A bord de Gitana 13, le compte à rebours est lancé ! Lionel Lemonchois et ses neuf équipiers devraient conclure leur tentative de record sur la Route de l’Or d’ici deux jours, avec à la clé, le nouveau temps de référence entre New York et San Francisco. Profitant au maximum de ces derniers instants de mer, les dix hommes d’équipage du maxi-catamaran s’appliquent à exploiter tout le potentiel de leur monture sur les quelques 500 milles qui les séparaient encore ce matin de l’arrivée.
Vendredi dernier, à la sortie du Pot-au-Noir, Lionel Lemonchois envisageait les derniers jours de mer de Gitana 13 sur cette Route de l’Or comme une « punition » ; de longues heures de près, défavorables aux performances du catamaran de 33 mètres, étaient en effet promises aux dix marins du Gitana Team. Mais, bien que progressant contre des vents de face, ils bénéficient d’un angle légèrement plus ouvert – du Nord-Est – mais également d’un flux moins fort que prévu. Une combinaison qui leur permet d’aligner plus de 370 milles par jour et ce malgré une mer légèrement formée ces dernières heures : « Nous avons subi les résidus d’une houle de Nord issus d’une grosse dépression qui est passée à la latitude de San Francisco. Mais progressivement la mer devrait se re-organiser et nous permettre de glisser à nouveau. Nous sommes au-dessus des routages mais nous naviguons « safe » et dès que le vent grimpe au-delà des 25 nœuds nous levons le pied. Gitana 13 est vraiment performant au près entre 13 et 18 nœuds. Ce qui correspond aux conditions dont nous avons majoritairement bénéficié tout au long du week-end et hier» précisait Lionel Lemonchois.
En début d’après-midi, l’équipage du maxi-catamaran, armé par le Baron Benjamin de Rothschild, devrait virer de bord et entamer un long bâbord vers San Francisco dans un flux de Nord Nord-Ouest. Les milles parcourus seront alors des milles gagnés sur la route, à moins que Lionel Lemonchois et ses hommes n’aient à réaliser de nouvelles manoeuvres pour s’adapter aux fluctuations du vent.
Placée sous le signe de la bonne humeur, cette fin de parcours s’accompagne de beaux moments de vie à bord de Gitana 13. Ainsi, la barre symbolique des 1 000 milles restant à parcourir, franchie dans la nuit de dimanche à lundi, a été dignement fêtée : « Certains « petits plaisirs » avaient été embarqués pour célébrer quelques passages importants comme les franchissements d’équateur … Nous avons arrosé notre passage sous la barre des 1 000 milles avec un petit rhum au gingembre et des carrés de chocolat ! » s’amusait le skipper de Gitana 13.
Le maxi-catamaran aux couleurs du Groupe LCF Rothschild croise ce matin au large des côtes mexicaines de la Basse Californie. Son arrivée à San Francisco est toujours estimée au jeudi 28 février dans la journée (heure US), soit huit heures de plus en France compte tenu du décalage horaire.
Histoires de près Quand on passe son temps à planter des pieux, quand on sent Gitana 13 souffrir dans sa lutte face aux éléments, on ne peut prétendre avoir passé une bonne journée. La bonne nouvelle est notre gain de 360 milles sur la route vers San Francisco. L’autre est que le spectacle était une nouvelle fois au rendez-vous. Après un lever du jour un rien maussade, le ciel a été encore d’une incroyable pureté, soulignant de toute sa force le bleu foncé de la mer parsemée de moutons blancs. Avec une longue et puissante houle venant de l’ouest, de l’autre côté du pacifique peut être, ce plan d’eau agité captivait les regards. Quant à ce vent de nord très froid, variant de 13 à 20 nœuds, il oblige le port de bonnets ou autres cagoules alors que les vêtements polaires sont de rigueur depuis deux bons jours déjà.
Reste que cette deuxième partie de record est totalement différente de la première. Si dans notre descente vers le Horn nous n’avons pratiquement jamais quitté la route directe, nous offrant par la même quelques jolis bords de débridés, de largues serrés où nous avons pu engranger les milles à belles cadences, cette remontée est tout l’inverse. A de trop rares exceptions, nous n’avons jamais pu suivre le chemin le plus court, passant notre temps à tirer des bords au près ou au largue. Résultat : pas une seule journée à plus de 500 milles à se mettre sous la dent. Il n’y en aura d’ailleurs pas d’ici notre arrivée. Si depuis quatre jours nous tirons un bord favorable vers San Francisco, petit à petit nous nous éloignons de la route directe. Dès cette nuit, nous devrions effectuer un premier recalage vers la côte. En ligne droite, l’arrivée est toute proche, désormais à moins de 600 milles (à 9hOO TU), dans les faits, elle est plutôt à un bon 800 milles. Ce qui n’empêche pas que notre ETA est toujours prévu dans la journée de jeudi 28.