Dans l’œil d’Ed Baird, part. I/II
Notre confrère anglosaxon SeaHorse, magazine papier, publie sur son site Internet une interview d’Ed Bird alors qu’il utilise le World Match Racing Tour pour entraîner ses troupes et les tenir prêtes quoiqu’il arrive …
Seahorse : Vous avez régaté en multicoque l’an passé et maintenant vous revenez sur le circuit mondial de match racing. Vous vous préparez à toutes les éventualités ?
Ed Baird : En 2008 Alinghi a travaillé dur pour tout apprendre sur les multicoques pour nous préparer si la décision de justice dans l’affaire qui nous oppose à BMW Oracle nous force à courir contre eux. En fin de saison la Cour de Justice nous donnait raison en nous disant que nous pouvions revenir sur un schéma classique, ce que nous espérions. BMW Oracle poursuivent toujours leur procédure juridique avec leur dernier appel, ce qui veut dire que nous devons toujours envisager et nous positionner pour une possible épreuve en multicoque. Toutefois nous devons nous assurer que nous sommes toujours capables de régater en match race en monocoque ! Donc nous avons intégré le World Match Racing Tour.
Seahorse : Les Louis Vuitton Pacific Series à Auckland était votre premier rendez-vous majeur de match race depuis la dernière America’s Cup. Quel a été votre plaisir à retourner dans l’arène ?
EB : Courir en match racing sur des ACC V5 demande un effort colossal de la part de l’équipe, et le faire bien est très satisfaisant. Nous avons apprécié de revoir notre équipe de retour pour la première fois depuis la Coupe, et nous avons essayé de retrouver cette harmonie qui nous a permis de gagner à Valence… Les régates étaient cependant très différentes que sur la Coupe. Les courses étaient très courtes avec de nombreux obstacles, des obstructions, du courant et du vent très oscillant. Cela a été terrible de voir quelques nouvelles équipes venir sur le circuit, tout comme voir renaître de vielles rivalités. Le format et les différentes conditions faisaient que tout le monde avait sa chance de remporter une victoire sur un jour donné.
Nous avons aussi apprécié la possibilité de pouvoir naviguer sur des bateaux sur lesquels nous n’aurions jamais pu monter à bord. Les problèmes à résoudre sur ce type de bateaux sont un véritable défi pour les marins comme pour les architectes. Voir comment les autres équipes ont contourné le problème ou trouver des solutions nous a donné des idées, mais nous aussi donné confiance dans plusieurs des nôtres.
Plus que tout c’était génial de renouveler notre amicalité avec les autres équipes. Cela faisait trop longtemps que nous n’avions pas fait ce que nous aimons le plus : être sur l’eau et essayer d’obliger les autres à se soumettre !
SeaHorse : Triple champion du monde de match racing, comment vous sentez-vous après avoir pris un break de trois ans sur ce circuit ?
EB : J’ai l’impression d’être hier alors que j’allais à mon premier grand rendez-vous de match racing en 1991. Depuis j’ai eu plusieurs périodes durant lesquelles j’avais pris un break, et ce pour plusieurs raisons. Chaque fois cela m’a énormément manqué, et j’ai toujours adoré revenir sur le circuit.
Cela a été le plus long break que je n’ai jamais eu, et je pense que nous commençons à voir une nouvelle génération monter dans la ranking. Cela va être intéressant de voir les dernières évolutions, et bien sur les derniers changements imposés par les nouvelles règles. Le Tour est une bonne manière de se rentrer dedans, d’imaginer et de s’adapter à de très nombreuses conditions, parfois peu usuelles, de voir plusieurs styles différents et de trouver de nombreuses méthodes pour résoudre les problèmes. La durée très courte des régates, les bateaux différents à chaque épreuve et la pression obligent à trouver des réponses rapides et à prendre les bonnes décisions alors que les situations changent si rapidement. Lorsque votre équipe tourne bien, c’est toujours un plaisir.
SeaHorse : Quelle est la raison de votre absence ?
