Notre vision, par Mark Turner et Franck Cammas
Mark Turner, CEO d’OC Group, est l’un des organisateurs d’épreuves le plus respecté dans le monde de la voile. Franck Cammas, skipper des trimarans Groupama, est l’un des meilleurs coureurs au large au monde. Tous deux ont répondu aux questions du World Yacht Racing Forum sur la situation actuelle, et le futur, des multicoques dans la course au large. Est-ce que ces bateaux extraordinaires survivront à la crise actuelle ou disparaitront-ils tous ensemble ?
World Yacht Racing Forum : Franck Cammas et Mark Turner, pourquoi les 60’ ORMA ont-ils disparu ?
Mark Turner : le gros problème était que les 60’ ORMA devaient faire face à trop de compromis. Ils étaient menés alternativement en solitaire puis en équipage. Ils étaient utilisés sur des grand prix et sur des courses au large…. Leur chute a été terrible, mais je n’ai pas été surpris. L’équation commerciale ne pouvait être résolue.
Franck Cammas : De notre point de vue (celui de Groupama, ndlr) c’était parfait. Le ratio entre le coût et le prix de revient était bon et le format idéal. Malheureusement cela n’a pas été bien mis en avant par les skippers et les sponsors investis dans la classe ORMA. Je pense que les marins n’ont pas montré assez d’enthousiasme. Ils n’ont jamais parlé d’une seule et même voix. Cela n’est jamais arrivé.
WYRF : Aurons nous la chance de voir plus de multicoques autour du Monde ?
FC : Le trajet est génial pour les records ou les tentatives uniques.. Cependant beaucoup de partenaires sont intéressés par tous ces records mais il n’y a pas assez de compétiteurs. Par exemple pour les records en solitaire je ne pense pas que beaucoup de skippers rêvent de tourner autour de la planète tout seul sur de tel bateau.
MT : Le tour du monde est la course océanique la plus poussée. Le monde est devenu plus petit et les épreuves plus accessibles (ce qui ne signifie pas qu’elles soient plus faciles). Elles sont plus approchables par plus de monde.
Le Trophée Jules Verne sur les maxis est fantastique, mais ils doivent être uniques. D’un autre côté je pense qu’une nouvelle classe de multicoques pourrait régater autour du globe, et non juste traverser l’Atlantique. Je ne pense pas cependant que vous puissiez avoir une belle compétition avec des multicoques très grands, les bateaux sont trop différents.
WYRF : Les bateaux sont-ils trop chers ?
FC : Le buget d’un IMOCA 60’ est très proche et ils démontrent avec succès que les budgets et les coûts ne sont pas les questions.
MT : Le problème vient du fait que les budgets et les risques ont augmenté alors que le retour sur investissement n’a pas augmenté d’autant. Si vous regardez un IMOCA 60 vous remarquerez que la flotte est internationale alors que celle des multicoques ORMA n’était que française. Le fait de disposer d’autant de pays différents augmente automatiquement les garanties d’un meilleur retour international pour toutes les équipes. C’est l’une des raisons pour laquelle les IMOCA 60’ existent depuis si longtemps et ont encore de belles années devant eux.
WYRF : Les bateaux ne sont-ils pas trop fragiles ? Les règles trop souples ?
FC : Il y a toujours eu de la casse car c’est un sport mécanique. Je n’ai jamais vu un Grand Prix de Formule 1 où toutes les voitures finissent la course. Nous devons mieux les gérer. Regardez ce qu’a fait Mark Turner avec l’iShares Cup : il y a de très nombreuses collisions, de la casse et des dessalages. Nous aurions dû le penser de la même façon en ORMA 60
MT : Je pense que la casse fait partie du jeu, mais l’une des difficultés de l’ORMA 60 a été que la casse a mis souvent les bateaux hors jeu pendant plusieurs mois et avec des grosses factures financières à payer. Tous les skippers impliqués dans une classe doivent faire évoluer les règles de classe de manière juste car elles sont faites pour les personnes qui ont déjà des intérêts dedans afin de préserver les coûts et d’empêcher des changements de règle trop importants qui dévaloriseraient leurs bateaux. Le progrès est difficile, juste lorsque vous en avez besoin. Les eXtreme 40 sont un peu trop surpuissants, et ils se crachent et font des sorties de piste, mais le mois d’après ils sont d’attaque pour régater. Un ORMA 60 ne peut faire la même chose.
WYRF : Selon vous quelle est la meilleure combinaison pour les sponsors ?
FC : Je pense que beaucoup de personnes vendent trop cher leur projet. Il n’y a qu’un seul vainqueur dans chaque épreuve et si vous vendez cher vos chances de gagner vous allez décontenancer vos partenaires. Les projets doivent être viables même si vous finissez à la huitième place. Il doit y avoir aussi une mise en place de relations entre les sponsors et les coureurs.
