L’arrivée approche à grand pas pour Gitana 13, mais la vigilance est plus que jamais de mise à bord du maxi-catamaran de 33 mètres. En effet, pour en finir avec cette traversée du Pacifique Nord, Lionel Lemonchois et ses équipiers vont devoir affronter un obstacle de taille : une perturbation et ses fronts chaud et froid associés. Au programme, des vents forts pouvant atteindre les 50 nœuds et une mer formée.
Ces conditions particulièrement musclées vont demander une concentration de tous les instants au quart de permanence sur le pont ; tant au barreur qu’aux équipiers en charge des écoutes. Et, il est fort à parier que les hommes du quart de stand by ne seront pas loin pour prêter main forte sur la plateforme du géant, aussi souvent que nécessaire.
Sous trois ris trinquette ou ORC, les onze marins du Gitana Team vont devoir faire le dos rond, tout en poursuivant leur progression vers Yokohama. « Pour Lionel et ses équipiers, l’objectif est de s’approcher au plus près du centre de la dépression pour naviguer dans des vents moins violents : ils vont aller rebondir sur le centre de la dépression. Ils profiteront de cette zone moins agitée pour réaliser un empannage et mettre le cap au Nord. En effet, la situation météorologique les obligent à faire un décalage dans le Nord afin d’avoir un bateau manœuvrant, quelque soit la variabilité du vent, sur les derniers milles avant l’entrée de la baie de Yokohama » expliquait Sylvain Mondon, lui-même en veille permanente depuis ses bureaux toulousains de Météo France.
Cette nuit, au portant tribord amure dans un vent avoisinant les 27 nœuds, le skipper de Gitana 13 et ses hommes en ont profité pour creuser une nouvelle fois l’écart avec le temps de référence d’Olivier de Kersauson, qui rappelons-le détient le record du Pacifique Nord depuis 2006 en 14 jours 22 heures 40 minutes 41 secondes. Ce matin, au pointage de 8h30 l’avance de Gitana 13 atteignait les 846 milles, contre 606 milles hier à la même heure ; un chiffre qui devrait encore croître avant l’arrivée.
Selon les dernières estimations, le maxi-catamaran armé par le Baron Benjamin de Rothschild pourrait faire son entrée dans la baie de Yokohama mercredi dans la journée. Mais il faudra attendre que Gitana 13 se soit extirpé du plus fort de la dépression avant d’avancer une ETA (Estimate Time Arrival, ndlr) plus précise.
Une histoire de col
Nous pensions l’éviter, nous nous faisions une joie d’y avoir échappé et puis cela nous est tombé dessus alors que nous ne nous y attendions vraiment pas. Je veux parler du calme plat, de la pétole, un de nos pires ennemis, si ce n’est le pire. C’était en fin de nuit dernière, le noir était encore plus noir que d’habitude et les éclairs, qui éclataient sans bruit tout autour de nous, avaient le don de nous aveugler de longs instants. De formidables décharges électriques, bien à la mesure de cet immense océan. Une masse orageuse nous enferrait sournoisement dans sa nasse et ce qui devait arriver arriva : plus un brin d’air ! Les voiles pendent sans vie pour la toute première fois depuis notre départ. Sous les premières lueurs du jour, cela manœuvre dans tous les sens pour se sortir au plus vite de ce guepier qui entrave notre marche en avant, pourtant programmée sur du papier millimétré.
Il nous faudra finalement 5 bonnes heures pour quitter définitivement cette zone, symbole d’un « col » séparant deux anticyclones. Nous sommes passés de l’un à l’autre et maintenant que cela est fait, la cavalcade a repris tous ses droits. Sur une mer chaotique, désordonnée, nous bondissons de vagues en vagues, avec là encore beaucoup de manœuvres pour nous adapter à un vent capricieux en force et en direction. On joue de la trinquette ou du solent, avec un ris ou pas, la partition est généreuse. Cette chevauchée au portant va nous permettre de rejoindre une dépression tropicale que nous atteindrons dès demain. C’est elle qui va faire la « soudure ». Elle devrait nous permettre d’arrivée à vitesse grand V sur le Japon. En la contournant dans le bon sens, soit par son nord, nous allons continuer à naviguer aux allures portantes. La mer devrait se creuser, le vent forcir peut être jusqu’à 60 nœuds. Cette arrivée musclée nous convient parfaitement. Tout sauf le calme plat et l’autre pire ennemi, je veux parler bien sûr du près, du vent de face !
A demain
Nicolas Raynau
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