L’Atlantique à quatre mains

© Yvan Zedda/Gitana SA

A 4 jours du départ officiel de la Transat Jacques Vabre, le duo d’Edmond de Rothschild est de retour au Havre. Au programme : briefing sécurité, sollicitations médiatiques sans oublier les séances désormais quotidiennes de météo pour commencer à apprécier ce qui les attend. Mener à deux un trimaran de 21 mètres n’a rien d’anodin. A bord du multicoque armé par le Baron Benjamin de Rothschild, Sébastien Josse et Charles Caudrelier réaliseront cet exercice sur le parcours le plus long de l’histoire de l’épreuve. En effet, pas moins de 10 000 kilomètres séparent Le Havre du port d’Itajaì au Brésil, soit près du quart d’un tour du monde. Malgré une intense préparation et une victoire sur la Route des Princes en juin, le tandem aborde cette transat avec la plus grande humilité.

Si l’un et l’autre ont débuté en Figaro, couru en monocoque Imoca et disputé la Volvo Ocean Race, traverser l’Atlantique en multicoque et de surcroît en double, reste une première. Sébastien a accumulé beaucoup de milles depuis trois ans à la barre des trimarans armés par le Baron Benjamin de Rothschild. Pour sa part, Charles a préparé la Transat Jacques Vabre 2005 à bord du trimaran Orma de Yvan Bourgnon et remporté le Tour d’Europe 2012 avec Michel Desjoyeaux. Si les deux hommes mettent en commun leurs expériences, ils ne fanfaronnent pas. “Le double sur ces trimarans monotypes est beaucoup plus stressant et sollicitant physiquement qu’en équipage,” affirme Sébastien avant de préciser : “Ce n’est ni nouveau, ni impossible puisque beaucoup de marins couraient en double à l’époque des trimarans Orma (60 pieds) dans les années 90 et début 2000. Nos bateaux sont aujourd’hui moins puissants et moins volages mais cela reste un exercice exigeant qui demande la plus gr ande vigilance. Avec Charles, nous savons que nous ne pourrons pas relâcher l’attention un instant pendant environ 14 jours, ce qui est très différent de ce que nous connaissons en monocoque. Nous plongeons dans une part d’inconnu. Ce n’est pas une crainte mais plutôt un nouveau défi et lorsque vous êtes sportif professionnel, avoir l’opportunité de repousser ses limites est hyper stimulant.”

Le bon curseur
Lorsqu’ils détaillent leur organisation à bord, la capacité d’adaptation semble primordiale pour ces deux experts du large. “Nous avons acquis des repères en équipage dont il faut se détacher,” explique Charles. “Il ne faut pas chercher à pousser le bateau à 100% mais doser la cadence pour aller vite tout en restant à l’endroit car le risque de chavirage reste omniprésent en multicoque. Le danger est de prendre confiance en équipage et de ne pas corriger ces réflexes en double qui est du solo à mi-temps finalement.”

En effet, ce qu’ils font à six d’habitude, il va falloir le faire à deux. Barrer, régler les voiles, manœuvrer, prendre les décisions stratégiques, tout va devoir se combiner avec un minimum d’heures de sommeil et des repas aussi équilibrés que possible. « Nous aurons deux modes » explique Charles, « Dans des conditions maniables, l’un de nous pourra se reposer. Par contre, lorsque que ce sera plus musclé ou que nous serons très à l’attaque, celui qui n’est pas de quart restera en stand-by pour pouvoir réagir au plus vite. Sinon, toutes les manœuvres se font à deux pour gagner du temps et partager l’effort physique. A nous ensuite de faire la meilleure synthèse de tout ça sur les deux semaines de course. »

Une vie sur le fil

Les Multi70 sont des monotypes à l’origine destinés à l’équipage, il a donc fallu prendre quelques mesures pour adapter la machine à la navigation en double. « Nous avons ajouté des taquets coinceurs, un ballast à l’arrière et nous avons aussi un système anti-chavirage* qui n’est en aucun cas un outil de régulation mais uniquement un système de sécurité si le bateau se soulève de façon critique » rappelle Sébastien, « même si rien ne remplace la réactivité d’un équipage, nous avons les principales commandes à portée de main quand nous sommes à la barre. L’enjeu sera donc de trouver en permanence le meilleur équilibre entre vitesse et prise de risques. »

Bien loin du marin contemplatif, le pilote de multicoque se livre aussi à une certaine forme d’introspection. Vivre dans le stress, le bruit, l’humidité et porter sur ses épaules la gestion à mi-temps d’un tel bateau imposent d’être à l’écoute de soi pour ne pas se mettre dans le rouge. Savoir dormir avant d’être épuisé, manger suffisamment pour redoubler d’effort quand il le faudra, autant de paramètres qui comptent dans la performance. En revanche, l’idée même d’embarquer un livre fait sourire, seul Sébastien écoutera un peu de musique pour s’extraire du bateau et s’endormir. Pas de folies gastronomiques non plus même si du fromage et de la charcuterie corse ainsi que des plats préparés par le chef du Domaine du Mont d’Arbois enrichiront les menus lyophilisés.

Cette longue course du Nord au Sud de l’Atlantique mettra donc les organismes à rude épreuve et une chose est sûre : l’arrivée en terres brésiliennes devrait avoir une bien belle saveur !

* Dispositif électronique qui déclenche un choqué (“relâchement”) de la Grand-voile ou de la voile d’avant lorsque le trimaran dépasse un certain angle de gîte, réglé au préalable par les navigants.

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Zephyr Communication

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