Des conditions musclées et une mer agitée jusqu’à l’arrivée.
La zone anticyclonique apporte, des vents légers venant du sud, sur la flotte des Class40, rendant ainsi la nuit plus difficile pour les skippers. Le groupe du nord, avec le leader Giovanni Soldini sur Telecom Italia, ainsi que Thierry Bouchard (Mistral Loisirs – Pole Santé ELIOR) en 2ème position, Yvan Noblet sur Appart’City (4ème place) et Christophe Coatnoan (Groupe Partouche) en 8ème position, ont échappé au gros de la zone anticyclonique.
En 6ème position, Custo Pol , le plus à l’ouest du groupe du sud a été le premier à rentrer dans cette zone, enregistrant une moyenne de 1.5 noeuds avant l’aube : "Une nuit pas facile" Admet le skipper Halvard Mabire ce matin. "Il faut toujours manoeuvrer, faire des réglages, c'est du boulot de chaque seconde, je n’ai pas beaucoup dormi." Halvard Mabire a fait route vers le sud hier, et parait avoir beaucoup souffert de cette zone peu venté. Custo Pol a perdu 38 milles sur Soldini en 24 heures, et se trouve désormais à 108 milles derrière lui. Le navigateur français avoue également avoir quelques problèmes électroniques à bord et il reçoit les positions et les fichiers météo que très irrégulièrement. "Je n’ai pas vraiment eu le temps avant le départ de m’occuper de l’électronique à bord, telles en sont les conséquences, mais l’essentiel c’est que le bateau avance bien !" Havard rajouta "Je navigue donc un peu à l’instinct comme au bon vieux temps Halvard Mabire (Custo Pol) et Alex Bennett (Fujifilm) se tiennent compagnie dans le sud , et nous ont tous deux confirmés pendant la vacation matinale que le vent remontait, leur permettant de reprendre un peu de vitesse avec une brise sud-ouest de 7 nœuds : "Nous n’avons jamais vraiment été arrêté mais c’était un vent vraiment très, très léger pendant 12 à 15 heures" expliqua-t-il. Pour Alex Bennett, cette brise légère mais stable a été plutôt positive: "J’étais vraiment fatigué de la nuit dernière, je suis donc rentré pour faire une sieste et je me suis endormi sur la table à carte pendant 3 heures. Le bateau a continué à aller vers le sud, là où je voulais qu'il aille, donc je n’ai pas perdu beaucoup de terrain." Après une semaine difficile, une compétition acharnée, la fatigue commence à se faire sentir chez les skippers. "Je me sens physiquement et mentalement en forme, mais je pense que je me rendrai vraiment compte de la fatigue dans 4 ou 5 jours." ajoute le skipper anglais "C’est l’une des premières courses que je fais où l’on est si proche les uns des autres, et je suis sûr que naviguer comme cela rajoute du stress."
Située dans le groupe central de la flotte, naviguant en 5ème position, Miranda Merron sur 40 Degrees, a senti la brise revenir quelques minutes avant la vacation avec le PC course de The Artemis Transat. "Nous sommes enfin en train de repartir" raconta-t-elle avec un vent de 6 noeuds. "Nous ne nous sommes jamais réellement arrêtés, il y avait du courant qui nous poussait, mais pendant 2 ou 3 heures nous n’avons pas vraiment bougé. Cette après-midi, 40 Degrees se trouve à 26 milles de Appart' City, Yvan Noblet, pour le moment à la 4ème place. Tout comme Custo Pol, Miranda a des difficultés pour télécharger les fichiers météo. « La nuit dernière je n’ai pas pu enregistrer le fichier GRIB, et je ne sais pas si je peux le faire maintenant. » raconta Miranda. Quant on lui demande si la fatigue peut être mise en cause, Miranda Merron répondît que c’était possible. « Je ne me sens pas en morceau, je réponds à mes besoins primaires mais j'imagine que ça peut être le cas." Avec 1400 milles parcouru en 10 jours, la flotte entière ne tardera pas à ressentir la même chose. "On verra bien qui est le plus fort" ajoute Miranda en riant.
