Kevin Escoffier
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  • Après avoir été secouru la nuit dernière par un navire de pêche, Armel Le Cléac’h est actuellement en route vers les côtes espagnoles qu’il devrait rejoindre d’ici vendredi. Ronan Lucas, directeur du Team Banque Populaire qui a pu échanger avec le skipper nous livre ses premières informations suite à l’avarie qui a entraîné le chavirage du Maxi Banque Populaire IX.

    Comment va Armel Le Cléac’h ?

    Il va bien, il est à bord du chalutier espagnol qui a pu le récupérer hier, il se dirige vers les côtes espagnoles qu’il devrait toucher vendredi. Il est pressé de retrouver sa petite famille.

    Quelles étaient les conditions en mer au moment de la casse ?

    Au moment de la casse, on est à l’endroit où l’on souhaitait être avant même le départ de Saint Malo. C’était la stratégie que l’on avait. On s’était fixé des conditions de mer et de vent maximums que l’on n’a pas dépassé. Nous n’avons pas pris plus de risque parce que l’on avait fait une escale, en aucun cas.
    On était dans le tempo prévisionnel que l’on avait prévu. Il y avait 30/35 nœuds de vent, 5 mètres de mer, Armel maîtrisait parfaitement son sujet, il allait sortir de ce vent un peu costaud dans les 3 à 4 heures de course qui allait suivre, on l’avait eu peu de temps avant et tout allait bien à bord.

    Peux-tu nous raconter les circonstances du chavirage ?

    De ce que nous a expliqué Armel, au moment du chavirage, il était donc 3 ris J3, la plus petite voilure que l’on peut avoir sur le maxi trimaran. Il faisait donc attention de ne pas aller trop vite avec le bateau parce que la mer était d’une hauteur de 5 mètres et il ne voulait pas prendre de risque particulier. D’un coup, il a entendu un « crac », il a vu le flotteur qui partait et le bateau a chaviré après la perte de ce flotteur.

    Comment s’est déroulée l’opération de sauvetage ?

    Nous avons appris hier après-midi qu’un chalutier espagnol présent sur zone allait se dérouter pour récupérer Armel. Ce dernier est arrivé en soirée sur le trimaran et ils ont pris la décision avec Armel d’effectuer l’opération de sauvetage. Chose qui a été réalisée relativement rapidement. Armel a mis son radeau de survie à l’eau et il est monté dedans, le chalutier espagnol lui a lancé un cordage pour le ramener et l’a hissé à bord. C’est une opération qui a été rondement menée, Armel nous a appelé aux alentours de 22h00 pour nous dire que l’opération était terminée et que tout allait bien.

    Comment se déroule l’opération de récupération du bateau ?

    Après le sauvetage d’Armel qui était vraiment la priorité, nous nous consacrons maintenant à la récupération du bateau. Une équipe du Team Banque Populaire est parti aux Açores rejoindre une autre équipe affrétée par les assureurs du Maxi Banque Populaire IX. On espère pouvoir prendre la mer d’ici 24 heures pour rejoindre la position du bateau et pouvoir le tracter vers la côte.

    • Interview de Ronan Lucas, directeur du Team Banque Populaire •

  • Le tour du monde en équipage en IMOCA se dévoile

    Le départ de la huitième étape de la Volvo Ocean Race a été donné dimanche, la flotte, de nouveau au complet, ayant quitté Itajaí pour Newport, Rhode Island, soit 5700 milles. C’est l’équipage de MAPFRE qui a bouclé

    5 octobre 2018 • 2021-22, Course au Large, Volvo Ocean Race • Vues: 900

  • Parti samedi après-midi de Lorient, à bord du Maxi Banque Populaire IX et à quelques semaines du coup d’envoi de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, Armel Le Cléac’h a bouclé au petit matin sa qualification de 1200 milles en deux jours et demi. Ce passage obligé est une première en solitaire depuis la mise à l’eau et représente un grand pas en avant pour le skipper et toute son équipe. Un test grandeur nature qui permet de reprendre confiance en la machine et de retrouver ses automatismes.