MT : La grande différence entre la voile et les autres sports est que vous pouvez emmener de personnes avec vous ; Il y a de très nombreuses opportunités pour le faire, même lors d’une course au large : le départ, l’arrivée, les étapes …. Ces possibilités offertes offrent une grande valeur ajoutée comme nous avons pu le voir avec l’iShares Cup que le retour sur investissement du sponsor est réel. Je pense que cela a aussi du sens pour un sponsor de conjuguer avec les différents supports et d’avoir, par exemple un IMOCA 60’ et un multicoque comme un eXtreme 40. Le coût additionnel pour un eXtreme 40 pour une équipe d’IMOCA est comparativement assez faible. C’est une formule très intéressante dont dispose l’OffShore Challenges Sailing Team et nous allons déjà y retourner aux vues de comment cela a correctement fonctionné.
WYRF : Est-ce que les marins ont trop, ou pas assez, d’influence sur les décisions marketing ?
FC : Parfois trop, parfois pas assez… Le problème est qu’ils font tout mais qu’ils n’ont malheureusement pas une vision globale de ce qui se passe. Mais quoiqu’il en soit au final ce sont eux qui prennent les riques. D’une manière générale ils sont des personnes intelligentes. Mais têtus !
MT : C’est une question difficile. Certaines équipes ont des managers de projet très compétents, d’autres non et le skipper essaye de tout faire à la fois. Le côté commercial doit être clairement séparé de l’élément sportif. D’un point de vue technique il est essentiel d’écouter les régatiers. D’un autre côté, du point de vue de l’organisateur, il est beaucoup plus difficile d’organiser une épreuve de course au large avec les skippers plutôt que l’iShares Cup où les clients trouvent des équipes professionnelles basées sur un apport commercial. Je suis persuadé que la course au large a besoin d’organisateurs forts, compétents et professionnels. Bien que les régatiers ne soient pas toujours d’accord avec ça et pensent parfois que les organisateurs se font de l’argent facilement. En réalité c’est très dur de ne pas perdre de l’argent, et tous les organisateurs sont face aux mêmes problèmes. Les personnes oublient que la plupart des épreuves sont entre 5 et 20 (j’ai bien dit 20) fois plus rentables pour les sponsors des bateaux que pour ceux des épreuves.
WYRF : Pensez-vous que les trimarans ORMA 60’ ont un futur ?
FC : C’est un support spectaculaire, génial pour les marins, fascinant pour les architectes et fantastique pour les sponsors. Je suis donc persuadé qu’il y a un futur pour cette classe. Elle doit être juste mieux organisée.
MT : Je pense que les multicoques auront un nouveau départ un certain jour. C’est une classe superbe, pour le public et les régatiers. Je ne peux imaginer que cette classe soit terminée, mais je ne vois pas les précédent ORMA 60’ renaitre de leurs cendres. Le futur ressemble plus au projet du MOD 70 qui a été bien conçu, mais peut-être trop tard et trop tôt pour une renaissance totale de cette classe extraordinaire de multicoques de course au large.
Franck Cammas : De notre point de vue (celui de Groupama, ndlr) c’était parfait. Le ratio entre le coût et le prix de revient était bon et le format idéal. Malheureusement cela n’a pas été bien mis en avant par les skippers et les sponsors investis dans la classe ORMA. Je pense que les marins n’ont pas montré assez d’enthousiasme. Ils n’ont jamais parlé d’une seule et même voix. Cela n’est jamais arrivé.
WYRF : Aurons nous la chance de voir plus de multicoques autour du Monde ?
FC : Le trajet est génial pour les records ou les tentatives uniques.. Cependant beaucoup de partenaires sont intéressés par tous ces records mais il n’y a pas assez de compétiteurs. Par exemple pour les records en solitaire je ne pense pas que beaucoup de skippers rêvent de tourner autour de la planète tout seul sur de tel bateau.
MT : Le tour du monde est la course océanique la plus poussée. Le monde est devenu plus petit et les épreuves plus accessibles (ce qui ne signifie pas qu’elles soient plus faciles). Elles sont plus approchables par plus de monde.
Le Trophée Jules Verne sur les maxis est fantastique, mais ils doivent être uniques. D’un autre côté je pense qu’une nouvelle classe de multicoques pourrait régater autour du globe, et non juste traverser l’Atlantique. Je ne pense pas cependant que vous puissiez avoir une belle compétition avec des multicoques très grands, les bateaux sont trop différents.
WYRF : Les bateaux sont-ils trop chers ?
FC : Le buget d’un IMOCA 60’ est très proche et ils démontrent avec succès que les budgets et les coûts ne sont pas les questions.
MT : Le problème vient du fait que les budgets et les risques ont augmenté alors que le retour sur investissement n’a pas augmenté d’autant. Si vous regardez un IMOCA 60 vous remarquerez que la flotte est internationale alors que celle des multicoques ORMA n’était que française. Le fait de disposer d’autant de pays différents augmente automatiquement les garanties d’un meilleur retour international pour toutes les équipes. C’est l’une des raisons pour laquelle les IMOCA 60’ existent depuis si longtemps et ont encore de belles années devant eux.
