Salvador de Bahia fête son premier vainqueur

© Jean-Marie Liot

En franchissant la ligne à 05h 49mn 41s (heure française), Gilles Lamiré et Antoine Carpentier s’offrent une superbe victoire à Salvador de Bahia dans la catégorie des Multi50. Derrière eux, 51 bateaux convergent vers le Brésil avec toujours Apivia en éclaireur chez les IMOCA et Crédit Mutuel chez les Class40.
Alors que le premier duo de cette 14ème Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre savoure la fraîcheur d’une caïpirinha bien méritée, ça bataille ferme dans la moiteur équatoriale.

Multi50 : Lamiré-Carpentier, à la régulière

« On essaie de faire la route la plus courte » tel était le credo de Groupe GCA – Mille et un sourires à la veille de prendre les commandes de la course le 1er novembre pour ne plus les lâcher jusqu’à la ligne d’arrivée. Routés par Christian Dumard, les deux hommes à l’expérience bien trempée sur la Route du café (4ème participation pour chacun d’eux dont deux victoires pour Antoine Carpentier) dessinent une trajectoire parfaite traversant chaque système météo avec brio et avalant le Pot-au-noir en quelques heures. Le premier tronçon de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre voyait pourtant Solidaires En Peloton – ARSEP mener largement la flotte des trois multicoques, lui qui partait du Havre en favori étant le bateau à foils le plus récent de la classe Multi50. Le décalage Est de ce dernier dans la descente vers les Canaries, fut une erreur fatale. Groupe GCA – Mille et un sourires et sa route plus directe ont rapidement récolté les fruits de leur excellente stratégie. Une première victoire pour Gilles Lamiré sur la Route du café à bord d’un multicoque désormais légendaire qui signe son sixième sacre sur une course transatlantique dont 4 sur la Route du café. A Salvador de Bahia cette nuit, sous les applaudissements et le feu d’artifice traditionnel, l’émotion était intense pour les deux skippers, heureux d’avoir navigué vite et bien !

IMOCA : Le sprint final a commencé

Sorti dès ce matin du Pot-au-noir, Apivia continue d’accroître son avance sur ses poursuivants. Lancés à 17 nœuds sur la route directe pendant que leurs dauphins retrouvent à peine des vitesses à deux chiffres, Charlie Dalin et Yann Eliès ont accumulé un joli matelas de 200 milles à 800 nautiques du but. A part le mauvais sort, on voir mal qui pourrait aujourd’hui venir leur contester une entrée victorieuse à Salvador de Bahia dans 48 heures.

Derrière en revanche, neuf bateaux se tiennent en 90 milles et les places vont être chères sur le podium. Deuxième ce soir, Banque Populaire a probablement mangé son pain blanc. Aux allures qui prédominent sur la fin de parcours, Clarisse Crémer et Arrmel Le Cléac’h auront plus de mal à contenir les assauts des foilers. PRB et 11th Hour Racing se tiennent en dix milles et sont redoutables à cette allure. Cinquième, Charal semble enfin sorti de son calvaire où il aura perdu plus de 350 milles et sans doute pas mal d’énergie. La rage de rejoindre le podium l’emportera-t-elle sur la frustration d’une victoire diluée dans le Pot-au-noir ?

Car encore derrière, les prétendants ne manquent pas : Sur le bon bord jusqu’à Salvador de Bahia, celui de son foil intact, Arkea-Paprec vendra chèrement sa peau, tout comme Thomas Ruyant et Antoine Koch, auteurs d’une improbable remontée. C’est une superbe empoignade qui s’annonce pour un podium plus ouvert que jamais.

En queue de flotte, cinq IMOCA ne sont toujours pas encore entrés dans le Pot-au-noir : Campagne de France, 4myplanet, Pip Hare Ocean racing, Un Monde sans Sida et Ariel 2. Voilà ce qui les attend, brossé par Stéphane Le Diraison dont le Time for Oceans salue ses premiers grains : « Au menu, rafales puissantes et soudaines, éclairs dans une ambiance d’apocalypse, ciel bouché nous plongeant dans la pénombre… Sur leur chemin, les nuages pompent toute l’énergie, si bien que derrière eux il n’y a plus de vent, plus de vent du tout (…) Vous l’avez compris j’aborde le Pot-au-noir avec un mélange d’excitation, de fascination et d’appréhension, nous y voilà dans quelques heures, que le spectacle commence ! »

