Toujours du près et bientôt du brouillard

© Yann Riou

Au troisième jour de course, la progression du Queen Mary 2, toujours lancé au pas de charge en direction de New York, cache mal l’intensité de la bataille navale qui se joue dans son sillage royal. Le duel, qui oppose, depuis le coup d’envoi l’équipage de Macif (François Gabart) aux cinq hommes d’IDEC SPORT (Francis Joyon), n’en finit pas de se corser à mesure que les bateaux se rapprochent des latitudes froides et inhospitalières des bancs de Terre Neuve.

Derrière, Thomas Coville et les siens, dont le retard s’est stabilisé à 70 milles, ne baissent évidemment pas la garde à bord de Sodebo Ultim’. L’équipage, qui pointe en 3è position, reste paré à saisir la moindre opportunité qui voudra bien se présenter devant ses étraves, sur les 2025 milles lui restant à parcourir d’ici l’arrivée en baie de New York, sous le pont de Verrazzano. À l’arrière de la flotte, Actual (Yves Le Blévec) concède toujours du terrain, mais ne boude pas son plaisir concourir dans le cadre de cette course historique, qui offre au seul équipage mixte une occasion unique de croiser le fer sur un parcours inédit en équipage.

Courant du Labrador Vs Gulf Stream

Tête de pont de cette transat atypique, fort de sa belle avance qui se chiffre désormais à plus de 500 milles, le prestigieux paquebot, faisant dès le petit jour raisonner sa corne de brume, a planté ce matin le décor qui attend se poursuivants à voiles d’ici les prochaines 24 heures. Bienvenue au pays du brouillard, cet univers océanique et fantomatique dominé par le choc thermique généré par la rencontre frontale entre le eaux froides du courant du Labrador et celles beaucoup plus clémentes du Gulf Stream. « C’est vraiment une zone particulière. Il faut imaginer que c’est comme si on avait de l’eau à 2° à Brest et à 25° à Vigo. En l’espace de 300 milles, il y a un différentiel incroyable, inimaginable dans le reste du monde», souligne Dominic Vittet, le consultant météo embarqué de THE BRIDGE.

Zone des glaces Vs anticyclone

Pas de quoi perturber le déroulé de la course opposant, les quatre duettistes de l’imperturbable « liner » transatlantique qui passera cette nuit, à 175 milles au Nord au dessus de l’épave du Titanic. Pour eux, il leur faut composer avec un ensemble de contraintes qui ne leur rendent décidément pas la partie facile. « Les bateaux vont rentrer dans le brouillard ce soir ou demain. Ils se dirigent vers l’anticyclone des Açores, qui est bien remonté et réduit considérablement leur marge d’évolution. Les conditions ne sont vraiment pas très favorables pour la vitesse. Macif, IDEC SPORT et Sodebo Ultim’ progressent dans des vents contraires, alors qu’Actual est encore dans du Nord-Ouest, sous un beau ciel bleu », ajoute le météorologue de la course.

D’après les dernières prévisions, les premiers trimarans Ultimes sont attendus lundi (le 3 juillet) vers 8h du matin, heure locale, à New York. Après avoir mené une course au sommet de la voile océanique dans des conditions complexes contre les vents dominants, ils accuseront alors 48 heures environ face au Queen Mary 2, l’imperturbable paquebot qui traverse l’océan au pas de charge.

Ils ont dit

Davy Beaudart (Actual) :

« Dans la journée, ça va mollir un peu et ça va refuser en approche de la dorsale de l’anticyclone. Les bateaux de devant vont buter dedans les premiers. À bord, Sam (Davies) fait tourner les modèles afin de déterminer la route optimale pour passer sous la zone des glaces, cela ne va pas être simple. Il va falloir la longer en tirant des bords. L’ambiance est vraiment très bonne à bord et on prend tous beaucoup de plaisir à être en mer. »

Gwénolé Gahinet (IDEC SPORT) :

« On est très content, le début de course s’est super bien passé. On a fait des manœuvres et des trajectoires propres. La nuit dernière a été un peu plus difficile dans du près sur une mer un peu hachée, et on a vu Macif nous passer à avec une bonne vitesse. Il a dû prendre un ris avant nous, mais avec son mât basculant et ses foils, cela reste un autre bateau. Dans ce type de conditions, il a un net avantage. Ce matin, on est dans la pétole, et on attend une petite rotation pour virer. Nous menons le bateau d’une façon qui est assez propre à Francis (Joyon). On place le curseur sur la conduite du bateau toujours assez haut, tout en essayant d’économiser les manœuvres, d’autant plus que nous ne sommes que cinq à bord. »

François Gabart (Macif) :

« On est forcément ravis d’avoir réussi à creuser sur IDEC SPORT, ce serait dommage de ne pas l’être. Mais on arrive dans une zone avec pas beaucoup de vent, on reste prudents, c’est loin d’être fini tout ça.
Cette nuit, on a eu au plus fort 20-25 nœuds, au débridé, puis une petite molle. On va de nouveau tomber aujourd’hui dans une zone avec très peu de vent, avec probablement un petit contrebord bâbord à faire. Dans ce genre de conditions, on peut se faire rattraper ou continuer à creuser. Dans les prochaines 24 heures, on a au moins deux virements à déclencher, avec beaucoup de changements de voiles. Il peut se passer plein de choses, ça peut recoller. Aller jusqu’à New York, cela reste pas simple du tout, je le confirme ! Les conditions ne nous facilitent pas la vie. On n’est un peu coincé par l’anticyclone et la zone des glaces. Mais on va faire avec, on n’a pas le choix. »

Thomas Coville (Sodebo Ultim’) :

« On et en chasse depuis le petit décalage qui s’est produit il y a 48 heures. On a beaucoup de manœuvres à faire, c’est assez tonique. On passe du près à des allures un peu plus débridées, travers au vent, comme on a eu cette nuit. Il faut suivre le rythme, les enchaînements, c’est là que cela se joue. À part le gennaker, toute la garde-robe y est passée. Depuis le départ, on n’a pas fait beaucoup de portant. On espère pouvoir profiter ou créer un petit décalage, un petit changement d’angle pour rattraper notre retard, qui peut se mesurer à 2 heures à bord de nos bateaux. On verra si le passage de la zone des glaces nous offre une opportunité. »

Classement du mercredi 28 juin, à 16h

  1. Macif (François Gabart) : à 1958 milles de l’arrivée
  2. IDEC SPORT (Francis Joyon) : à 21 milles du premier
  3. Sodebo Ultim’ (Thomas Coville) : à 68 milles du premier
  4. Actual (Yves Le Blévec) : à 193 milles du premier
    Queen Mary 2, à 1 440 milles de l’arrivée

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