Du vent, des grains, de la mer et du bonheur. Ou inversement !

© Christophe Jouany / Les Voiles de Saint-Barth

Tous l’attendent avec impatience, tant en seulement trois années d’existence les Voiles de Saint-Barth ont déjà su se doter des ingrédients qui forgent les mythes ; le tour de l’île, morceau de bravoure de cette somptueuse semaine de régate au soleil et dans le vent a tenu toutes ses promesses et comblé des marins venus du monde entier pour mordre à pleine dents ces instants de régate pure, dans un vent forcissant gentiment du départ à l’arrivée, pour atteindre 25 nœuds dans les grains. 23 milles de côtes spectaculaires étaient donc proposés aux Maxis et IRC 52 invités à inclure l’île Fourchue à leurs pérégrinations, tandis que le reste de la flotte serrait au plus près les rivages aux noms évocateurs, Grenadins, Pelé, Boulanger.. et jusqu’ au célèbre Pain de Sucre, dernière marque avant l’arrivée devant Gustavia. Eole, Neptune et toutes les divinités de la mer continuent de jeter les plus bienveillants des regards sur Saint-Barth et ses Voiles, débutés en début de semaine dans les petits airs, et qui se poursuivent dans des ranges de vent de plus en plus élevés, propices à permettre à chaque yacht, et indépendamment des critères de poids ou de taille, de s’exprimer à tour de rôle…

Une journée « cousue main » pour les Maxis
Et ce troisième jour de régates était placé sous le signe du vent. Modérée d’abord sur la ligne de départ, avec 10 à 11 nœuds orientés dans l’axe du canal d’entrée à Gustavia, la pression n’a cessé de monter tout au long du premier long bord au plus près du vent, avec des pointes enregistrées à 25 nœuds du côté des Roches Roubes. Les lourds Maxi-Yachts en piaffaient d’impatience, au point, à l’instar de Sojana, de toucher la bouée en bout de ligne, le point assurément le plus chaud de Saint-Barth en cette journée torride. Firefly faisait merveille et tenait un moment tête au lévrier de l’épreuve, le grand plan Reichel Pugh Rambler 90 qui montrait toutes ses qualités hauturières dans le fort clapot qui se levait au large. Appliqués et déterminés comme jamais, les hommes de George David signent un nouveau sans faute au terme de 2 heures et 16 minutes d’un sprint en apnée, sous les grains et dans l’écume qui au vent de l’île, submergeait souvent le plan de pont. Son dauphin, de l’étape comme au général, en temps réel comme en temps compensé est l’immense Nilaya au belge Filip Belcaen. Sojana et Sir Peter Harrison, avec ses fidèles Frenchies Jacques Vincent et Lionel Péan aux affaires, signe une belle 5ème place en temps réel. Le grand Swan Selene semble ce soir bien accroché à sa troisième place dans un groupe qui a d’ores et déjà choisi ses lauréats.

Ménage à trois en IRC 52
L’extraordinaire ménage à trois continue en IRC 52 entre Mayhem, Vesper et Power Play. Vesper et l’américain Jim Swartz n’avaient pas droit à l’erreur aujourd’hui. Ils parviennent à reléguer Power Play et Peter Cunningham en troisième place du jour, et préservent leur chance pour le sprint final de demain. C’est Mayhem à la Canadienne Ashley Wolfe qui vire ce soir en tête et en position de triompher demain soir. Vitesse, et un excellent choix de voiles d’avant dans une météo complexe marquée par les passages de grains, lui ont offert une victoire de manches très importante pour le résultat final. Les trois IRC 52 ont fait eux aussi le spectacle, bouclant les 23 milles du parcours à seulement quelques minutes les uns des autres.

Le point des groupes
Clay Deutsch et ses boys de Defiance arborent ce soir un immense sourire ; ils ont de nouveau, et dans un range de vent élevé en force, tenu tête au performant Carkeek 40 Decision, s’imposant de deux petites minutes au terme de deux heures et demi de régates à couteaux tirés. Defiance a enfoncé le clou et entamera demain la dernière journée de course avec une confortable avance dans sa rivalité avec Decision pour le triomphe final du groupe des Spinnakers 2. Le Swan 48 Affinity de Jack Desmond profite d’un rating favorable pour asseoir sa troisième place de manche, mais aussi au général, au détriment des vaillants Lithuanien d’Amber Sail, très à l’aise dans les grosses vagues d’Atlantique.

Petite surprise dans le groupe des spinnaker 1 qui a vu le premier revers subit par les flamboyants Porto Ricains de Lazy Dog. Les hommes de Sergio Sagramoso s’inclinent devant la superbe de Coors Light qui revient à une longueur au classement général. La journée de demain sera décisive dans ce groupe.

A noter enfin que le grand trimaran de 63 pieds Paradox de Peter Aeschenbrenner, construit à Lorient dans les moules du trimaran Orma Fujifilm, peine à compenser son rating face au catamaran Phaedo qui pointe toujours en tête au général. Cam Lewis, navigateur de Paradox déplorait ce jour le manque de fluidité dans les virements de bord du grand trimaran face au fort clapot.

Dorade (Stephens 1930) domine toujours le grand yawl bermudien Mariella (Mylne 1936) dans ce beau duel Classique. Ses propriétaires Californiens Pam et Matt Brooks appelaient hier de leurs vœux une navigation plus océanique pour leur vénérable yacht. Ils ont été servis et ont pu pousser un peu plus loin leur niveau de connaissance d’un voilier décidément exceptionnel quand il s’agit de naviguer vite dans la mer formée.