    Quel parcours as-tu effectué pour cette qualification ?

    Armel Le Cléac’h : Parti samedi après-midi de Lorient, je suis descendu plein sud dans le Golfe de Gascogne pour profiter du vent d’est qui était encore en place. J’ai effectué un long bord pour aller me rapprocher des côtes espagnoles. Ensuite, j’ai longé le nord de l’Espagne pour traverser une zone de vent faible avant l’arrivée d’un vent d’ouest / sud ouest que j’étais venu chercher au large du Cap Finistère là où le vent est entré comme prévu jusqu’à 30 nœuds. Ce vent provenait d’une belle dépression, un ancien cyclone qui s’appelle Hélène et qui passait au large. Une fois que j’ai été cherché assez de vent, j’ai pu faire demi-tour et revenir vers Lorient sur un long bord de portant avec du vent soutenu pour pouvoir finir ce parcours par des conditions plus musclés et des vitesses plus élevées. Je suis arrivé au petit matin à Lorient. Un bon test, un parcours assez complet, parce qu’il y a eu de tout, du petit temps, du vent médium et de la brise, un peu de près et beaucoup de portant. C’était un parcours de qualification très intéressant.

    En combien de temps ?

    Armel Le Cléac’h : 1200 milles en un peu plus de 2 jours et demi. Ce n’est pas une moyenne très élevée pour un bateau comme le nôtre mais c’est plutôt pas mal ! C’est surtout la deuxième partie de la qualification qui a été intéressante, elle a été réalisée en moins de 24 heures. Les conditions sont assez proches de ce que l’on aura sur la Route du Rhum notamment dans les Alizés, avec du vent portant, c’était important de tester le trimaran, d’aller chercher ce type de conditions que nous n’avons pas eu depuis la mise à l’eau.

    Depuis cette mise à l’eau fin Août, quelles sont les sensations à bord ?

    Armel Le Cléac’h : Jusque-là, avec le Team Banque Populaire, nous avons bien repris le bateau en main. Tout fonctionne parfaitement. Nous n’avons pas eu de mauvaise surprise. C’est important pour moi d’aller naviguer en solo, en configuration Route du Rhum. C’était la première fois que je le faisais depuis la mise à l’eau. De reprendre confiance, de gérer son sommeil, les manœuvres, d’analyser tous les systèmes qui ont été ajoutés depuis le chavirage. Tout ça, c’est rassurant. Aujourd’hui, nous avons franchi un grand pas vers la Route du Rhum. Ces deux jours en mer, c’est presque un tiers du parcours de la course et c’est primordial de s’entraîner dans des conditions réelles.

    La Route du Rhum approche, quel est le programme dans cette dernière ligne droite ?

    Armel Le Cléac’h :On passe de la mise au point à la performance. C’est pour cela que l’on va aller dès demain se confronter à nos adversaires directs (en class Ultim) à Port-la-Forêt pour un premier stage. Ce sera une navigation de 24 heures en faux-solo. Je vais faire l’ensemble des manœuvres et du parcours seul mais il y aura 4 membres du Team Banque Populaire à bord pour à la fois observer et regarder ce que font les autres bateaux. Puis on se retrouvera dans 15 jours, pour un deuxième et dernier stage avec un parcours de 36 heures. J’ai hâte, c’est la première fois que nous allons nous comparer à nos concurrents. Ça va être intéressant, nous allons pouvoir noter les plus et les moins du Maxi Banque Populaire IX, découvrir le potentiel des autres. De nous jauger dans notre préparation et dans notre niveau de performance. On continuera ensuite pendant 15 jours les entraînements à Lorient et ensuite nous quitterons notre port d’attache pour Saint-Malo.

    Après les difficultés des derniers mois, quel est ton état d’esprit aujourd’hui ?

