La Russie à l’école des Glénans
« Pour moi, tout a commencé au début des années 1990. Il y a eu un accord entre l’ex-URSS et le gouvernement Mitterand, pour la création de bases nautiques en Russie, en partenariat avec l’Ecole des Glénans. A l’époque, il y avait une culture de la voile olympique, mais la plaisance était inexistante en Russie (et elle l’est toujours). C’était logique au temps de l’URSS, il n’y avait pas de propriétaires privés, donc pas besoin d’écoles de voile. Une sélection a été effectuée dans tout le pays et j’ai fait partie des 5 candidats retenus. Je suis arrivé en France, je me souviens, un 8 mai, après voir pris des cours de français intensifs, et j’y suis resté un an. J’ai passé mon BE1 à Paimpol, pris des cours de gestion, de finance, navigué à Concarneau et à Marseillan, dans le sud de la France. Mais quand je suis rentré chez moi, le projet avait été totalement abandonné. Dans les années 1995, ce n’était plus la priorité. Toutefois, j’avais noué des contacts en France et j’ai fini par m’y installer définitivement en 2004. »
Un projet de propriétaire
« Kirill Podolsky, le propriétaire du bateau est un ami à moi. Il est jeune, il a 38 ans, et Valars, société d’import-export de blé et céréales, lui appartient. Nous avons commencé à monter un projet ensemble en 1997, on naviguait en Mer Noire et en Mer d’Azov, dans le sud de la Russie. Mais il voulait régater ailleurs, en Europe. Début 2001, nous avons donc fait l’acquisition d‘un IMX 45 et nous avons participé au circuit IMS et IRC, nous avons fait les Voiles de Saint Tropez, régaté en Méditerranée, en Bretagne, et on a commencé à comprendre le côté ‘pro’ d’un projet en regardant les Italiens. Kirill a commencé à naviguer tard, mais il est tout le temps sur le bateau, c’est vraiment son plaisir. »
Un équipage original, presque 100% russe
« Tout l’équipage est originaire du même endroit : Taganrog, une ville située en Mer d’Azov. Elle a été fondée en 1698 par le Tsar Pierre 1er et c’est aussi la ville natale de Tchékov (de même qu’elle a été la première base de la marine de guerre russe, ndr). Tous les équipiers de Valars naviguent depuis qu’ils sont jeunes, en Optimist, 420, 470. Notre équipier de mât est remplaçant en 470 pour les Jeux de Pékin. Seul notre navigateur est italien. Notre skipper, qui est à la fois barreur et tacticien, vit en Italie depuis 15 ans. Nous avons probablement l’équipage le plus jeune de la flotte. La moyenne d’âge doit être 30 ans. Mon plus gros souci à résoudre, au niveau logistique, ce sont les visas. On est limité à 90 jours sur 6 mois (ou 180 pour un an). On ne peut donc faire que les régates. On a du mal à s’entraîner en dehors de ça. »
TP 52, bientôt un nouveau bateau ?
« Nous sommes entrés dans le circuit en 2006 avec un ‘vieux’ bateau, l’ex Caixa Galicia de 2005. Nous avons toujours ce bateau, il régate d’ailleurs en Angleterre, en IRC. On mène donc deux circuits de front, deux projets parallèles. Cette année, pour l’Audi MedCup, nous avons loué l’ancien Mutua Madrileña. Nous avions un projet de construction, mais nous voulions attendre, voir comment se comportaient les bateaux de génération 2007. Je crois qu’il ne faut pas être pressé. Il faut apprendre et absorber ce qui se passe autour de nous. »
La voile en Russie
« La voile, ce n’était pas le sport de prédilection de Poutine et je ne sais pas si ce sera celui Dimitri Medvedev ! Il y a une fédération russe de voile, mais peu de soutien de la part de l’Etat. Il faut savoir qu’il y a de nombreux propriétaires russes qui ont des voiliers de 40 et 50 pieds basés en Méditerranée. Chez nous, la plaisance n’est pas assez développée, il y a trop peu d’infrastructures pour accueillir des bateaux. Mais avec Rusal Synergie, nous allons mettre nos moyens en commun pour communiquer un peu chez nous et promouvoir nos projets.»
Valars a terminé 15e du Trophée d’Alicante. L’équipage sera présent du 2 au 7 juillet à Marseille pour la deuxième étape de l’Audi MedCup.
Propos recueillis par
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