WYRF : Les bateaux ne sont-ils pas trop fragiles ? Les règles trop souples ?
FC : Il y a toujours eu de la casse car c’est un sport mécanique. Je n’ai jamais vu un Grand Prix de Formule 1 où toutes les voitures finissent la course. Nous devons mieux les gérer. Regardez ce qu’a fait Mark Turner avec l’iShares Cup : il y a de très nombreuses collisions, de la casse et des dessalages. Nous aurions dû le penser de la même façon en ORMA 60
MT : Je pense que la casse fait partie du jeu, mais l’une des difficultés de l’ORMA 60 a été que la casse a mis souvent les bateaux hors jeu pendant plusieurs mois et avec des grosses factures financières à payer. Tous les skippers impliqués dans une classe doivent faire évoluer les règles de classe de manière juste car elles sont faites pour les personnes qui ont déjà des intérêts dedans afin de préserver les coûts et d’empêcher des changements de règle trop importants qui dévaloriseraient leurs bateaux. Le progrès est difficile, juste lorsque vous en avez besoin. Les eXtreme 40 sont un peu trop surpuissants, et ils se crachent et font des sorties de piste, mais le mois d’après ils sont d’attaque pour régater. Un ORMA 60 ne peut faire la même chose.
WYRF : Selon vous quelle est la meilleure combinaison pour les sponsors ?
FC : Je pense que beaucoup de personnes vendent trop cher leur projet. Il n’y a qu’un seul vainqueur dans chaque épreuve et si vous vendez cher vos chances de gagner vous allez décontenancer vos partenaires. Les projets doivent être viables même si vous finissez à la huitième place. Il doit y avoir aussi une mise en place de relations entre les sponsors et les coureurs.
MT : La grande différence entre la voile et les autres sports est que vous pouvez emmener de personnes avec vous ; Il y a de très nombreuses opportunités pour le faire, même lors d’une course au large : le départ, l’arrivée, les étapes …. Ces possibilités offertes offrent une grande valeur ajoutée comme nous avons pu le voir avec l’iShares Cup que le retour sur investissement du sponsor est réel. Je pense que cela a aussi du sens pour un sponsor de conjuguer avec les différents supports et d’avoir, par exemple un IMOCA 60’ et un multicoque comme un eXtreme 40. Le coût additionnel pour un eXtreme 40 pour une équipe d’IMOCA est comparativement assez faible. C’est une formule très intéressante dont dispose l’OffShore Challenges Sailing Team et nous allons déjà y retourner aux vues de comment cela a correctement fonctionné.
WYRF : Est-ce que les marins ont trop, ou pas assez, d’influence sur les décisions marketing ?
FC : Parfois trop, parfois pas assez… Le problème est qu’ils font tout mais qu’ils n’ont malheureusement pas une vision globale de ce qui se passe. Mais quoiqu’il en soit au final ce sont eux qui prennent les riques. D’une manière générale ils sont des personnes intelligentes. Mais têtus !
MT : C’est une question difficile. Certaines équipes ont des managers de projet très compétents, d’autres non et le skipper essaye de tout faire à la fois. Le côté commercial doit être clairement séparé de l’élément sportif. D’un point de vue technique il est essentiel d’écouter les régatiers. D’un autre côté, du point de vue de l’organisateur, il est beaucoup plus difficile d’organiser une épreuve de course au large avec les skippers plutôt que l’iShares Cup où les clients trouvent des équipes professionnelles basées sur un apport commercial. Je suis persuadé que la course au large a besoin d’organisateurs forts, compétents et professionnels. Bien que les régatiers ne soient pas toujours d’accord avec ça et pensent parfois que les organisateurs se font de l’argent facilement. En réalité c’est très dur de ne pas perdre de l’argent, et tous les organisateurs sont face aux mêmes problèmes. Les personnes oublient que la plupart des épreuves sont entre 5 et 20 (j’ai bien dit 20) fois plus rentables pour les sponsors des bateaux que pour ceux des épreuves.
WYRF : Pensez-vous que les trimarans ORMA 60’ ont un futur ?
FC : C’est un support spectaculaire, génial pour les marins, fascinant pour les architectes et fantastique pour les sponsors. Je suis donc persuadé qu’il y a un futur pour cette classe. Elle doit être juste mieux organisée.
MT : Je pense que les multicoques auront un nouveau départ un certain jour. C’est une classe superbe, pour le public et les régatiers. Je ne peux imaginer que cette classe soit terminée, mais je ne vois pas les précédent ORMA 60’ renaitre de leurs cendres. Le futur ressemble plus au projet du MOD 70 qui a été bien conçu, mais peut-être trop tard et trop tôt pour une renaissance totale de cette classe extraordinaire de multicoques de course au large.
Source : Bernard Shopfer
Traduction : GMo.
17-10-2008 > Article
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Traduction : GMo.
17-10-2008 > Article
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