’Erwan Tabarly (Nacarat) – 2ème de l’étape

« Avant de passer les Îles du Levant, la flotte naviguait groupée. Je me suis échappé puis, deux autres bateaux sont revenus sur moi. Nous avons navigué sur la suite de l’étape ensemble. Nous ne savions pas où étaient situés les autres, nous étions coupés d’eux. J’avais peur qu’ils aient pris une option radicalement différente de la mienne et qu’ils soient devant nous. J’ai dormi par deux ou trois tranches de dix minutes. Dans si peu de vent, nous devons rester vigilants car il peut rentrer n’importe quand, sans que nous ayons les voiles réglées. Sur la deuxième nuit, il n’y avait pas de vent du tout et les dernières 24h n’ont été que de la pétole. La course s’est jouée pour moi sur les derniers milles. Pietro est passé devant car il était plus près de la côte et a récupéré le vent avant moi. Je vais profiter des heures qui arrivent pour manger et me reposer un peu avant d’aller à la remise des prix ce soir. »

Interview de Xavier Macaire (Skipper Hérault) – 3ème de l’étape

« La douche va être bonne ! On a eu bien chaud ! C’était bien de passer par Porquerolles car la route directe aurait été stressante. Je suis content de ma navigation. Il y a eu des pannes de vent énormes, c’est un peu énervant. C’était bien d’être à trois, ça nous a permis de nous jauger, de faire des petits coups tactiques. C’est un peu stressant de ne pas voir les autres. Parfois, on se dit que quelqu’un a pu passer en faisant la cuiller. Nous parlions avec le comité mais pas entre nous. »

Interview de Frédéric Duthil (Sepalumic) – 4ème de l’étape

« Je me suis pris un kite sur le départ ! J’ai vu le mec arriver, je ne le sentais pas bien, j’ai commencé à virer à cause de lui, il a paniqué et fait tomber son aile dans mon mât. C’était un débutant qui était en train de prendre des cours. J’ai finalement réussi à me dégager assez rapidement mais je suis passé dernier à la bouée au vent. Hier soir, nous avions 15 milles de retard sur le peloton de tête. On a discuté avec Fabien et les autres et on se disait que ce serait dur de finir. On flippait qu’Erwan passe la ligne en tête et qu’on arrive trop tard pour être classé. A Porquerolles, nous sommes restés bloqués quasiment toute la nuit. C’est rare que ce soit éclaté comme ça. On ne savait pas où on était ! »

Interview de Morgan Lagravière (Vendée) – 6ème de l’étape

« Ce n’est pas très intéressant comme navigation. C’est toujours sympa d’arriver en Corse mais ça s’est un peu joué au loto. Cette place, c’est bien, c’est un résultat honorable mais ça n’a pas été l’éclate totale pendant toute la course ! Quand tu vois des gars qui sont derrière toi, qui te passent devant et qui te mettent 15 milles, c’est dur. C’est monstrueux l’écart qu’ils ont créé. On est bien revenu ce matin, on avait un petit espoir que ça marche mais il y avait tellement d’écarts ! Cette étape a le mérite d’être terminée mais je n’en garderais pas un super souvenir ! ».

Interview de Corentin Horeau (Bretagne Crédit Mutuel Espoir) – 10ème de l’étape

« Le match avec Gildas s’est joué seulement sur la fin. J’ai sans doute déclenché mon deuxième empannage avec 15 secondes de retard mais avant cela, nous étions tout le temps l’étrave dans le tableau arrière de l’autre. J’ai fait une petite bourde au Cap Sicié en me collant trop à la côte mais je me suis dit qu’en Med, c’était très aléatoire et qu’il y avait moyen de revenir. On a vu partir les trois premiers au passage de Porquerolles et on a eu une bonne surprise en revenant ce matin à l’approche de la Corse. »

Interview de Jean Coadou, Directeur de course :