    Armel Le Cléac’h : Je me sens bien, il y a eu plusieurs phases. Il y a eu le chavirage et l’après chavirage. Une course contre la montre. Très vite avec l’équipe, nous avons positivé pour remettre en route le Maxi Banque Populaire IX le plus vite possible. Maintenant la priorité, c’est reprendre à la fois confiance dans le bateau mais aussi dans ses sensations et puis finalement de retrouver du plaisir à naviguer. Et c’est le cas, à chaque fois, que ce soit en équipage ou en solitaire, je suis motivé parce que c’est toujours une satisfaction de le faire sur ce bateau. L’état d’esprit est positif. On a envie de bien faire avec le Team et on a tous cet objectif en tête. Les journées sont comptées, le travail est là. On s’y applique. Cette qualification, c’est déjà un grand pas en avant vers la Route du Rhum.

    • Armel Le Cléac’h qualifié pour la Route du Rhum •

  • Défi relevé : le Maxi Banque Populaire IX reprend son envol

    Ce mercredi 29 août à Lorient à 16h, le Maxi Banque Populaire IX a été remis à l’eau après quatre mois et demi de chantier intensifs. L’instant est précieux tant le défi à relever était de taille, mais c’est

    29 août 2018 • Classe Ultim 32/23, Course au Large, Records, Route du Rhum • Vues: 1317

  • La Volvo Ocean Race en 12 minutes

    Si vous avez 12 minutes à perdre, vous avez tout à gagner à regarder cette vidéo récapitulative de la Volvo Ocean Race 2017-18…

    30 juillet 2018 • 2017-18, Course au Large, Divers, Multimedia, Vidéo, Volvo Ocean Race • Vues: 1827

  • Fin de la première étape du chantier du Maxi Banque Populaire

    Entré début mai au chantier Multiplast de Vannes pour réparer les dégâts structurels consécutifs au chavirage survenu au large du Maroc le 13 avril dernier, le Maxi Banque Populaire IX a été convoyé ce jeudi

    20 juillet 2018 • Classe Ultim 32/23, Course au Large, Records, Route du Rhum • Vues: 1186

  • Entretien avec Gautier Sergent, à la tête de la recherche et du développement chez North Sails…

    Gautier, peux-tu nous parler des différences entre l’édition 2014-15 et celle de 2017-18 ?

    Pour la dernière édition, on a introduit une nouvelle voile, le J0, suite aux debriefings qu’on avait faits avec les marins mais aussi à nos analyses de données. On avait notifié un petit trou dans l’inventaire, après études de routages etc, donc on a présenté un dossier pour montrer l’intérêt de cette nouvelle voile sur la durée d’une course. Résultat, on est quand même content parce que c’est avec celle-ci qu’ils ont battu le record des 24 heures en mai dernier (team AkzoNobel : 602,51 milles nautiques). On ne s’est donc pas trompé, ce qui fait toujours plaisir.

    L’autre différence, c’est que pour l’édition 2014-15, on était en 3Di endurance, une version plus robuste des voiles, et là, on est passé en 3Di RAW. C’est plus léger, puisqu’on enlève toute protection (ragage, UV etc.), et on remplace le tout par une résine un peu plus dure. Les fibres sont plus exposées mais on gagne énormément de poids sur le bateau.

    Avant de se lancer dans sa cinquième Volvo Ocean Race, Gautier avait également mis les pieds côté équipe dans le passé, en étant notamment engagé aux côtés de Groupama en 2011-12.

    En 2012 on n’avait pas de recul sur ces technologies, puisqu’elles ont été développées sur la coupe de l’America à San Francisco. Maintenant qu’on a un Vendée globe et quelques Jules Verne sous la ceinture, on se sentait plus à l’aise de le reproduire sur la Volvo Ocean Race.

    Chaque équipe a 8 voiles, et tout en double. Comment gère-t-on la durabilité d’une voile ?