EB : Curieusement une préparation à l’America’s Cup vous écarte du World Tour. Mais le World Tour est ce qui vous prépare pour la Coupe et vous donne l’opportunité de vous retrouver parmi les premiers. Allez comprendre …
Pour courir dans le Tour vous prenez typiquement une équipe de quatre ou cinq équipiers qui comprend un numéro 1, un régleur, un tacticien/régleur de GV et un barreur. Si les équipes qui s’entraînent ou courent dans l’America’s Cup sont plus importantes, ne pas disposer de ces gars là peu être critique pour de bons résultats lors de la dernière ligne droite. Parfois nous programmons une maintenance ou une modification pendant une épreuve du Tour et nous avons alors la possibilité de courir sur un match race. Mais la réalité est que, lorsque les bateaux de la Coupe naviguent, votre monde est centré sur ces bateaux, six ou sept jours par semaine, pour plusieurs d’affilée. Et lorsque vous avez un moment de libre la plupart du temps vous le passez avec votre famille.
Le fait est que vous ne pouvez tout faire, ce qui est l’une des raisons premières que de nombreuses équipes veulent limiter la Coupe à une campagne à un seul bateau. Supprimer les campagnes de test à deux bateaux et vous aurez le temps de vous entraîner et de faire le Tour.
SeaHorse : Quel est votre équipe pour 2009 ?
EB : Cette année nous avons un petit noyau pour faire le Tour. Nous commençons avec Warwick Fleury, Pieter van Nieuwenhuijzen, Lorenzo Mazza and et moi-même. Rodney Ardren viendra nous rejoindre lorsque nous devrons naviguer à cinq. Alors que nous mixerons probablement des équipiers sur des épreuves de match racing pour trouver de nouveaux talents, la communication est un facteur important sur le World Tour, donc nous conservons le même équipage, c qui est préférable. L’un des challenges de courir dans la Coupe est de donner aux garçons une bonne expérience de match racing. Sur le Tour le poids moyen par équipier est limité à 87.5Kg. A partager entre quatre ou cinq équipiers cela laisse l’opportunité de prendre un grinder ou un mastman de 110 Kg. Ils ne disposent cependant pas de la même expérience qu’un régleur ou un tacticien beaucoup moins lourd.
Les autres marins d’Alinghi régateront avec Ernesto Bertarelli à bord de son D35 sur le Lac Léman, et sur des gros bateaux comme Numbers. Nous avons aussi les pré-régates en ACC V5 en juin/juillet et octobre en plus des régates annuelles du CNEV en novembre qui nous permettra de régater ensemble de nouveau comme une seule et même équipe.
SeaHorse : Comment vous préparez-vous sur le Tour ?
EB : Chaque épreuve est différente, tout comme les bateaux. Nous essayons de nous retrouver quelques jours avant chaque épreuve, mais cela n’est pas toujours possible. Dans ce cas, l’espoir est toujours de réaliser un bon round robin dès le début afin de pouvoir rentrer dans les semi finales. A ce moment là vous devez commencer à bien sentir le bateau. Cela n’est pas parfait, mais souvent cela suffit.
Une fois que nous saurons quel type de Coupe cela sera, vous pouvez-être sur que nous commencerons à nous prendre du temps pour la préparation du nouveau bateau.
SeaHorse : Quel est votre opinion sur le niveau actuel des concurrents du World Tour ?
EB : Cela fait plusieurs années que je n’ai pas pratiqué donc je n’ai pas de bonnes références pour juger les équipes actuelles. Je peux juste dire que les meilleurs sont sur les épreuves du Tour, nous pouvons donc présager de belles batailles. Je sais que l’on y apprend beaucoup et c’est toujours bien de renaviguer et de barrer des bateaux plus au feeling. De plus, après une saison entière en catamaran, cela sera bien de se remémorer la façon de naviguer sur un bateau qui gite.
SeaHOrse : Est-ce qu’Alinghi sera présent sur tout le World Tour ?
EB : Nous ne pourrons faire toutes les épreuves. Nous espérons participer à presque tous les rendez-vous cette année, mais cela se fera en fonction de la décision de justice sur l’affaire qui nous oppose à BMW Oracle… Notre but est de nous préparer nous même pour la Coupe. Si la Coupe se fait en monocoque sur un format de match racing, alors le Tour est le bon endroit où il faut être.
SeaHorse : Quelle est votre endroit favori pour régater ?