« Vu de terre, quand tout le monde est amarré, on peut se dire que c’était simple mais ce n’était pas le cas. La difficulté, c’est que si le vent ne se levait pas, on avait trois classés et tous les autres prenaient 20 points, à double coefficient. C’est-à-dire que la course aurait été pliée dès ce soir. La question qu’on se posait, c’est : si le vent ne se lève pas, qu’est-ce qu’on fait ? Si personne n’arrivait, on aurait pris le classement établi à Porquerolles mais il ne reflétait pas la réalité d’aujourd’hui. En plus, on ne pouvait pas joindre la flotte et on ne savait pas où ils étaient. Ce sont des situations délicates. C’est comme dans une régate d’Optimists ou de Lasers, on ne sait jamais qui on va léser en cas d’annulation. »

Les hostilités vont bientôt débuter en M34

La majeure partie des M34 est enfin arrivée en Corse. Certains comme Bretagne Crédit Mutuel Elite ont rejoint directement Propriano par la mer, tandis que les Dunkerquois ont privilégié le ferry – amarré à Ajaccio. Les hommes de Courrier Dunkerque 3 convoieront donc entre aujourd’hui et demain matin le navire vers Propriano. Ravis de clore la saison sur la Med Race, les deux cadors comptent en découdre et s’imposer sur la première marche du podium. « Nous avons un double objectif sur cette épreuve : premièrement, nous voulons la remporter, et deuxièmement, nous allons continuer à identifier les points de travail pour cet hiver » confiait Daniel tout comme Nicolas qui avouait être là « pour remporter la Med ». Demain lundi, les 10 inscrits devront être arrivés à bon port à Propriano pour pouvoir disputer la première journée de course qui se déroulera le lendemain mardi.

Daniel Souben, skipper de Courrier Dunkerque 3 :

« Nous avons un double objectif sur cette épreuve : premièrement, nous voulons la remporter, et deuxièmement, nous allons continuer à identifier les points de travail pour cet hiver. Mathématiquement nous pouvons garder notre titre de Champion de France, mais cela semble difficile. Nous n’avons pas toutes les cartes en main pour cela. Quoiqu’il en soit, nous souhaitons terminer la saison sur une note positive ! C’est sympa que les deux finales du Championnat se courent sur la même épreuve. »

Nicolas Troussel, skipper de Bretagne Crédit Mutuel Elite :

« Nous sommes là pour remporter la Med et au moins conserver notre 3ème place. Les 4 premiers sur le Championnat de Course au Large en Equipage ont la même problématique : nous sommes tous à 4 points les uns des autres. Le format de course est intéressant et assez court. Si la météo joue le jeu, il peut y avoir des surprises dans les classements. Je suis assez optimiste »

Classement provisoire de l’étape de ralliement entre Marseille – Ajaccio (Figaro) :

  1. Pietro D’Ali / TX active i.nova à 12h13’50”
  2. Erwan Tabarly / Nacarat
  3. Xavier Macaire / Skipper Hérault
  4. Frédéric Duthil / Sepalumic
  5. Morgan Lagravière / Vendée
  6. Paul Meilhat / Macif 2011
  7. Nicolas Lunven / Générali
  8. Fabien Delahaye / Macif 2012
  9. Gildas Morvan / Cercle Vert
  10. Corentin Horeau / Bretagne Crédit Mutuel Espoir
  11. Jean-Paul Mouren / MarseilEntreprise
  12. Mathieu Girolet / Entreprendre Lafont Presse
  13. Damien Guillou / La solidarité mutualiste
  14. Yoann Richomme / DLBC
  15. Thomas Normand / Financière de l’Echiquier
  16. Thomas Ruyant / Destination Dunkerque
  17. Adrien Hardy / Agir Recouvrement à 14h23’50”
  18. Didier Bouillard / Jehol en approche de la ligne à 17h29
    ABN. Jean-Pierre Nicol / Bernard Controls

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