Yacht exceptionnel : Firefly
Firefly, le géant (35 mètres) F Class One Design Néerlandais signé Hoek, est un vrai “racer” construit dans le plus pur esprit des yachts de tradition. Ce Superyacht présente de nombreuses similarités avec les J Class des années 30. Ses Designers le décrivent comme “un mélange parfait entre les lignes classiques, et des détails d’inspiration rétro…” Mark van Gelderen, capitaine du bateau et qui a supervisé la construction durant 9 mois, en parle en ces termes : “L’idée était de créer un magnifique yacht d’inspiration Classique, mais abritant toutes les technologies modernes, en terme d’accastillage et de gréement, que l’on trouve sur les voiliers de course et de haute performance ». Depuis ses premières navigations en Méditerranée, Firefly a été considérablement optimisé pour rejoindre les Caraïbes. “Nous disposons d’un équipage très jeune, mélange de marins professionnels, d’excellents amateurs et d’amis” poursuit van Gelderen, qui sera skipper et éventuellement barreur aux côtés du propriétaire. “Nous comptons dans notre équipage des gens issus de l’Olympisme, de la Volvo Ocean Race, de gros bateaux ou de petits dériveurs…. une très belle combinaison de gars super motivés!”

Skippers du jour : Les Lithuaniens d’Amber sail
Il y a un VOR aux Voiles de Saint-Barth. VOR, comme Volvo Ocean Race, en l’occurrence le type utilisé voici quelques années selon une jauge n’excédant pas 60 pieds. Désormains dénommé Amber sail, l’ancien Assa Abloy présente à Saint-Barth la particularité de naviguer avec un équipage 100%… Lithuanien. Son skipper, Simonas Steponavicius originaire de Vilnius s’est lancé en 2008 dans une imposante campagne de courses aux différents points du monde, afin de commémorer à sa façon le millénaire de son pays, la Lithuanie. L’autre objectif avoué est naturellement de former et de donner une grande variété d’expérience à de jeunes marins Lithuaniens. Amber sail arbore ainsi fièrement les couleurs de ce petit état balte du tour du monde auTour des îles Britanniques et au Fastnet. Il s’exerce depuis cette année avec bonheur aux magiques régates caribéennes.

C’est à Saint Barth… et nulle part ailleurs…
A coeur joie !
La journée « off »d’hier, fort réussie au demeurant, a donné lieu à une épique régate de … paddle board. 32 navigateurs avaient répondu à l’invitation du Nikki Beach de venir en découdre de manière très amicale sous le soleil brûlant de Saint-Barth. Ce sont les hommes de Rambler (encore eux !) qui se sont montrés à leur avantage, devançant au terme d’une haletante (et très hilarante) finale, les représentants de Firefly et Sojana. Côté femmes, belle prestation des représentantes féminines de Blackbird, qui l’emporte devant Sojana et Rambler. »

De Calgary à Saint Barth…
La Canadienne Ashley Wolfe, originaire de Calgary navigue avec bonheur aux Voiles en catégorie IRC 52, sur Mayhem, en compagnie de son père, de son mari et d’un équipage composé de Canadiens, d’Américains et d’Australiens.

Ils ont dit :
Ken Keefe, Vesper
« Mayhem a pris un très bon départ. On a pu revenir un peu en compagnie de Power Play, mais ils ont su trouver la bonne veine de vent pour accélérer progressivement. On a pu passer Power Play. Superbe course, très fun…
C’est notre 3ème participation et la stratégie est relativement claire autour de l’île. Il y a sûrement des bascules qui nous ont échappé mais on lit désormais bien les phénomènes de pointes et de baie. Le départ avec les gros bateaux est vraiment très difficile. Il ne faut pas partir dans leur sillage, sinon ils avalent tout le vent.
C’est vraiment un très beau plan d’eau. On s’est fait sortir de la ligne et Mayhem est resté sur la gauche à jouer avec Power play. Nous sommes partis sur la droite et le vent est rentré progressivement par le large, 10-12 puis 15 noeuds au départ.
Mayhem dispose d’un grand foc très efficace aujourd’hui, un peu meilleur que le nôtre.
Ce sera dur de gagner au final. Mayhem tient la corde. Mais cela peut-être serré. Tout se jouera demain. »

Annie O’Sullivan, Girls for sail
« Nous naviguons depuis plusieurs années dans les Antilles, à Antigua notamment, et nous disputons toutes les régates des Caraïbes. C’est ma deuxième participations aux Voiles, qui est à mon sens la meilleure régate des Caraïbes.
On essaie de proposer des courses à des filles qui n’ont jamais couru en régate. On les entraîne un peu 24 heures avant, puis l’alchimie se fait. Nous avons ainsi un équipage très international à Saint-Barth, avec des filles venues de Norvège, Hongrie, Afrique du Sud et Grande Bretagne.
L’équipage change à chaque régate.
C’est fun. C’est une découverte humaine à chaque fois. »

Ashley Wolfe, Mayhem
« Une journée plus que satisfaisante. On a pu passer devant Power Play dès le départ. On a touché le vent avant eux et comme ils se sont quelque peu neutralisés avec Vesper, cela nous a permis de conserver l’avantage. C’était super sympa à la pointe de l’île avec 25 noeuds de vent et de grosses vagues. Notre nouvelle voile d’avant a fait des merveilles et nous a permis de prendre un peu l’avantage. On a essuyé quelques grains, avec des trombes d’eau.
Tout le parcours était spectaculaire. J’adore cet événement !”

Météo du jour : samedi 7 avril
Température Maximum : 28°C
Température Minimum : 24°C
Taux Humidité : 68 %
Vent : 10 nœuds de secteur est

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Mer & Média

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