Le temps des changements pour les photographes de voile
Depuis l’avènement de la photographie numérique dans la fin des années 90, le nombre de nouveaux photographes a augmenté drastiquement, causant un tournant majeur dans la manière dont les images sont distribuées et payées par les médias et les autres clients. La distribution des images libres de droit affecte aussi la stabilité du modèle économique au risque de la profession elle-même.
Le World Yacht Racing Forum est allé à la rencontre des vétérans de la photographie marine comme Thierry Martinez (FRA), Gilles Martin-Raget (FRA), Kos (UK) et Carlo Borlenghi (ITA) pour avoir leur point de vue sur la manière dont le marché à évolué et comment répondent-ils à la demande toujours plus importante.
WYRF : Quels sont les points clés dont doivent faire les photographes de mer à l’heure actuelle ?
Gilles Martin-Raget : La photo numérique et le développement d’internet ont tout changé dans la photographie. Il y a plus d’images disponibles instantanément de différentes sources. Aujourd’hui les professionnels doivent même concourir face à des personnes qui peuvent prendre des photos grâce à leur appareil photo et les transmettre instantanément aux agences spécialisées en distribuant à tout le monde des images ridiculement petites.
Basiquement la presse est devenue un affichage et n’offre pas grand-chose en retour. Les photos publiées sur le web sont généralement gratuites et les éditeurs de livre vendent moins de livre. Le seul secteur qui nous apporte encore de la valeur pour les photographes se fait à travers les annonceurs, les sponsors et la publicité classique.
Thierry Martinez : Les budgets de communication baissent, donc le sponsoring et la publicité vont aussi diminuer. Il y a donc par conséquence moins d’équipes et moins de projets, et moins de publicité dans la presse. En conséquence les média essayent d’obtenir des photographies libres de droit. Il est devenu impossible aux photographes de travailler en freelance, car le fait est que la publication de photos dans la presse ne couvre pas les coûts importants que nous avons avant même d’avoir pris la photo : le matériel, le voyage, l’hôtel, l’hélicoptère … Nous pouvons faire du profit que si nous gagnons plus d’argent que ce que nous dépensons.
Kos : « Les photographes ne doivent jamais donner des photos libre de droits. Si les photographes le font tout un chacun pourra exploiter leur travail et il n’y aura plus d’intérêt commercial ni de contrôle de la part du photographe.
Le plus malheureux pour notre profession est que de nombreux photographes (et même quelques agences qui les représentent) ne savent pas évaluer correctement les performances et le travail fourni. Dans un effort pour gagner des parts dans un marché si partagé vous devez sans arrêt diminuer vos prix mais c’est une erreur totale. Le résultat est que cela dévalue le marché pour tout le monde. Cela devient moins intéressant d’investir pour prendre de bonnes photos. Tout le monde est donc perdant, il n’y a plus de gains même pour le client dans le long terme. »
Carlo Borlenghi : « Notre business va bien et les épreuves vont bien … pour l’instant. Pendant les bonnes périodes même les bons photographes trouvent du travail.
Je pense que le plus gros problème dont nous devons faire face est que de trop nombreux organisateurs sont plus intéressés par le nombre plus que par la qualité et donc des faux photographes cassent le marché. Des épreuves distribuent des accréditations à n’importe qui, car ils veulent montrer de bonnes statistiques à leurs sponsors. Seuls les Jeux Olympiques ont leur propre système d’accréditation, les autres épreuves acceptent tout le monde.
Un autre problème est que les médias sont en position difficile. Il n’y a plus d’argent. Vingt ans auparavant nous vivions grâce aux médias. Ce n’est plus possible aujourd’hui et c’est un réel risque pour les indépendants de la presse. Seuls les sponsors et les épreuves ont des budgets pour les photographes.