EB : C’est une question que l’on me pose souvent et j’ai chaque semaine une réponse différente. Il y a de très nombreux bons plans d’eau. Pour la Coupe Valencia offrait de bonnes conditions avec une ligne de départ juste à la sortie du port. C’est difficile de trouver mieux. Sur le Tour les lieux sont très différents : du lac en Allemagne aux cailloux en Suède. Le Brésil offre une baie agréable, alors qu’en Malaisie le plan d’eau est rendu difficile par les deux rivières qui y convergent. Chaque lieu est différent, mais aussi chaque journée de régate. L’un des seuls points qu’ils ont tous en commun est le côté amical et agréable de la population qui est excitée d’avoir une épreuve internationale chez eux.
Seahorse : Les Louis Vuitton Pacific Series à Auckland était votre premier rendez-vous majeur de match race depuis la dernière America’s Cup. Quel a été votre plaisir à retourner dans l’arène ?
EB : Courir en match racing sur des ACC V5 demande un effort colossal de la part de l’équipe, et le faire bien est très satisfaisant. Nous avons apprécié de revoir notre équipe de retour pour la première fois depuis la Coupe, et nous avons essayé de retrouver cette harmonie qui nous a permis de gagner à Valence… Les régates étaient cependant très différentes que sur la Coupe. Les courses étaient très courtes avec de nombreux obstacles, des obstructions, du courant et du vent très oscillant. Cela a été terrible de voir quelques nouvelles équipes venir sur le circuit, tout comme voir renaître de vielles rivalités. Le format et les différentes conditions faisaient que tout le monde avait sa chance de remporter une victoire sur un jour donné.
Nous avons aussi apprécié la possibilité de pouvoir naviguer sur des bateaux sur lesquels nous n’aurions jamais pu monter à bord. Les problèmes à résoudre sur ce type de bateaux sont un véritable défi pour les marins comme pour les architectes. Voir comment les autres équipes ont contourné le problème ou trouver des solutions nous a donné des idées, mais nous aussi donné confiance dans plusieurs des nôtres.
Plus que tout c’était génial de renouveler notre amicalité avec les autres équipes. Cela faisait trop longtemps que nous n’avions pas fait ce que nous aimons le plus : être sur l’eau et essayer d’obliger les autres à se soumettre !
SeaHorse : Triple champion du monde de match racing, comment vous sentez-vous après avoir pris un break de trois ans sur ce circuit ?
EB : J’ai l’impression d’être hier alors que j’allais à mon premier grand rendez-vous de match racing en 1991. Depuis j’ai eu plusieurs périodes durant lesquelles j’avais pris un break, et ce pour plusieurs raisons. Chaque fois cela m’a énormément manqué, et j’ai toujours adoré revenir sur le circuit.
Cela a été le plus long break que je n’ai jamais eu, et je pense que nous commençons à voir une nouvelle génération monter dans la ranking. Cela va être intéressant de voir les dernières évolutions, et bien sur les derniers changements imposés par les nouvelles règles. Le Tour est une bonne manière de se rentrer dedans, d’imaginer et de s’adapter à de très nombreuses conditions, parfois peu usuelles, de voir plusieurs styles différents et de trouver de nombreuses méthodes pour résoudre les problèmes. La durée très courte des régates, les bateaux différents à chaque épreuve et la pression obligent à trouver des réponses rapides et à prendre les bonnes décisions alors que les situations changent si rapidement. Lorsque votre équipe tourne bien, c’est toujours un plaisir.
SeaHorse : Quelle est la raison de votre absence ?
EB : Curieusement une préparation à l’America’s Cup vous écarte du World Tour. Mais le World Tour est ce qui vous prépare pour la Coupe et vous donne l’opportunité de vous retrouver parmi les premiers. Allez comprendre …
Pour courir dans le Tour vous prenez typiquement une équipe de quatre ou cinq équipiers qui comprend un numéro 1, un régleur, un tacticien/régleur de GV et un barreur. Si les équipes qui s’entraînent ou courent dans l’America’s Cup sont plus importantes, ne pas disposer de ces gars là peu être critique pour de bons résultats lors de la dernière ligne droite. Parfois nous programmons une maintenance ou une modification pendant une épreuve du Tour et nous avons alors la possibilité de courir sur un match race. Mais la réalité est que, lorsque les bateaux de la Coupe naviguent, votre monde est centré sur ces bateaux, six ou sept jours par semaine, pour plusieurs d’affilée. Et lorsque vous avez un moment de libre la plupart du temps vous le passez avec votre famille.
