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Tricotage atlantique

© Yann Elies / Generali zoom [+]
Yann Elies / Generali
Le black-out de 36 heures a légèrement modifié la donne pour les quatre leaders, mais surtout pour le pelotonLe black-out de 36 heures a légèrement modifié la donne pour les quatre leaders, mais surtout pour le peloton
Vincent Curutchet/DPPI/The Artemis Transat

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Yann Elies / Generali

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Après le portant musclé et les longs calmes, l'Atlantique réserve aux solitaires un paysage plus conforme à sa réputation : du vent contraire, une température en baisse, une visibilité médiocre et une mer qui se forme. Sébastien Josse ayant dû faire demi tour suite à un problème de grand voile, Vincent Riou a pris le relais en tête et comme ses compagnons, il doit composer avec une brise instable en force et en direction. Il faut tricoter pour arriver à Boston !

Une maille à l'endroit, une maille à l'envers ! Les onze solitaires encore en course et qui ont passé la mi parcours de The Artemis Transat après six jours et quelques heures de mer, doivent continuellement adapter la voilure de leur monocoque de 60 pieds et changer de cap en fonction des bascules de vent. Enchaîner les virements de bord, croiser la route de leurs concurrents, louvoyer pour atteindre les bancs de Terre-Neuve, tricoter au gré des rotations. Et il ne vaut mieux pas se planter sur le timing d'un virement de bord ! Car cette manœuvre prend près d'une demi-heure entre le matossage des voiles et du matériel lourd (stocké dans des sacs spéciaux), le transfert des tonnes de ballasts d'eau de mer d'un bord sur l'autre, la descente de la dérive au vent, le basculement de la quille, le passage du foc sur l'autre amure, la tension de bastaque, le réglage des voiles, la remontée de la dérive au vent, la vérification du bon arrimage du matériel, et tutti quanti.



Car si la brise de secteur Sud-Ouest est enfin au rendez-vous, si elle a fraîchi jusqu'à plus de vingt-cinq nœuds la nuit dernière, elle est encore bien loin d'être stabilisée. Des rotations de l'Ouest au Sud et inversement, des molles à moins de douze nœuds et des rafales à près de trente nœuds, des manœuvres régulières pour prendre un ris, le renvoyer, rouler le foc solent et dérouler la trinquette. Bref, les solitaires peuvent certes se reposer plus facilement à ces allures de contre le vent car le pilote automatique est efficace, mais il leur faut tout de même rester en veille constante pour suivre le rythme d'un vent irrégulier et rester frais pour enchaîner une nouvelle manœuvre, de réduction de voilure ou de renvoi, de virement de bord... Un repos donc en dents de scie où le solitaire ne prend au maximum que trente à quarante minutes de sommeil d'affilée.

Il faut en profiter parce que la brise encore Sud à Sud-Ouest ce dimanche, va tourner à l'Ouest la nuit prochaine en mollissant un peu (15-20 nœuds) : il faudra encore enclencher un virement ! Puis c'est de nouveau du Sud à Sud-Ouest jusqu'à trente nœuds qui est annoncé après une petite période de molle qui pourrait bien relancer le débat pour le passage de la porte des glaces. Et encore du louvoyage face à du vent d'Ouest pour mardi et mercredi.

Encore des bords.
Certes ce dimanche après-midi, les conditions de navigation restent encore tout à fait maniables, mais au fur et à mesure que les monocoques vont se rapprocher de la porte des glaces, le confort à bord va en prendre un coup ! D'abord à cause du Gulf Stream, ce courant général venant de la Floride et longeant les côtes Nord Est de l'Amérique (voir magazine), qui va commencer à ralentir les concurrents qui s'approchent du 40° Nord, donc en premier les leaders plus au Sud que la route directe (orthodromie). Léger désavantage donc pour Vincent Riou (PRB) en tête depuis l'abandon de Sébastien Josse (BT), suivi sur la même route par Loïck Peyron (Gitana Eighty) qui concède 25 milles et par Armel Le Cléac'h (Brit Air) à 60 milles derrière le leader. Mais position de contrôle pour le premier puisque ses plus proches concurrents ne peuvent pas vraiment initier une option très différente : seul le déclenchement du virement de bord peut légèrement redistribuer la donne. Quant à Yann Eliès (Generali), trop au Nord suite à sa stratégie d'il y a déjà trois jours, il peine à redescendre en profitant de la moindre rotation du vent. Mais d'ors et déjà, il est certain qu'il se calera dans le tableau arrière du troisième. avec environ 50 milles de décalage ! Le black-out a été dur pour le Briochin.