Finalement, avec l’avènement des photos numériques, de nombreuses personnes veulent devenir des photographes. Ils couvrent d’importantes épreuves pour acquérir un nom, mais souvent ils ne sont pas préparés et ils appliquent des prix bas, ce qui casse le marché. »
WYRF : Il y a-t-il de la place pour les nouveaux dans votre business ? Comment doivent-ils s’y prendre pour commencer ?
Gilles Martin-Raget : « Oui. Il y a un turnover grâce aux photographes qui arrêtent leur carrière. Internet aident aussi les nouveaux à se faire connaître, ce qui n’est pas possible à l’époque où seuls les magazines publiés des photos. Il y a de la place pour les nouveaux venus dès lors qu’ils sont prêts à travailler 12 heures par jour, sans week-end, si mois durant. Il y a toujours des clients pour des publicités ou des organisateurs qui ont un petit budget, donc ils les prennent ! »
Thierry Martinez : « Je n’ai aucune idée sur la manière dont les nouveaux arrivants en photographie de mer peuvent vivre décemment. L’équipement est très cher, et les publications n’ont pas de budget. Donc les nouveaux venus baissent leurs prix et ils ne survivent pas plus de deux ans. Seulement leurs méthodes auront fait descendre les prix du marché en poussant les professionnels dans une zone dangereuse. »
Kos : « Il y a toujours une place pour les nouveaux venus dans l’industrie. Mais ils doivent réaliser qu’il n’y aura personne pour évaluer votre travail plus que vous ne l’évaluez vous-même. Donc comprendre la valeur commerciale de ce que vous vendez est fondamental. L’accent mis sur le business est aussi important que la photographie, malheureusement ! »
Carlo Borlenghi : « Il est difficile pour les nouveaux de vivre à travers ce job, mais il y a des possibilités. Par exemple devenir assistant d’un photographe. J’ai actuellement trois assistants et c’est une très belle opportunité pour eux. Ils peuvent couvrir des épreuves importantes et acquérir de l’expérience. J’ai aussi formé six ou sept personnes dans le passé. La plupart d’entre eux sont toujours en activité et sont de très bons photographes. »
WYRF : Comment les questions d’actualité peuvent être résolues ou améliorées ?
Gilles Martin-Raget : « Je ne pense pas que la situation de la presse écrite ou des éditeurs va évoluer positivement. Je pense que les annonceurs seront toujours là, mais les personnes qui gèrent des gros budgets ne donneront jamais du travail à des jeunes car ils veulent être rassurés par un bon résultat pour leur investissement.
Je pense aussi que les personnes (sponsors, organisateurs) qui distribuent massivement des images libres de droit doivent faire plus attention aux photos distribuées. Il doit y avoir des restrictions sur l’utilisation qui peut en être faite. Elles ne doivent, par exemple, ne pas être utilisées pour des couvertures ou leur taille doit être restreinte. »
Thierry Martinez : « Une solution serait de définir les règles. Par exemple une image libre de droit ne doit pas être utilisée sur plus d’une moitié de page. Les sponsors ne devraient non plus être capables d’acheter une page de couverture en échange de publicité dans le magazine. Mais je sais que c’est seulement un rêve car l’objectif du sponsor est généralement d’obtenir le maximum d’exposition. »
Kos : « Il faut se concentrer sur la qualité et non sur la quantité. Ne pas travailler avec des personnes ou des agences qui envoient en masse des photos au prix de supermarché, ils se tuent inévitablement eux-mêmes et vous tueront aussi. Obliger de toujours apposer votre copyright (sauf si vous êtes employés à plein temps, dans ce cas ce sera légalement celui de votre employeur). »
Carlo Borlenghi : « Il doit y avoir des règles, mais ce n’est pas le cas. Par exemple si vous avez des obligations par un sponsor, vous devez inclure les droits d’utilisation dans le contrat. Souvent au sein d’équipages les fournisseurs officiels pensent qu’ils disposent des droits d’utilisation des photos pour tout, y compris les publicités alors qu’elles ne peuvent être en réalité qu’utilisées dans des utilisations éditoriales. Mais nous vivons tous dans des pays différents avec des lois différentes et je ne sais pas comment instaurer une solution globale. Pour moi, la seule chose à faire est de travailler avec des clients honnêtes et de manière durable. »
WYRF : Quels sont les points clés dont doivent faire les photographes de mer à l’heure actuelle ?