En onzième place, sur Clarke Offshore Racing, Simon Clarke explique que l'épuisement est un facteur vital : "On est actuellement dans la deuxième semaine de course, j'espère maintenant que je vais faire des erreurs stupides comme pendant la première... La fatigue se ressent sur notre raisonnement, et s'endormir trop profondément n'est pas recommandé non plus, c'est un bon moyen de se retrouver à faire des milles supplémentaires...." Clarke révélait hier que sa girouette et son anémomètre en tête de mât n'étaient pas correctement étalonnés, ce qui lui a fait parcourir un bien plus grand nombre de milles que ses concurrents, puisqu'il avait des difficultés à repérer les changements de direction du vent, et prévoir les moments où il fallait qu'il vire de bord : un problème technique qu'il n'avait pas détecté plus tôt, à cause de la fatigue.
Clarke et Louis Duc qui est en dixième position sont séparés de seulement 17 milles.
En deuxième position, Thierry Bouchard sur Mistral Loisirs – Pole Sante Elior a choisi une option nord comme Telecom Italia, et se trouve cet après-midi à 65 milles derrière le leader. "The Artemis Transat c'est comme un marathon, il faut savoir récupérer au bon moment." Tandis que l'équilibre sommeil/navigation semble parfaite à bord, le quotidien a été bouleversé hier par une collision avec une baleine: "Un message pour vous signaler que je viens de heurter une baleine. La collision a eu lieu alors que j'étais à l'intérieur en train de manger. Le bulbe s'est encastré dans le flanc de la baleine. Je suis sorti immédiatement pour voir de quoi il s'agissait et je l'ai vu au milieu d'une mare de sang. Elle s'est dégagée et n'a pas demandé son reste et moi non plus. J'en tremble encore. J'ai effectué un check up complet, je n'ai aucune avarie apparente, pas de varangues décollées etc. J'ai aussi regardé le bulbe par le hublot. Il est toujours là et sans dommage ! Je vais appeler l'architecte du bateau par acquis se conscience, mais tout semble aller."
Prévisions Météo
Si l'on en croit les prévisions météos et les programmes de routage, la flotte des Class40 devra faire face à des conditions beaucoup plus musclées et une mer bien plus agitée. "Nous allons passé du bikini à la combinaison intégrale" en sourit Miranda. Même si les fichiers météos indiquent des vents forts, les skippers restent sereins et semblent prêts.: "Je sais où se trouve le petit foc, il serait à poste en un temps record" nous explique Miranda Merron. "L'important c'est d'anticiper les choses, peu importe les conditions".
L'approche de la porte des glaces
La porte des glaces est un moment crucial pour la course - pour des questions de tactique et de sécurité - explique Boris Herrmann "Je pense que le premier qui atteint la porte des glaces a la possibilité de choisir plus rapidement son option météo, suivant les conditions qu'il trouve après la porte." Beluga Race fait partie du groupe des leaders depuis le début de la course, et le skipper allemand augmente énormément ses compétences en tactique.
"Si Soldini est premier.... " commence Herrmann avant de rassembler ses idées "...et bien, il pourrait toujours faire un mauvais choix, aller plus duvement, mais je ne pense pas que la porte des glaces soit un second départ pour la course. C'est un peu plus ouvert pour la suite, c'est sûr. Ce sera très intéressant".
A 96 milles derrière, cet après midi, Alex Bennett n'est pas d'accord : "Honnêtement, rien n'est encore fait.Giovanni n'est pas très loin devant, et il suffirait qu'il ralentisse un moment pour que cela change la donne." Les logiciels de routage, en utilisant le modèle météo actuel, prédisent un système anticyclonique juste derrière la porte, et le scénario du "ralentissement" est réaliste. "Je suis certain que les dernières 72 heures vont être difficiles pour tout le monde" affirme Bennett. "On va pousser le bateau, on ne va pas beaucoup dormir, et l'intensité va monter d'un cran pour la dernière ligne droite."