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\ Course océanique \ The Transat \
Train de grains |
| © Sam Davies / Roxy |
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Le coup de vent concernait ce mercredi après-midi les trois premiers de The Artemis Transat
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| Rien ne se déroule comme habituellement sur cette transat de l'Atlantique Nord ! Des animaux perturbateurs, des leaders qui abandonnent, des solitaires en tandem, des brises portantes molles, des bulles et des trous de vent. Et un final dans la baston qui laisse encore ouverte l'issue de The Artemis Transat jusqu'à vendredi ! Sans compter un regroupement général du peloton ce mercredi. Diantre, il faut avoir les nerfs solides. |
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Tchou, tchou ! La locomotive de Loïck Peyron file sur des rails en direction de Halifax. Et son « tender », mené par Armel Le Cléac'h, reste bien accroché dans ses roues. Sans compter que le wagon de Yann Eliès joue les express. Les trois compères ont mis du charbon et c'est jusqu'à plus de dix-huit nœuds que les monocoques ont été relevés sur la voie de Boston qui semble dégagée jusqu'aux côtes américaines. Mais il y a un « aiguillage » au large du cap Sable, dans le Sud de la Nouvelle-écosse : le vent va mollir, tourner, changer, redistribuer les cartes et modifier les règles. Vaut-il mieux s'approcher au plus près des rives comme semble le vouloir Gitana Eighty ? Est-il préférable de se décaler au Sud pour friser l'itinéraire le plus court comme le fait Brit Air ? Ou est-il de bon ton de foncer à toute vapeur sur ce tracé vallonné, histoire de rattraper son retard tel Generali ?
Grains. de folie
En tous cas, cela fait près d'une semaine que les solitaires n'ont pas aligné les milles à de telles vitesses. C'était il y a une semaine, au portant après le Fastnet ! Depuis, The Artemis Transat s'était transformée en lascive alternance de coups de mou et de bascules de vent. Mais ce n'est plus le même programme depuis que les trois leaders ont franchi la porte des glaces, dernière « station » avant Boston ! Le vent de secteur Sud est bien rentré, à plus de vingt-cinq nœuds, et il devait progressivement s'orienter au Sud-Ouest dans l'après-midi de ce mercredi, pour se renforcer encore, à plus de trente nœuds avec des grains orageux, de la pluie, des rafales, des coups de tonnerre, des éclairs, des trombes d'eau, une mer dure et pyramidale, des vagues abruptes et percutantes, un ciel chargé, une lune blafarde. Un paysage à la Edgar Poe ! Mais du suspens et des rebondissements, il y en a déjà eu tellement que le scénario pourrait une nouvelle fois être remanié par un coup de Jarnac entre ces « trois mousquetaires ».
Dans ces grains de folie, le vent va monter jusqu'à plus de quarante-cinq nœuds au passage du front, quand la brise va rapidement basculer du Sud-Ouest à l'Ouest vers minuit ce mercredi. Et comme bien souvent, un énorme cumulonimbus noircira une dernière fois le ciel en lançant ses banderilles éclairantes et ses coups de semonce annonçant que la rotation est imminente. Et le vent va s'écrouler en quelques dizaines de minutes ! Après avoir fait le dos rond, préparé minutieusement toutes les manœuvres, amarré tout le matériel à bord, vérifié quinze fois le cheminement des écoutes, checké vingt fois la clarté des drisses, fait tourner trente fois les simulations de route, envoyé le foc de brise ORC et pris trois ris dans la grand voile, la surprise est toujours aussi totale : le changement de décor est tel après ces grondements, ces rugissements, ces hurlements, que le clapot lancinant qui ballotte un monocoque de 60 pieds en devient assourdissant ! Reprendre tout de suite ses esprits et remettre en marche le plus vite possible pour virer de bord et longer les côtes américaines.
Grains. de sable
Mais l'affaire ne sera pas pour autant aussi simple à moins de 400 milles de l'arrivée (soit une grosse journée) pour en finir avec cette transat qui a surpris tout le monde par ses conditions météorologiques inattendues. Loïck Peyron aura-t-il encore de la marge pour contenir la pression de Le Cléac'h et de Eliès qui devraient être très à l'aise dans ces conditions dures de la nuit : leurs plans Finot affectionnent particulièrement la brise contraire ! Même si le Jury lui donne une bonification pour s'être détourné vers PRB afin de prendre Vincent Riou à son bord, Loïck Peyron sera-t-il encore devant pour ce final au décor de Solitaire du Figaro ? Le « chacal » Armel et le « renard » Yann vont-ils se faire la peau du « vieux loup de mer » Loïck ?