Gilles Martin-Raget : La photo numérique et le développement d’internet ont tout changé dans la photographie. Il y a plus d’images disponibles instantanément de différentes sources. Aujourd’hui les professionnels doivent même concourir face à des personnes qui peuvent prendre des photos grâce à leur appareil photo et les transmettre instantanément aux agences spécialisées en distribuant à tout le monde des images ridiculement petites.
Basiquement la presse est devenue un affichage et n’offre pas grand-chose en retour. Les photos publiées sur le web sont généralement gratuites et les éditeurs de livre vendent moins de livre. Le seul secteur qui nous apporte encore de la valeur pour les photographes se fait à travers les annonceurs, les sponsors et la publicité classique.
Thierry Martinez : Les budgets de communication baissent, donc le sponsoring et la publicité vont aussi diminuer. Il y a donc par conséquence moins d’équipes et moins de projets, et moins de publicité dans la presse. En conséquence les média essayent d’obtenir des photographies libres de droit. Il est devenu impossible aux photographes de travailler en freelance, car le fait est que la publication de photos dans la presse ne couvre pas les coûts importants que nous avons avant même d’avoir pris la photo : le matériel, le voyage, l’hôtel, l’hélicoptère … Nous pouvons faire du profit que si nous gagnons plus d’argent que ce que nous dépensons.
Kos : « Les photographes ne doivent jamais donner des photos libre de droits. Si les photographes le font tout un chacun pourra exploiter leur travail et il n’y aura plus d’intérêt commercial ni de contrôle de la part du photographe.
Le plus malheureux pour notre profession est que de nombreux photographes (et même quelques agences qui les représentent) ne savent pas évaluer correctement les performances et le travail fourni. Dans un effort pour gagner des parts dans un marché si partagé vous devez sans arrêt diminuer vos prix mais c’est une erreur totale. Le résultat est que cela dévalue le marché pour tout le monde. Cela devient moins intéressant d’investir pour prendre de bonnes photos. Tout le monde est donc perdant, il n’y a plus de gains même pour le client dans le long terme. »
Carlo Borlenghi : « Notre business va bien et les épreuves vont bien … pour l’instant. Pendant les bonnes périodes même les bons photographes trouvent du travail.
Je pense que le plus gros problème dont nous devons faire face est que de trop nombreux organisateurs sont plus intéressés par le nombre plus que par la qualité et donc des faux photographes cassent le marché. Des épreuves distribuent des accréditations à n’importe qui, car ils veulent montrer de bonnes statistiques à leurs sponsors. Seuls les Jeux Olympiques ont leur propre système d’accréditation, les autres épreuves acceptent tout le monde.
Un autre problème est que les médias sont en position difficile. Il n’y a plus d’argent. Vingt ans auparavant nous vivions grâce aux médias. Ce n’est plus possible aujourd’hui et c’est un réel risque pour les indépendants de la presse. Seuls les sponsors et les épreuves ont des budgets pour les photographes.
Finalement, avec l’avènement des photos numériques, de nombreuses personnes veulent devenir des photographes. Ils couvrent d’importantes épreuves pour acquérir un nom, mais souvent ils ne sont pas préparés et ils appliquent des prix bas, ce qui casse le marché. »
WYRF : Il y a-t-il de la place pour les nouveaux dans votre business ? Comment doivent-ils s’y prendre pour commencer ?