    Il y a plusieurs composantes : la distance, le temps de course et puis le parcours aussi : Sur un Vendée Globe, la plupart de la navigation se fait au portant et il y a beaucoup de temps passé dans le grand sud. À cette allure par exemple, les voiles souffrent moins, elles sont moins bordées, il y a moins de charge, mais aussi moins d’UV, tandis que sur la Volvo Ocean Race, tu as plus d’exposition aux UV, les bateaux passent plus de temps au près etc.

    Toi qui a été dans des équipes, comment gère-t-on la rotation des voiles ?

    Cela dépend des stratégies des équipes, et de leur préparation. C’est-à-dire que des équipages comme MAPFRE ou Dongfeng qui sont arrivés assez tôt ont tendance à faire tourner leurs voiles beaucoup plus tôt dans la course, parce que pour eux, l’intérêt est de marquer le plus de points possible et de capitaliser sur leur entraînement pré-course. En revanche les équipes arrivées plus tard vont garder leurs jeux de voiles plus longtemps, car elles savent qu’elles ne sont pas encore au niveau de rivaliser en terme de vitesse etc. Cela leur permet d’apprendre et lorsqu’elles sentent qu’elles sont au niveau, elle sortent leur deuxième jeu de voiles et essaient justement d’avoir ce petit coup de boost à mi-course afin de prendre l’avantage sur les autres équipes.

    Pourquoi deux jeux de voiles ?

    En 2014 on avait 11 voiles, cette fois-ci on en avait 16, ce qui n’était pas lié à la durabilité des voiles, mais plutôt à une problématique de gestion de course en cas de pépin ou de perte de voiles…

    L’idée était de se dire, on en fait deux de chaque et ceux qui en abîment ou en perdent une, en auront une autre. C’est ce qu’il s’est passé avec MAPFRE, Vestas 11th Hour lorsqu’ils démâtent… Ou même SHK Scallywag, qui a perdu une voile sur une manoeuvre en arrivant à Melbourne.

    Y-a-t-il une deuxième vie pour les voiles, post Volvo Ocean Race ?

    Ça dépend si le bateau continue de naviguer, comme Brunel qui n’a quasi cessé entre les deux dernières éditions par exemple, avec une grand voile qui avait plus de 80 000 milles à la fin…

    D’autre part, certaines voiles d’équipes qui ne sont pas reparties comme Abu Dhabi, ont été récupérées pour faire ce qu’on appelle du Upcycling (recyclage pour faire des sacs, meubles etc.)

    Quel a été l’entretien réalisé sur les voiles pendant les stopovers ?

    On n’a pas le droit de changer la forme, c’est-à-dire qu’il faut faire la différence entre un problème lié a la conception, ou à l’utilisation, donc c’est toujours une discussion avec les équipes pour évaluer le problème. S’il est général à la flotte, on fait une réparation commune à tout le monde en un seul coup, comme ce qu’il s’est passé avec les J1, puisque les embouts de latte étaient un peu fragiles.

    Sinon on se contente de réparer les petits trous, les petites déchirures etc. Donc on répare mais on est surtout là pour faire un check de la voile, et nous assurer que son intégrité ne soit pas compromise.

    Qu’est ce que vous avez appris suite à cette dernière édition ?

    D’abord on a tous été surpris par le niveau auquel ils ont réussi à pousser ces bateaux et à en extraire des vitesses aussi élevées, puisqu’ils sont même allés flirter avec un bateau comme Comanche (100 pieds), qui détient le record absolu de distance parcourue sur 24 heures en monocoque (618 milles nautiques). Ça montre qu’ils sont à 100% d’exploitation du potentiel des bateaux.

    Le gros enseignement est que l’A3 (le grand Gennaker type Spi) n’a pas été vraiment utilisé au large parce qu’ils ont des façons de naviguer différentes, un peu plus loffées… et la combinaison entre le MH0, J2, J3 était la tendance de cette course, qui nous a aussi surpris. Après analyses on comprend mieux pourquoi, et ce qu’on ferait différemment la prochaine fois. Même si on a plein d’outils, il y a quand même des facteurs humains et marins qui font que l’utilisation des bateaux est toujours différente de ce qu’on anticipe.