Le carrefour de tous les dangers se situe au large du cap Sable, un nom prédestiné pour y glisser un grain, enrayer une mécanique fluide et gripper un engrenage. Les quarante milles d'avance de Gitana Eighty sur Brit Air n'ont que l'épaisseur d'un grain de poussière ! Et même Generali qui fonçait ce mercredi après-midi comme un train fou, n'avait sur la carte qu'un différentiel aussi fin qu'un grain de riz. Gare Loïck ! Le synopsis final n'est pas encore écrit et les faibles airs tournoyants qui sont annoncés pour ces derniers milles auront de quoi moudre tout grain d'espoir.
Grains. de beauté
Autre paysage que celui qui cerne les poursuivants ! A plus de 400 milles du trio leader, c'est presque un nouveau départ qui a été donné ce mercredi après-midi au passage de la porte des glaces. Un vrai miroir aux alouettes : ébloui par la réverbération d'une bulle en formation, le piège s'est refermé sur Marc Guillemot (Safran) qui s'est retrouvé enferré dans de petits airs à plus de 40 milles dans le Nord de cette ligne imaginaire. Obligé de piquer plein Sud-Ouest dans une brise erratique. Samantha Davies (Roxy) a aussi dû composer avec cette petite graine météorologique, une cellule anticyclonique qui a disparue aussi vite qu'elle est arrivée : en quelques heures. Mais des heures qui ont stoppé les élans et regrouper ces cinq solitaires au point que Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Yannick Bestaven (Cervin EnR) ne sont plus à une poignée de milles de la jeune Britannique ! Et Dee Caffari (Aviva) qui a judicieusement plongé vers le Sud mardi, se remet dans le match. Seul Steve White (Spirit of Weymouth) peine au Nord pour glisser vers la porte.
La course entre ces cinq solitaires, même si Marc Guillemot est tout de même en pole position avec de la marge, s'annonce de toute beauté. Car eux aussi vont devoir affronter dès la nuit prochaine ce coup de vent de Sud-Ouest qui sera peut-être un peu moins violent que pour les leaders, mais beaucoup plus long à traverser. Ce groupe devrait concéder une journée à l'arrivée à Boston, arrivée prévue pour le premier, vendredi entre midi et minuit (heure française), mais comme définitivement rien ne se déroule comme d'habitude sur cette treizième édition de The Artemis Transat !
Commentaires de mer
Loïck Peyron (Gitana Eighty) ce mercredi matin
« C'est la première fois que je me retrouve dans une telle situation : naviguer sur une course solo. en double. C'est assez déroutant pour l'instant car je m'étais installé dans un rythme bien précis avec des automatismes, des habitudes . Ce n'est pas évident, mais il va maintenant falloir que je me re-concentre pour attaquer la suite, qui s'annonce toujours assez compliquée. Mais l'essentiel était tout de même de récupérer Vincent ! Concernant les abandons liés à des collisions avec des animaux marins, c'est vraiment quelque chose de complexe de gérer, ces aspects aléatoires. On réfléchit beaucoup sur des systèmes qui nous protégerait de ça, et qui éviterait de faire mal aux animaux. Comment réveiller nos amis les bestiaux ? Dans les prochaines heures, je vais me concentrer sur les conditions actuelles et ne pas trop me projeter au-delà de douze heures, car de toutes façons, après une dépression, le temps est toujours brouillon ! Là actuellement, j'ai grand voile haute et génois. On passera ensuite sous foc Solent puis à la trinquette, et je prendrai deux ris dans la grand voile. »
Yannick Bestaven (Cervin EnR) ce mercredi matin
« Avec la molle, je dois manœuvrer et notamment vider les ballasts. Tourner les vannes, c'est notre quotidien sur nos bateaux ! On est un peu des porteurs d'eau au milieu de l'Atlantique ! Le vent est autour de dix nœuds : c'est calme, trop calme. Ce n'est vraiment pas simple de faire de la régate au contact au milieu de l'Atlantique. J'ai bataillé plusieurs heures hier et j'avais vraiment le moral dans les chaussettes après. En voulant gagner du terrain sur mes concurrents j'ai abattu, déroulé le grand gennacker. Le vent est monté. A 25 nœuds, il a fallu l'enrouler mais comme vous pouvez l'imaginer, ça devenait une manœuvre pas simple. Le bateau est parti un peu au tas et j'ai concédé les milles que j'avais chèrement gagné durant une semaine entière. Je prends tout de même du plaisir à voir que les bateaux anciens sont aussi performants. Dans le duel à distance avec eux, dès le départ j'ai pris des options différentes, en m'éloignant de la route directe. Je ressens de la fatigue et je fais parfois quelques erreurs. C'est toujours la même histoire : il faut trouver le bon compromis entre sommeil réparateur et veille pour faire marcher le bateau. »