Le fait est que vous ne pouvez tout faire, ce qui est l’une des raisons premières que de nombreuses équipes veulent limiter la Coupe à une campagne à un seul bateau. Supprimer les campagnes de test à deux bateaux et vous aurez le temps de vous entraîner et de faire le Tour.
SeaHorse : Quel est votre équipe pour 2009 ?
EB : Cette année nous avons un petit noyau pour faire le Tour. Nous commençons avec Warwick Fleury, Pieter van Nieuwenhuijzen, Lorenzo Mazza and et moi-même. Rodney Ardren viendra nous rejoindre lorsque nous devrons naviguer à cinq. Alors que nous mixerons probablement des équipiers sur des épreuves de match racing pour trouver de nouveaux talents, la communication est un facteur important sur le World Tour, donc nous conservons le même équipage, c qui est préférable. L’un des challenges de courir dans la Coupe est de donner aux garçons une bonne expérience de match racing. Sur le Tour le poids moyen par équipier est limité à 87.5Kg. A partager entre quatre ou cinq équipiers cela laisse l’opportunité de prendre un grinder ou un mastman de 110 Kg. Ils ne disposent cependant pas de la même expérience qu’un régleur ou un tacticien beaucoup moins lourd.
Les autres marins d’Alinghi régateront avec Ernesto Bertarelli à bord de son D35 sur le Lac Léman, et sur des gros bateaux comme Numbers. Nous avons aussi les pré-régates en ACC V5 en juin/juillet et octobre en plus des régates annuelles du CNEV en novembre qui nous permettra de régater ensemble de nouveau comme une seule et même équipe.
SeaHorse : Comment vous préparez-vous sur le Tour ?
EB : Chaque épreuve est différente, tout comme les bateaux. Nous essayons de nous retrouver quelques jours avant chaque épreuve, mais cela n’est pas toujours possible. Dans ce cas, l’espoir est toujours de réaliser un bon round robin dès le début afin de pouvoir rentrer dans les semi finales. A ce moment là vous devez commencer à bien sentir le bateau. Cela n’est pas parfait, mais souvent cela suffit.
Une fois que nous saurons quel type de Coupe cela sera, vous pouvez-être sur que nous commencerons à nous prendre du temps pour la préparation du nouveau bateau.
SeaHorse : Quel est votre opinion sur le niveau actuel des concurrents du World Tour ?
EB : Cela fait plusieurs années que je n’ai pas pratiqué donc je n’ai pas de bonnes références pour juger les équipes actuelles. Je peux juste dire que les meilleurs sont sur les épreuves du Tour, nous pouvons donc présager de belles batailles. Je sais que l’on y apprend beaucoup et c’est toujours bien de renaviguer et de barrer des bateaux plus au feeling. De plus, après une saison entière en catamaran, cela sera bien de se remémorer la façon de naviguer sur un bateau qui gite.
SeaHOrse : Est-ce qu’Alinghi sera présent sur tout le World Tour ?
EB : Nous ne pourrons faire toutes les épreuves. Nous espérons participer à presque tous les rendez-vous cette année, mais cela se fera en fonction de la décision de justice sur l’affaire qui nous oppose à BMW Oracle… Notre but est de nous préparer nous même pour la Coupe. Si la Coupe se fait en monocoque sur un format de match racing, alors le Tour est le bon endroit où il faut être.
SeaHorse : Quelle est votre endroit favori pour régater ?
EB : C’est une question que l’on me pose souvent et j’ai chaque semaine une réponse différente. Il y a de très nombreux bons plans d’eau. Pour la Coupe Valencia offrait de bonnes conditions avec une ligne de départ juste à la sortie du port. C’est difficile de trouver mieux. Sur le Tour les lieux sont très différents : du lac en Allemagne aux cailloux en Suède. Le Brésil offre une baie agréable, alors qu’en Malaisie le plan d’eau est rendu difficile par les deux rivières qui y convergent. Chaque lieu est différent, mais aussi chaque journée de régate. L’un des seuls points qu’ils ont tous en commun est le côté amical et agréable de la population qui est excitée d’avoir une épreuve internationale chez eux.
Source : SeaHorse
Traduction : GMo.
27-03-2009 > Article
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27-03-2009 > Article
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