Âgé de 46 ans, Thompson pense au Vendée Globe depuis longtemps. Pendant sa carrière professionnelle, qui a commencé il y a une quinzaine d´années, il a battu 25 records du monde, dont deux fois le record de la distance parcourue en 24 heures sur les maxi-catamarans Playstation et Maiden II. Depuis six ans, il cumule les expériences en 60 pieds IMOCA sur plusieurs bateaux, dont Skandia aux côtés de Will Oxley lors de la Transat Jacques Vabre 2005, l´Ecover de Mike Golding sur cette même course deux ans auparavant et également Artemis Ocean Racing. Initialement, la phase de préparation de Pindar n´a pas été des plus faciles, car en août 2007 il a démâté lors du Tour de l´Ile de Wight et puis de nouveau lors du convoyage vers Le Havre pour la Transat Jacques Vabre. Nous avons rencontré le skipper et l´avons interrogé à quelques semaines du départ.
Désormais mâté avec un nouvel espar plus léger, est-ce que vous domptez désormais la fauve?
"Nous avons vu que le bateau est très rapide, ce qui est bien. Il semble désormais très fiable et nous l´avons optimisé en rajoutant des éléments pour le Vendee Globe - des générateurs, des éoliennes, des panneaux solaires et une protection sur le cockpit. Le gréement est plus simple et fiable et nous avons rajouté des systèmes pour faciliter le travail."
Quelle sont les originalités de votre plan Juan K ?
"En comparaison avec les autres bateaux, celui-ci est extrêmement rapide au près, mais au largue, il est peut-être encore plus rapide. Nous avons plus de stabilité que les autres et si par vent arrière on est à la hauteur des autres, ce sera vraiment bien. Nous n´avons pas fait assez de courses. Le Vendée a un parcours au portant, notamment jusqu´au Cap Horn avec éventuellement un bord au bon plein dans le Golfe de Gascogne, mais par la suite ce sera au portant avec peut-être un peu au largue, mais essentiellement au portant jusqu´au Pot au Noir, avec un petit bord au largue dans les alizés du sud-est avant de retrouver des conditions au portant."
Pendant votre carrière, vous avez navigué sur toute sorte de bateau, du 125 pieds Playstation jusqu´au Mini. Le tour du monde en solitaire vous obsède depuis toujours?
"A un moment j´ai pensé faire la BOC, mais cela ne m´a jamais obsédée. J´ai continué de faire plein d´autres courses. Cela a toujours été un objectif et j´ai toujours su que j´aimerais naviguer en solitaire. Je me souviens de la première édition du Vendée, lorsque Titouan Lamazou avançait plus rapidement que les bateaux dans la Whitbread entre le Cap et l´Australie. Cela m´a impressionné - imaginer que l´on pouvait aller plus rapidement sur un 60 pieds en solo que sur un 80 pieds avec un équipage. J´aime bien la simplicité de la navigation en solitaire. Quand cela fonctionne bien, les récompenses sont d´autant plus importantes et j´aime la tranquillité de la course en solitaire, même si elle peut être plus stressante. En dormant, on ne décroche pas entièrement et le niveau de stress est ainsi plus élevé.
Que pouvez-vous dire de votre préparation ?
"J´estime que nous ne nous sommes pas autant préparés que certains, à cause de nos soucis. Nous n´avons pas pu faire la Transat Jacques Vabre, la Transat BtoB... J´aurais dû faire quatre transats et cela aurait été bien pour pouvoir travailler sur les voiles. J´ai fait deux Transats, à peu près 6000 milles en solitaire, ce qui n´est pas mal, mais cela aurait été mieux si j´avais pu faire ces autres courses. (...) Certes, contre les autres bateaux il n´y avait que le Tour de Wight, mais il y a toute mon expérience du Tour du Monde sur Cheyenne et lors de la course à Doha."
Comment voyez-vous cette édition du Vendée Globe?
"Je pense qu´il y aura une quinzaine de bateaux regroupés en tête de la course jusqu´à l´Equateur, une dizaine au Cap de Bonne Espérance, puis cinq après le Cap Horn et jusqu´à l´arrivée aux Sables d´Olonne. C´est un peu comme une course cycliste avec un peloton de tête, qui se réduit au fur et à mesure. Certes, il y a 20 nouvelles constructions, mais il y aura des incidents et certains vont devoir quitter le peloton."
Et le fait de voir autant de Britanniques?
"Sept bateaux britanniques. On n´en a jamais vu autant! Et avec Mike Golding, nous avons quelqu´un qui a beaucoup d´expérience sur les Open 60. Quant à moi, je me sens bien, ayant fait de nombreux tours sur des unités plus grandes et cela fait un bon moment que je cours dans le circuit IMOCA."
Qu´allez vous emporter avec vous?
Rien de particulier. Peut-être un peu de fromage, mais cela ne m´inquiète guère. Je peux survivre avec le minimum nécessaire et si tout marche bien dans la course, on est toujours très occupé en tout cas.
Vous avez une famille. Cela vous préoccupe ce départ?
C´est ce qui est le plus dur, mais ce sera encore plus dur pour Nathalie et les enfants à la maison. Moi, je serai à 100% dans le travail. Cela fera une longue absence, mais il y a des gens en Afghanistan et en Irak qui sont plus longtemps absents de leur famille. Je ne suis pas un sentimental - notre maison n´est pas remplie de souvenirs - mais j´espère que les enfants ne diront pas plus tard, "Mais tu étais où à Noël, Papa?´"
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