Arnaud Boissières (Akena Vérandas) ce mercredi matin
« Tout va bien sur Akena Vérandas. Après un virement en direction du Sud, je me dirige vers la porte de glaces, à peine à quelques milles devant pour ensuite tracer vers Boston. Nous formons un petit groupe de bateau avec Roxy, Cervin EnR et Safran un peu plus loin. Il y a quelques jours, j'ai vu Roxy. Au milieu de l'Atlantique, c'est toujours sympa de pouvoir échanger avec un bateau à vue ! »
Marc Guillemot (Safran) ce mercredi midi
« On va enfin avoir un peu d'air et ce n'est pas plus mal ! Parce que pour l'instant, on n'en a pas eu beaucoup depuis le départ de Plymouth : on ne va pas battre des records de vitesse. Il y a des bancs de brume, mais il ne fait pas très froid : on ne reconnaît plus rien ici. C'est très spécial cette treizième édition. Il faudra revenir. J'ai vu des dauphins, un requin et surtout beaucoup de tortues. et des bancs de poisson qui rendaient la mer toute blanche ! On sent bien le courant du Gulf Stream : tout à coup, il y a un méandre. Côté physique, cela va beaucoup mieux, du moins quand j'évite les manœuvres violentes. J'ai l'impression d'avoir un gros point de côté maintenant. »
Armel Le Cléac'h (Brit Air) ce mercredi midi
« La situation actuelle ? Le vent rentre au fur et à mesure que je progresse vers l'Ouest : j'ai 28 nœuds en ce moment. C'est une journée assez rude au programme d'aujourd'hui. Je vais mettre la course entre parenthèses pour ces prochaines vingt heures. Ménager le bateau, ne pas avoir de problèmes techniques. On verra après pour imaginer des coups tactiques. Je navigue un cran en dessous : par exemple, je suis déjà à deux ris dans la grand voile et trinquette. J'anticipe longtemps à l'avance. Comme ça, c'est fait proprement. Je la joue en bon marin avant tout. »
Classement du mercredi 21 mai à 16h00 (heure française)
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 581,6 milles de l'arrivée
2- Armel Le Cléac'h (Brit Air) à 51 milles du premier
3- Yann Eliès (Generali) à 136 milles
4- Marc Guillemot (Safran) à 403 milles
5- Samantha Davies (Roxy) à 471 milles
6- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 477 milles
7- Yannick Bestaven (Cervin EnR) à 497 milles
8- Dee Caffari (Aviva) à 526 milles
9- Steve White (Spirit of Weymouth) à 621 milles
Abandon- Vincent Riou (PRB)
Abandon- Unai Basurko (Pakea Biskaia 2009)
Abandon- Sébastien Josse (BT)
Abandon- Michel Desjoyeaux (Foncia)
Du vent fort et une mer dure
Une dépression de 991 hPa par 40°N-68°W, se décale rapidement vers Terre-Neuve en se creusant. Elle est à 987 hPa par 47°N-58°W le 22 mai à 00h UTC. Un flux rapide de Sud à Sud-Ouest à l'avant du front froid orageux y est associé. Une zone de vents faibles était située mercredi matin par 42°N-50°W, soit pile sur la porte des glaces... Heureusement, elle se décalait vers l'Est dans l'après-midi de mercredi mais se prolongeait par une dorsale située sur le 45°W à 12h UTC.
Pour les trois premiers, le vent de Sud à Sud-Est de mercredi matin s'orientait Sud Sud-Ouest en se renforçant dans l'après-midi 30/35 nœuds, temporairement la nuit prochaine 35/40 nœuds avec rafales 45/50 nœuds et pluies à caractère localement orageux. Le flux mollissait à l'Ouest du 58°W vers 21h UTC et s'orientait à l'Ouest-Sud Ouest 14/16 nœuds avec quelques rafales puis mollissait 10/12 nœuds en fin de nuit.
Près de la porte des glace, le vent était de Nord-Ouest 14/17 nœuds à l'avant de la dorsale et Sud 08/12 nœuds à l'arrière. Entre les deux, la zone de vents faibles gagnait vers le Nord et s'élargissait. Renforcement par vent de Sud virant Sud-Ouest en se renforçant progressivement 25/30 nœuds localement 30/35 nœuds avec rafales 45/50 nœuds sous le front froid en fin de nuit. Brumes et brouillards au passage des fronts principalement à l'Ouest du 50°W. Mer forte à très forte par houle de secteur Sud-Ouest. Pour jeudi, persistance d'un flux très rapide de Sud-Ouest à l'Est du 50°/52°W jusqu'au 24 mai. Mer très forte. Au large de la Nouvelle-écosse, le flux d'Ouest modéré vire Sud-Ouest puis Est par le Sud, au Nord du 43°N. Mer forte, devenant forte à agitée et croisée.
Passage de la porte Musto
Loïck Peyron (Gitana Eighty) a coupé cette ligne virtuelle sur la longitude du cap Race à 22h42 UTC de mardi : il remporte le Trophée Musto Terre-Neuve.
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Source : OC Events |
21-05-2008 > Communiqué de presse
Adonnante.com |
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