    Le point marquant de la course ?

    Ce qui résumerait cette course : 45 noeuds sont les nouveaux 35. C’est-à-dire qu’avant, les marins régataient et poussaient les bateaux dans 35 noeuds. Aujourd’hui ils continuent, mais dans 45 ; il n’y a pas un moment où ils mettent le pied sur le frein !

    D’ailleurs les vitesses sont très élevées. Si on regarde les moyennes de l’étape entre Auckland et Itajaí, on est autour des 20 noeuds, ce qui est hallucinant… Quand on voit que sur un Vendée Globe, c’est plutôt autour des 15…

    • 45 noeuds sont les nouveaux 35 •

  • Les bateaux IMOCA 60 invités à participer à la prochaine Volvo Ocean Race

    Le départ de la huitième étape de la Volvo Ocean Race a été donné dimanche, la flotte, de nouveau au complet, ayant quitté Itajaí pour Newport, Rhode Island, soit 5700 milles. C’est l’équipage de MAPFRE qui a bouclé

    3 juillet 2018 • 2021-22, Course au Large, Volvo Ocean Race • Vues: 725

  • Brunel et Turn the Tide on Plastic à la fête !

    Le départ de la huitième étape de la Volvo Ocean Race a été donné dimanche, la flotte, de nouveau au complet, ayant quitté Itajaí pour Newport, Rhode Island, soit 5700 milles. C’est l’équipage de MAPFRE qui a bouclé

    30 juin 2018 • 2017-18, Course au Large, Volvo Ocean Race • Vues: 716

  • Un peu plus d’un an après sa deuxième victoire sur la Solitaire du Figaro, Nicolas Lunven vient de boucler, le week-end dernier, la Volvo Ocean Race à bord de Turn The Tide On Plastic, le voilier mené par la britannique Dee Cafari. Le navigateur vannetais, membre du pôle Finistère course au large, récent Champion d’Europe IRC à bord de J lance 12, revient sur cette compétition planétaire et parle de son avenir…

    Quel enchaînement de navigation depuis ta deuxième victoire sur la Solitaire du Figaro ! Tu dois être content de faire une pause ?

    C’est vrai que cela commence à faire beaucoup. Ce n’est pas exagéré en disant que depuis mon retour sur le circuit Figaro en 2016, je me levais tous les matins et me couchais tous les soirs en pensant au Figaro. Ces deux saisons se sont terminées en apothéose avec une jolie série de podium tout au long de l’année dernière et surtout une deuxième victoire sur la Solitaire doublé d’un titre de Champion de France. Puis en juillet dernier, je suis contacté par Dee Caffari qui cherche un remplaçant pour Brian Thompson, sérieusement blessé, sur la Volvo Ocean Race. Il a fallu alors mener de front la fin de la saison Figaro et le début de cette folle aventure autour du monde ! A côté de cela, la vie personnelle a été aussi intense avec la naissance de notre deuxième fille, alors que j’étais en plein milieu de l’océan ! Donc oui, cela va faire du bien de poser son sac à la maison et de profiter de mes proches.

    Que retiens-tu de ta Volvo Ocean Race en tant que navigateur ?