Pour Samantha Davies (Roxy) aussi ! La jeune Britannique avait réalisé un superbe début de parcours en restant calé sur l'orthodromie puisque les prévisions météo n'étaient pas très fiables quant à la suite du programme. Avec l'installation d'un régime de secteur Sud-Ouest jusqu'à la porte des glaces ou presque, ceux qui se sont glissés vers le Sud ont repris l'avantage. D'abord Marc Guillemot (Safran) qui semble souffrir moins de ses côtes et peut désormais allonger la foulée au même rythme que les leaders : environ dix nœuds de moyenne au près légèrement débridé. Un peu moins rapide sont les monocoques de la génération précédente tels ceux d'Arnaud Boissières (Akena Vérandas) qui a fort bien joué pendant le black-out en rompant le contact avec Sam Davies, et de Yannick Bestaven (Cervin EnR) qui apprécie moins cette allure contre le vent. Enfin, plus en retrait, Dee Caffari (Aviva), Unai Basurko (Pakea Bizkaia) très au Sud, et Steve White (Spirit of Weymouth) très au Nord, ne bénéficiaient pas encore dimanche en début d'après-midi d'un flux de Sud-Ouest aussi régulier que leurs compagnons de route.

Encore des milles !
Est-ce pour autant que The Artemis Transat est jouée ? Loin de là et l'abandon de deux des leaders en trois jours (pour des causes très différentes) est là pour rappeler que la navigation à la voile est aussi un sport mécanique dépendant de l'état de la machine. Or au fur et à mesure que les milles défilent (plutôt lentement désormais), le matériel encaisse et comme la mer se durcit et que le vent forcit dans les jours à venir, il faut s'attendre à des avaries : petites, elles peuvent être circoncises par les skippers ; moyennes, elles handicapent la marche vers Boston ; grosses, elles peuvent aller jusqu'à l'obligation de se détourner de la ligne d'arrivée.

Et avec cette porte des glaces positionnée par 40° Nord, donc très bas en latitude par rapport aux éditions précédentes (la voie habituelle passe plutôt par le 45° Nord, soit 300 milles plus haut !), la route des solitaires devient beaucoup plus dure puisqu'il faut « tricoter » dans le bon sens pour ne pas perdre de temps et de terrain : à plus de 300 milles de cette porte des glaces, les leaders ne devraient pas l'atteindre avant lundi soir et il restera encore plus de 900 milles à parcourir pour arriver à Boston. Une fin de match encore contre le vent, sur les bancs de Terre-Neuve, sur la route maritime des cargos, sur les zones de pêche à la morue. Le tempo « Solitaire du Figaro » du début de transat, s'est certes transformé en rythme plus océanique, mais le final devrait remettre de l'adrénaline ! Et comme le faisait remarquer Yann Eliès : Vincent Riou et Armel Le Cléac'h ont à cœur de finir The Artemis Transat avant tout, non seulement pour se qualifier pour le Vendée Globe, mais pour aussi s'assurer que leur bateau est enfin fiabilisé. Eviter le doute avant le tour du monde en solitaire !

Encore un abandon !
Pour Sébastien Josse (BT), The Artemis Transat a tout de même été très riche d'enseignements. D'abord parce le solitaire a rapidement pris le commandement de la flotte, ce qui indique que son bateau, qu'il venait juste de prendre en main quelques semaines auparavant, est particulièrement compétitif. Ensuite parce que le marin lui-même a pu se rassurer sur sa capacité à suivre le rythme de solitaires qui ont déjà accumulé beaucoup de milles sur leurs machines (Michel Desjoyeaux, Vincent Riou, Yann Eliès, Marc Guillemot, Armel Le Cléac'h.). En tête pendant près de trois jours, BT avait impulsé le rythme et entraîné ses concurrents sur une route nettement plus au Sud que l'orthodromie.

L'avarie a eu lieu vers 15h30 UTC samedi : le chariot de mât qui tient la têtière de grand voile s'est arraché. S'il aurait été possible à Sébastien Josse de réparer en montant au mât sur la mer plate de ces derniers jours, cela n'était plus envisageable avec la mer formée qui règne sur zone depuis vendredi soir. Et comme aucune accalmie n'était en vue avant la porte des glaces, le skipper a préféré faire demi tour, ce qui lui permet tout de même d'assurer sa qualification pour le Vendée Globe.

« Je suis très déçu pour tout le team BT car tout le monde a travaillé dur pour préparer le bateau afin d'être sur la ligne de départ de The Artemis Transat. Mais naviguer à vitesse réduite vers Boston ou aller vers un port pour réparer m'enlève toute chance de bien figurer sur cette course. J'ai appris énormément sur mon bateau et c'est très positif car je suis très content du potentiel de BT pour le futur. J'ai la confirmation que le bateau bien que jeune, car juste mis à l'eau cinq semaines avant le départ de Plymouth, va bien. J'avais deux objectifs : d'abord me comparer aux autres monocoques Imoca et sur ce point, je suis rassuré ; et faire un bon résultat. Nous verrons plus tard pour cela. Avec les conditions qui règnent sur l'Atlantique, c'est de toutes façons, un bon test pour BT. »

