Le père avait alors jugé que voir ces solitaires gagner le large était une façon de rappeler à son fils que l’horizon lui appartenait toujours. Moins de deux ans après, le jeune homme était déclaré guéri. Aujourd’hui on ne s’étonnera pas qu’il soit l’un des trente solitaires les plus disponibles pour le public qui se masse sur le ponton du Vendée Globe. Peut-être parce qu’il sait plus qu’un autre combien la part de rêve qu’ils suscitent peut avoir d’importance. En 20 ans le Vendée Globe a grandi, le jeune garçon aussi. Dimanche il partira vers l’horizon, bien décidé à en prendre toute sa part. A cinq jours du départ Arnaud Boissières nous dit dans son interview tout son bonheur d’être là et bientôt autour du monde. On le croira sur paroles…
Interview d’Arnaud Boissières
Est-ce que tu te sens déjà parti ?
Ça fait un moment que je me sens parti mais je profite de ces moments où il y a du monde pour faire la fête entre guillemets. Lorsqu’on est rentré de la navigation hier, il y avait beaucoup de gens sur le ponton et j’ai plaisanté avec eux mais je pense que je suis parti depuis l’ouverture du village. Je profite du monde qui passe, des copains qui passent. J’essaie de profiter sans trop me fatiguer non plus.
On a le sentiment que tu ne te forces pas pour être disponible et communier avec le public ?
C’est sûr que personne ne m’y oblige. Depuis le premier jour où nous sommes arrivés aux Sables d’Olonne avec le bateau, il y avait un comité d’accueil. C’était Jacques Archambaud de Port Olonna avec quelques techniciens ainsi que des gens d’ici qui savaient que le bateau arrivait. J’ai eu un super accueil et ce sont souvent ces gens là que je côtoie aux Sables d’Olonne. Ils passent avec leurs familles, avec des cousins, ils viennent en vacances pour le départ du Vendée Globe ou alors ce sont des gens complètement extérieurs et c’est assez incroyable l’engouement qu’il y a autour de cette course. Ce n’est donc absolument pas une obligation.
Les gens qui viennent ici voient les coureurs comme des héros. Comment est-ce que tu vis ça ?
Ils exagèrent. Je fais des autographes et tout mais je ne suis pas Tom Cruise à Cannes. Je ne me voie pas comme une star.
Est-ce que ce qu’il se passe ici correspond à ce que tu attendais ?
Je ne m’attendais pas à grand-chose. Je me suis fait tellement de films dans la tête que je finalement, je me suis dit, on verra bien. Pour la période d’avant course, on m’avait traumatisé avec ça en me disant : tu verras, c’est l’enfer. En fait, je trouve que l’enfer ressemble plutôt au paradis… C’est vrai qu’il y a un peu de monde pour se garer mais c’est plutôt bien organisé.
Comment le marin rentre t’il dans la course ?
A J-10, on commence à avoir des fichiers de vent intéressants. L’autre jour, j’ai du prendre la météo six ou sept fois, ce qui ne sert à rien quasiment puisque les fichiers étaient presque les même. J’ai croisé Yves Parlier ce matin et il passera au bateau pour qu’on refasse le parcours ensemble pendant une heure. Au niveau technique, on a chargé tout le matériel à bord et je profite des moments de calme pour vérifier le matériel embarqué. La dernière chose que l’on appréhende tous, c’est le départ du ponton. Pas le côté émouvant et tout ça mais le côté purement technique. Ne pas abimer le bateau, faire attention que les deux zodiacs fonctionnent, ne pas s’échouer dans le chenal ni se prendre un pécheur ou un plaisancier en sortant. Pour le reste, je sais faire marcher le bateau.
Les premiers jours, tu les vois comment ?
Quoi qu’il arrive, quelle que soit la météo, c’est dur quoi qu’il arrive. C’est dur de passer de trois semaines avec beaucoup de monde à la solitude. Il faut couper avec la joie de partir pour rentrer très vite dans la course. Mais je n’appréhende pas plus que ça. J’ai tellement envie d’être dans la course que je pense que ça ira. Il y a le rythme de sommeil et le rythme culinaire à mettre en route mais ça va se faire naturellement.
Est-ce que tu mets du temps à rentrer dans la course ?
Non, pas spécialement. J’arrive assez vite à manger des lyophilisés. Je pense que pour la première fois, je vais emmener du frais, comme des pommes par exemple mais sinon, je rentre tout de suite dans le match.
Qu’est-ce qui va te manquer le plus ?
Je ne vais pas en mer pour le manque. Si je vais en mer, c’est parce que j’aime ça. J’attends beaucoup de choses de la vie en mer, donc si j’y vais pour me dire que je vais regretter les steaks hachés, ce n’est pas la peine. Je ne dis pas qu’au bout d’un mois ou deux mois mon petit garçon ne me manquera pas mais je pense que rien ne me manquera.
Est-ce que tu va suivre l’actualité pendant la course ?
J’ai un ami qui me donne sa vision à lui du quotidien et me l’envoie par mail. C’est un peu son Groland et il le faisait déjà sur les transats. Il apporte sa petite dose d’humour. J’aime bien avoir une idée de ce qui se passe à terre lorsque je suis en mer. Je ne suis pas footeux du tout mais je regarde ce que fait l’équipe de Bordeaux.
En ce moment, combien de temps passe-tu dans ton bateau ?
C’est variable. Avant-hier j’ai passé à peine 10 minutes dans mon bateau parce que j’étais très pris mais hier, j’étais en mer toute la journée et on est rentrés à midi pour déjeuner au restaurant avant de repartir en mer. Mais j’aime bien passer du temps sur mon bateau même s’il n’y a rien à faire. Là j’ai profité du fait qu’il n’y avait personne pour faire le tour du matériel et regarder ce qu’il y a à bord. Ce n’est pas que je ne fais pas confiance mais ça me rassure de vérifier.
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