Gilles Martin-Raget : « Oui. Il y a un turnover grâce aux photographes qui arrêtent leur carrière. Internet aident aussi les nouveaux à se faire connaître, ce qui n’est pas possible à l’époque où seuls les magazines publiés des photos. Il y a de la place pour les nouveaux venus dès lors qu’ils sont prêts à travailler 12 heures par jour, sans week-end, si mois durant. Il y a toujours des clients pour des publicités ou des organisateurs qui ont un petit budget, donc ils les prennent ! »
Thierry Martinez : « Je n’ai aucune idée sur la manière dont les nouveaux arrivants en photographie de mer peuvent vivre décemment. L’équipement est très cher, et les publications n’ont pas de budget. Donc les nouveaux venus baissent leurs prix et ils ne survivent pas plus de deux ans. Seulement leurs méthodes auront fait descendre les prix du marché en poussant les professionnels dans une zone dangereuse. »
Kos : « Il y a toujours une place pour les nouveaux venus dans l’industrie. Mais ils doivent réaliser qu’il n’y aura personne pour évaluer votre travail plus que vous ne l’évaluez vous-même. Donc comprendre la valeur commerciale de ce que vous vendez est fondamental. L’accent mis sur le business est aussi important que la photographie, malheureusement ! »
Carlo Borlenghi : « Il est difficile pour les nouveaux de vivre à travers ce job, mais il y a des possibilités. Par exemple devenir assistant d’un photographe. J’ai actuellement trois assistants et c’est une très belle opportunité pour eux. Ils peuvent couvrir des épreuves importantes et acquérir de l’expérience. J’ai aussi formé six ou sept personnes dans le passé. La plupart d’entre eux sont toujours en activité et sont de très bons photographes. »
WYRF : Comment les questions d’actualité peuvent être résolues ou améliorées ?
Gilles Martin-Raget : « Je ne pense pas que la situation de la presse écrite ou des éditeurs va évoluer positivement. Je pense que les annonceurs seront toujours là, mais les personnes qui gèrent des gros budgets ne donneront jamais du travail à des jeunes car ils veulent être rassurés par un bon résultat pour leur investissement.
Je pense aussi que les personnes (sponsors, organisateurs) qui distribuent massivement des images libres de droit doivent faire plus attention aux photos distribuées. Il doit y avoir des restrictions sur l’utilisation qui peut en être faite. Elles ne doivent, par exemple, ne pas être utilisées pour des couvertures ou leur taille doit être restreinte. »
Thierry Martinez : « Une solution serait de définir les règles. Par exemple une image libre de droit ne doit pas être utilisée sur plus d’une moitié de page. Les sponsors ne devraient non plus être capables d’acheter une page de couverture en échange de publicité dans le magazine. Mais je sais que c’est seulement un rêve car l’objectif du sponsor est généralement d’obtenir le maximum d’exposition. »
Kos : « Il faut se concentrer sur la qualité et non sur la quantité. Ne pas travailler avec des personnes ou des agences qui envoient en masse des photos au prix de supermarché, ils se tuent inévitablement eux-mêmes et vous tueront aussi. Obliger de toujours apposer votre copyright (sauf si vous êtes employés à plein temps, dans ce cas ce sera légalement celui de votre employeur). »
Carlo Borlenghi : « Il doit y avoir des règles, mais ce n’est pas le cas. Par exemple si vous avez des obligations par un sponsor, vous devez inclure les droits d’utilisation dans le contrat. Souvent au sein d’équipages les fournisseurs officiels pensent qu’ils disposent des droits d’utilisation des photos pour tout, y compris les publicités alors qu’elles ne peuvent être en réalité qu’utilisées dans des utilisations éditoriales. Mais nous vivons tous dans des pays différents avec des lois différentes et je ne sais pas comment instaurer une solution globale. Pour moi, la seule chose à faire est de travailler avec des clients honnêtes et de manière durable. »
Source : MaxComm Communication
Traduction : GMo.
11-04-2009 > Article
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Traduction : GMo.
11-04-2009 > Article
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