Commentaires de mer
Samantha Davies (Roxy) ce dimanche matin

« Mon bateau aime bien le près donc il est content et il n'a même plus besoin de moi pour avancer ! J'en ai donc profité pour aller me reposer au sec et au chaud à l'intérieur du bateau. Pour le black-out, je suis moins stressée, car ça fait une chose de moins à surveiller. Cela permet de vraiment se concentrer sur sa propre course. A part pendant cette dernière demi-heure où j'attendais la première position avec impatience ! Je me sens super bien, mais je suis quand même fatiguée, même si j'ai pas mal dormi. J'ai fait deux virements de bord où j'ai tout matossé, après ça, je ne pouvais plus bouger tellement j'étais fatiguée, et je me suis endormie pendant deux heures, incapable de me réveiller ! »

Loïck Peyron (Gitana Eighty) ce dimanche midi
« On est déguisé en « dahut » avec du vent au près, calé sur un bord. Cela va être un jeu de placement intéressant dont on ne sait jamais comment ça va se passer exactement. C'est un peu gris, la mer est un peu formée. Je me suis décalé samedi pour tenter un truc mais ça n'a pas été forcément très payant. J'avais prévu de virer de bord pendant le black-out, histoire de rester discret. Ca m'a surtout permis d'économiser en manœuvre. J'aimerais bien me reposer mais comme je n'ai pas été très performant la nuit dernière, je dois faire gaffe : j'ai perdu du temps ! »

Arnaud Boissières (Akena Vérandas) ce dimanche midi
« Au niveau classement, ce n'est pas terrible après le black-out mais j'ai pu me recentrer et ça, c'est pas mal. Mais le vent est encore très irrégulier : il faut envoyer, puis réduire puis renvoyer de la toile, et il y a eu un petit front : un ris, trinquette et une heure après, tout dessus ! Il faut être attentif. Il faut virer de bord à chaque bascule. »

Yann Eliès (Generali) ce dimanche matin
« Ce black-out était l'occasion de naviguer sans « l'œil de Moscou » derrière mon dos. Les opportunités de se recaler vers le Sud ne sont pas légion : j'en ai une en ce moment et je la prend. J'en aurais une autre la nuit prochaine ; je traîne ce décalage au Nord depuis trois jours et ce n'est pas une situation qui me fait gagner des milles ! On va essayer de ne pas trop en perdre d'ici la porte des glaces. Visiblement, tout est possible après. Mais j'attends le vent : je crois que j'attire les molles ! Le bateau est plutôt à l'aise dans le vent fort et contraire. Je n'ai pas de problèmes techniques à déplorer. Il me manque encore à connaître le comportement du bateau dans trente nœuds de vent. »

Armel Le Cléac'h (Brit Air) ce samedi matin
« C'est plutôt pas mal par rapport à avant le black-out puisque je passe devant Yann. Je ne vais pas tarder à virer de bord avec le vent qui va passer au Sud puis la nuit va être un peu plus sport avec un front. Derrière, ça va de nouveau mollir. Et encore du vent de Sud sur la fin ! Pas mal de manœuvres en perspective. On est loin d'être arrivé ! Les plans Finot comme le mien ont l'air d'apprécier le vent et la mer. Mais on n'a pas affaire à des débutants avec Vincent et Loïck. Et mardi, une dépression nous passe dessus et il va falloir privilégier la sécurité : je dois arriver à Boston, c'est mon objectif premier ! »

Classement du dimanche 18 mai à 16h00 (heure française)
1- Vincent Riou (PRB) à 1 314,7 milles de l'arrivée
2- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 26 milles du premier
3- Armel Le Cléac'h (Brit Air) à 63 milles
4- Yann Eliès (Generali) à 83 milles
5- Marc Guillemot (Safran) à 252 milles
6- Samantha Davies (Roxy) à 272 milles
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 291 milles
8- Yannick Bestaven (Cervin EnR) à 299 milles
9- Dee Caffari (Aviva) à 354 milles
10- Steve White (Spirit of Weymouth) à 399 milles
11- Unai Basurko (Pakea Biskaia 2009) à 454 milles
Abandon- Sébastien Josse (BT)
Abandon- Michel Desjoyeaux (Foncia)

Coup de mou avant la porte
Une dépression 1007 hPa au Nord-Est de la flotte, se creuse en se décalant vers l'Est. Une autre dépression 979 hPa au Sud de la Nouvelle-écosse se décale lentement vers le Nord en se comblant. La perturbation associée située le long du 58°W est prévue le long du 43°W la nuit prochaine. Le vent d'Ouest à Sud-Ouest 20 à 25 nœuds à l'avant de la première perturbation mollit temporairement Ouest 15 à 20 nœuds avant un nouveau renforcement de secteur Sud à Sud-Ouest 25 à 30 nœuds à l'avant de la seconde perturbation. Le flux mollit une fois de plus lundi à l'arrière de la seconde perturbation, au Sud-Ouest 10 nœuds. A surveiller le possible creusement le long d'un front par 40°N/61°W, avec des vents associés de Sud-Ouest 30 à 35 nœuds avec rafales à 45 nœuds.

Mi parcours
C'est Sébastien Josse (BT) qui a franchi le premier la mi parcours (soit 1 441 milles) samedi vers 13h30 UTC, soit après six jours et trente minutes de mer depuis le départ de Plymouth dimanche 11 mai


Source : OC Events
18-05-2008 > Communiqué de presse  
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