Class40 : Compression en tête de flotte

Entré dans le Pot-au-noir depuis hier midi, Crédit Mutuel a sérieusement ralenti et voit logiquement revenir dans le rétroviseur le tandem Leyton et Aïna Enfance & Avenir aux prises eux aussi ce matin avec leurs premiers grains. Ces deux-là ont 300 milles pour tenter de revenir à la hauteur de l’épouvantail rouge et blanc, voire le dépasser s’ils veulent avoir une chance dans l’alizé de sud-est où le plan Raison risque de refaire la démonstration de sa puissance. Même si d’un jour à l’autre, le Pot-au-noir peut changer de visage comme il l’a montré entre le passage des Multi50 et des IMOCA, la zone de convergence semble encore bien épaisse à traverser. Ce soir, Crédit Mutuel est arrêté : « Hier, on cavalait encore à 15 nœuds et là, on est scotché. Je suis debout dans le bateau, je n’ai même pas besoin de me tenir. C’est sans transition et j’espère que ça ne va pas trop durer. On fait du Sud autant que possible et quand le vent est de face, on choisit le bord le plus rapprochant » racontait fataliste Adrien Hardy à la vacation.

Derrière les leaders, Banque du Léman est toujours quatrième à 174 milles et la flotte se répartie ensuite en deux paquets distincts. L’un mené par Made in Midi évolue au sud du Cap Vert, alors que le deuxième, à la tête duquel Eärendil a signé un joli retour, est encore au nord du 15ème degré de latitude. Equipe Voile Parkinson ferme la marche à 1000 milles des leaders et n’a toujours pas bouclé la moitié du parcours.

Prochaines ETA (heures françaises)

Multi50

  • Solidaire En Peloton – ARSEP : vendredi 8 novembre vers 16h
  • Primonial : samedi 9 novembre vers 12h30

IMOCA

  • Apivia : dimanche 10 novembre vers 1h00

Date : 08/11/19 – 05h00

Class40

1 – Crédit Mutuel
2 – Leyton
3 – Aïna Enfance & Avenir

Multi50

1 – GROUPE GCA – MILLE ET UN SOURIRES
2 – Solidaires En Peloton – ARSEP
3 – PRIMONIAL

Imoca

1 – Apivia
2 – Banque Populaire X
3 – PRB

Les mots des skippers

Gilles Lamiré, skipper de Groupe GCA – Mille et un sourires

C’est une route longue et difficile, on savait avant le départ que ce ne serait pas facile. J’ai toujours une appréhension avant de partir. On a vécu une aventure incroyable, le niveau en Multi50 est super élevé, c’est ma première grande course avec le bateau. Antoine est un super marin, il m’a beaucoup aidé à prendre en main le bateau. J’ai déjà commencé à regarder notre trace, ça s’est passé comme dans un beau livre illustré. On a des super images, comme aux Canaries avec le gennaker poussé par 35 nœuds de vent. Le match avec Primonial où on était bord à bord, c’était incroyable ! On a fait une super stratégie météo avec Christian Dumard. Il a super bien bossé. Il a dû être content nous parce qu’on est allé exactement comme il nous a dit. On fait un passage au Cap Vert extraordinaire. On savait qu’on pouvait tout perdre dans le Pot-au-noir. Mais on a eu de la chance, et Christian nous a bien dit où passer. Ca s’est super bien passé ! On est vraiment heureux d’être arrivé à Bahia devant !

Adrien Hardy– Crédit Mutuel (Class40)

Ça va, on est entré dans le vif du sujet. Depuis 2 ou 3 heures, on est arrêté. Il y a eu quelques grains hier avec du vent sud-est mais depuis tout à l’heure, le vent de sud est très faible. On espère pas que ça ne va pas durer trop longtemps. Ce n’est pas évident, on a vu les prévisions, il faut rester proche de la route directe, faire le bord le plus rapprochant vers le sud. Il y a pas mal de houle, le bateau est balloté, il faut trouver un bord où ça porte. C’est un changement d’ambiance radical, hier on cavalait à 15/20 nœuds et là je suis debout dans le bateau, ça ne bouge plus du tout. On attend le nouveau vent de sud-est pour redémarrer. On a plus de boulot, plus de manœuvres, il faut s’adapter tout le temps aux grains mais c’est très tranquille là. On attend les prochains nuages. On ne regarde pas trop derrière, il faut progresser vers le sud au plus vite, ça ne dépend pas de nous, on reste calme, il reste un jour ou deux comme ça. Quand tu vois que les IMOCA n’ont pas encore redémarré, ce n’est pas encourageant. Il faut que je prépare quelque chose pour le premier équateur de Ian, c’est important dans la vie d’un marin, j’ai encore un peu de temps pour y réfléchir !

Source

Soazig Guého

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