    Je commence tout juste à me rendre compte de l’énorme expérience que j’ai accumulée durant ces neuf derniers mois. En embarquant à bord de Turn The Tide on Plastic, je savais que l’on ne partait pas pour gagner la course. Le projet a été monté à la dernière minute avec un équipage très jeune et sans grande expérience de la navigation au large. Deux mois avant le départ de la course, tout était quasiment à zéro au niveau de la performance et de la navigation. Nous avons du tout faire nous-même en un minimum de temps : calibration électronique, polaires de vitesse, Sailect de voiles, préparation des étapes, roadbook, etc… Forcément, il y a eu quelques ratés et pas mal d’approximations, mais quelle expérience emmagasinée ! Je pense notamment à la préparation des étapes et à la définition de la stratégie à tenir. Avec Brian nous étions 100% autonome, sans préparateur météo à terre contrairement à la plupart des équipes. Alors c’est vrai que je suis frustré que l’on n’ait pas réussi à faire au moins un beau résultat sur une étape. Nous avons souvent manqué de réussite et de vitesse. Je pense à l’étape Itajai-Newport où nous prenons une belle option le 2e jour qui nous place en tête avec un petit matelas d’avance. Malgré tous nos efforts ce dernier sera grignoté en remontant le long du Brésil. Ou bien à un bon coup stratégique dans le pot au noir qui là encore sera un coup d’épée dans l’eau puisque l’issue de cette étape se jouera en rivière de Newport… Mais d’un point de vue humain, l’expérience a été top. J’ai rencontré des gens formidables dans cette équipe que ce soit les navigants ou l’équipe à terre.

    Sur ton compte twitter, tu as avoué avoir versé une larme quand tu as su que c’était bon pour tes copains de Dongfeng notamment Charles Caudrelier qui t’a fait confiance à tes débuts en solitaire. Raconte-nous cette dernière étape ?

    C’est vrai que cette dernière étape a été incroyable à tout point de vue : un parcours alambiqué en mer Baltique avec notamment une bouée à virer dans le port d’Aarhus au Danemark, un waypoint virtuel sous la Norvège et enfin des zones interdites à foison sur la fin de parcours (zone d’éoliennes, rail de navigation, etc…). En plus de cela, la météo était complexe avec pas mal de transitions et un vent parfois à l’opposé de la prévision !
    La victoire de Dongfeng s’est jouée dans la dernière option de cette étape : il fallait choisir entre faire le tour d’un très grand DST (150 mille de long !) par le large ou par la côte. A première vue, l’option du large semble plus « facile », notamment avec un jeu un peu plus ouvert par rapport à l’option côtière te contraignant à naviguer dans une bande de 5 milles de large pendant 150 milles !
    C’est cette dernière option que Dongfeng, comme nous, avons choisi. Et quand j’ai reçu le PosReport de 13h, là j’ai compris que ça sentait bon pour Dongfeng. Alors forcément, j’ai pensé à Charles, qui m’a lancé sur le circuit Figaro en 2007 en m’offrant son bateau et son sponsor pendant une saison complète. Cette année-là nous avions gagné le tour de Bretagne ensemble… En plus d’être un grand champion, il a le cœur sur la main. Mais je sais qu’il perd vite confiance en lui, il a d’ailleurs avoué dans une interview à l’arrivée que depuis quelques temps il n’avait plus la foi. Je suis tellement content pour lui et pour toute son équipe. Alors oui, j’ai été ému en pensant à eux, à tous les sacrifices et l’investissement qu’ils ont fait pour arriver à un tel niveau, sur une course aussi longue et difficile.

    Quel est ton programme à venir et où en es-tu dans ta recherche de partenaires pour le prochain Vendée Globe ?

    Je vais faire de l’analyse météo pour une équipe sur le Tour de France à la voile. J’ai toujours en tête de participer au prochain Vendée Globe, mais depuis un an je n’ai pas consacré beaucoup de temps à la recherche de partenaires puisque j’étais sur la Volvo. Mais il n’est pas trop tard donc cela est dorénavant ma priorité N°1 !

    Enfin, que penses-tu du Figaro Bénéteau 3 ? Un retour en Figaro est-il envisageable ?

    Je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion d’essayer le Figaro 3, mais il me tarde de le faire ! Quant à un retour sur le circuit, disons qu’aujourd’hui ce n’est pas ma priorité puisque je me concentre sur le Vendée Globe. Enfin il ne faut jamais dire « jamais » et en plus le Figaro est une drogue dure à laquelle on ne décroche jamais complètement ! Alors qui sait… ?

    • Cinq questions à Nicolas Lunven •