Coincer la bulle

© Gildas Hémon - Kérys

Depuis deux jours, la flotte des Minis progresse à raison de près de deux cents milles par jour pour les hommes de tête. Qui plus est, pour la première fois depuis le départ, les solitaires peuvent faire route directe vers l’archipel des Açores. Mais la course n’est pas jouée pour autant. Une bulle anticyclonique se développe sur la route des concurrents. Tassements des écarts et jeu de poker en vue pour les prochaines vingt-quatre heures.

Incertitude absolue en prototype et situation clarifiée en série… Les coureurs ne sont pas tous logés à la même enseigne à deux jours de l’arrivée. Si Justine Mettraux (Team Work) commence à avoir un petit wagon d’avance sur ses adversaires en série, tout peut encore arriver en prototype d’autant que l’écart latéral entre Aymeric Chappellier (La Tortue de l’Aquarium La Rochelle) au nord et Nicolas Boidevezi (Fondation terrevent.org) est de près de 120 milles. A l’approche de la bulle sans vent qui se profile devant leurs étraves, les solitaires vont avoir de quoi se torturer les neurones. Nord ou sud, c’est selon, mais il faudra impérativement éviter de se rapprocher trop de son centre et des calmes associés. Pour cela, deux indicateurs essentiels : la force et la direction du vent et le baromètre. L’interprétation des nuages est plus complexe dans le cas d’un centre anticyclonique. En gros, si le vent commence à basculer du nord vers le nord-est, cela signifie qu’il faut plonger au sud pour éviter le centre. A l’inverse, qu’il tourne au nord-ouest et il faudra tenter de contourner la bulle par le nord. Plus le vent mollira et plus il sera nécessaire d’incurver sa route vers l’extérieur. Le problème reste que l’évolution de ces centres anticycloniques est particulièrement volatile et que vérité du matin peut être mensonge l’après-midi.

Quatre places pour un podium

En proto, la lutte risque d’être âpre. Ils sont quatre, chacun sur sa route, pour tenter de décrocher la timbale. Milan Kolacek (Follow Me) reste encore en tête, mais il va devoir surveiller les attaques d’Aymeric Chappellier au nord et des deux duettistes du sud, Giancarlo Pedote (Prysmian) et Nicolas Boidevezi. Aymeric devrait attaquer l’archipel par le nord de Graciosa tandis que Nicolas pourrait être tenté de passer le sud de Pico, une option qui avait porté ses fruits en 2010 quand Jorg Riechers avait gagné la première étape.
On l’a dit, en série Justine Mettraux a de la marge. A moins de 400 milles de l’arrivée, elle possède plus de vingt milles d’avance sur ses poursuivants, soit un avantage de 5%. Ce n’est pas définitif, mais dans des conditions de vent stables, elle pourrait considérer qu’elle a, sauf accident, course gagnée. Mais la fin de course risque de promettre quelques surprises entre position de la cellule anticyclonique et pièges provoqués par les reliefs des îles. Autrement dit, si la navigatrice suisse a démontré jusqu’ici une maîtrise impressionnante de sa course, elle va devoir démontrer qu’elle aura su garder toute la lucidité nécessaire pour éviter les derniers obstacles. Ce n’est évidemment pas le type de problématique qui s’impose à Geoff Duniam (Mad Spaniel). Le navigateur australien, aussi placide qu’imposant, garde toujours bon moral malgré la défaillance de sa BLU, noyée par une vague dès le début de course. Pas de quoi décourager Geoff qui trouve son bonheur dans une navigation à l’ancienne, à tenter de décrypter les grains et faire la course avec les dauphins. L’aiguillon de la victoire ne pousse peut-être pas tous les concurrents, mais le plaisir d’être en mer ne se mesure pas seulement à la qualité des trajectoires. Faire sa course proprement, en trouvant le juste milieu entre le souhaitable et le possible est déjà une belle victoire qui suffirait au bonheur de beaucoup.

Classement au 5 août à 16h (TU+2)

Prototypes :

  1. Follow Me – Milan Kolacek, à 267, 8 milles de l’arrivée
  2. La Tortue de l’Aquarium La Rochelle – Aymeric Chappellier à 12 milles
  3. Prysmian – Giancarlo Pedote, à 16,3 milles
  4. Fondation terrevent.org – Nicolas Boidevezi, à 46,7 milles
  5. benoitmarie.com – Benoît Marie, à 79,4 milles

Série :

  1. Team Work – Justine Mettraux, à 385 milles de l’arrivée
  2. Althing – Ian Lipinski, à 20,7 milles
  3. Tout le Monde Chante contre le Cancer – Aymeric Belloir, à 27,6 milles
  4. Groupe Accueil Négoce – Clément Bouyssou, à 29,2 milles
  5. Go 4 It – Simon Koster, à 31 milles

Source

Isabelle Delaune

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Informations diverses

Mis à l'eau le: 5 août 2012

Matossé sous: 2012, Course au Large, Les Sables - Les Açores, Mini 6.50

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