Les mots des vainqueurs

© Alexis Courcoux

Des zombies mal rasés et titubants ont pris d’assaut ce matin les pontons de Cherbourg-Octeville. Cette troisième et dernière étape a été la plus belle épreuve de force de toute cette 43e Solitaire du Figaro – Eric Bompard Cachemire. D’abord parce qu’elle recelait un double enjeu : briller en Normandie et/ou inscrire son nom au palmarès de la course. Ensuite parce que le grand ordonnateur de ce parcours de 486 milles a été l’instabilité du vent. Impossible de se relâcher. Très compliqué de dormir. Yann Eliès, grand vainqueur de cet opus en trois actes confessait être allé au bout du bout de la fatigue. Derrière lui, le jeune talent sans complexe Morgan Lagravière annonçait cash : « c’est trop dur, je ne referai pas une troisième Solitaire ». Nicolas Lunven, 3e homme du podium au général, était soulagé d’en finir. Erwan Tabarly, 3e de l’étape, avouait avoir tout donné. Quant à Thomas Normand, premier bizuth de cette 43e édition, il qualifiait la course de « truc de dingues ». Voici leurs premiers mots à l’arrivée…

Yann Eliès (Groupe Queguiner – Le Journal des Entreprises), 1er de l’étape et vainqueur de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard Cachemire : « Il fallait que je sois sur une autre planète »

« C’était ma treizième, il était temps ! Après être passé deux fois si proche du but, là, je suis vraiment heureux. Et puis avec la manière en plus, avec cette victoire à la fin. Mais qu’est-ce qu’il faut se faire mal et s’arracher pour aller les chercher ces victoires ! Les trois marins derrière moi sont de futurs champions. L’un d’eux a déjà gagné la Solitaire, les deux autres la gagneront aussi un jour. Ils sont très très forts. Il fallait juste que je sois sur une autre planète, sur mon petit nuage, pour arriver à les battre. Depuis le début, je fais presque tout ce que je veux. Ça paraît facile vu de l’extérieur, mais ça reste quand même extrêmement difficile à réaliser. C’est tout le temps plein de doutes, c’est de la prise de risque et du boulot, parce qu’il faut le faire avancer le bateau ! Je crois que je suis arrivé à maturité. Ça fait tellement d’années que je fais du Figaro, tous les trucs, les réglages, ça vient tout seul, pas besoin de réfléchir, ça sort de moi tel que ça a été imprimé pendant 13 Solitaires. J’ai pensé à mon père (qui a remporté la course en 1979), mes parents qui sont en Polynésie et qui doivent regarder ça de près. J’ai pensé à mon fils Titouan parce que j’ai gagné ma première étape en 2002, l’année de sa naissance ici à Cherbourg. J’y ai pensé tout au long de la Solitaire. Je me suis dit : il faut gagner à Cherbourg. »

Morgan Lagravière (Vendée), 2e de l’étape et 2e au général : « Je suis le plus heureux des hommes »

« Je suis heureux. Je suis hyper fatigué mais je suis super content. C’est la plus belle victoire sportive de toute ma carrière. Même si ce n’est pas vraiment une victoire puisque je fais 2e. Ça s’est fait dans la souffrance. On a beau dire ce qu’on veut, c’est vraiment une course difficile La Solitaire. Et sur des étapes comme ça, on accuse le coup, toutes ces journées à s’investir et à souffrir au combat avec les petits copains… J’avais l’impression de faire une journée de voile olympique mais version 50 ou 60 heures. Je suis partagé entre ma performance et la fatigue. Mais je suis le plus heureux des hommes, peut-être même plus que Yann aujourd’hui ! Il y a eu énormément de rebondissements sur cette course, des moments durs, des moments faciles, des conditions où ça speedait bien. Ce que je me dis, là, c’est que je ne pense pas que je reviendrais une troisième fois (Morgan avait dit la même chose l’année dernière, à l’issue de sa première participation). C’est trop dur. A chaud, là, je ne me sens pas l’énergie de réattaquer. »

Nicolas Lunven (Generali), 4e de l’étape et 3e au général : « Avec Fabien et Morgan, ce n’était pas gagné »

« Je suis très content. Car ce n’était pas gagné avec Fabien (Delahaye) et Morgan (Lagravière). Yann avait un petit matelas d’avance mais avec les deux autres, c’était très très serré. D’ailleurs, à un moment donné, pendant l’étape, je n’étais virtuellement plus sur le podium. Donc je suis vraiment très content. Cette étape a été sollicitante ! Météo Consult ne s’était pas trompé : vent instable et très irrégulier. Donc finalement peu de sommeil, même la dernière nuit, après la bouée de Fairway, le vent était tellement variable qu’il fallait être dessus. Ça fait du bien quand ça s’arrête ! »

Erwan Tabarly (Nacarat), 3e de l’étape à Cherbourg et 7e au général : « J’ai tout donné sur la fin »

« J’ai tenté un petit coup à Belle-Ile car je n’avais pas grand chose à perdre mais ça n’a pas marché. Après, je me suis dit que ce n’était pas fini. Je n’ai rien lâché jusqu’au bout et je ne m’en sors pas trop mal. Je ne suis pas content de ma Solitaire. Je termine 7e au général, j’aurais espéré faire un podium, voire mieux. Des places dans les 10, j’en ai déjà une dizaine ! Cela dit, j’ai fait de belles choses et tout n’est pas à jeter. Je suis un peu fatigué car sur la fin, j’ai tout donné. Je me suis accroché à mon écoute de grand-voile et à la barre pendant toute la traversée de la Manche pour grappiller mètre après mètre. J’en ai doublé un paquet sur la fin. »

Thomas Normand (Financière de l’Echiquier), 27e de l’étape et 1er Bizuth au classement général : « La Solitaire, c’est un truc de dingues »

« J’ai un sentiment assez partagé sur cette victoire car Julien (Villion) fait une très belle course sur Seixo Promotion et je suis un peu frustré de ne pas avoir pu rivaliser avec lui. Je suis super heureux tout de même de remplir mes objectifs sur cette course et de remporter le classement Bizuth. C’est un rêve depuis ces 6 mois de préparation intense. Je ne réalise pas encore, on ne s’en rend compte que plus tard je crois, mais j’ai rempli un de mes objectifs de cette saison. J’avais lu et entendu pas mal de trucs sur La Solitaire, des récits de marins qui disaient que c’était très dur et intense, mais je ne m’attendais pas à ça. C’est un truc de dingue, il faut le vivre pour imaginer ce que c’est et du coup les victoires de Yann et de Jérémie l’année dernière prennent une autre dimension une fois qu’on l’a vécu. On se rend compte de la difficulté de réaliser ce genre d’exploit. Forcément, on se découvre un peu plus chaque jour durant ces courses, on se rend compte également que nos limites sont un peu plus loin que celles qu’on s’imaginait. On s’amuse à les repousser encore un peu plus. »

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RivaCom

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