Le suspense de ce début de journée a rapidement été levé par le Comité de Course. Dès 11h00, l'annulation des manches de la journée a été annoncée. Le Mistral s'est en effet renforcé dans la nuit, générant dans la baie et au large des vents de force 6 à 7, fraîchissant 7 à 8 en fin de journée. Associé à une mer très formée au large et rendant la navigation dangereuse, ce coup de vent a incité l’organisation à la prudence.
L’ensemble des voiliers est donc resté à quai laissant des équipages désœuvrés aux terrasses ensoleillées du port de Saint-Tropez. Tous espèrent que la météo de samedi sera plus conciliante et leur offrira une dernière belle journée de mer.
5ème épisode de notre saga sur les architectes des Voiles : André Mauric
Né en 1909 à Marseille, d'un père ébéniste passionné de régate, André Mauric débute des études de mathématiques mais la crise de 1929 vient stopper sa formation. Employé par le chantier de Charles Baudouin à Marseille, André Mauric y réalise des embarcations portuaires, des bateaux de pêches et différents bateaux de servitude.
Outre cette activité motonautique, Mauric se passionne pour les voiliers de course. Il imagine son premier racer dès 1927 qu'il dessine, grandeur nature, sur le sol d'une salle à tracer. Après avoir usé ses genoux pendant un an et demi, Morwark sort enfin du chantier. Ce monocoque de 8,50 mètres de jauge est le premier voilier de régate à avoir trois barres de flèches. Très contesté à l'époque, André Mauric s’impose pourtant en remportant 22 courses sur les 29 dont il prit le départ avec son bateau. En 1929, il reprend ses planches et dessine alors son plus grand voilier, Jean-Gab, long de 16,60 mètres. Entre 1930 et 1939, il se lance dans la réalisation du Star, une série olympique. Ses réalisations remportent beaucoup de régates et de succès.
Après la seconde guerre mondiale, André Mauric intègre le Chantier de l'Estérel. De cette collaboration sortiront des vedettes pour les Douanes et la Marine Nationale. Des modèles qui seront ensuite exportées dans le monde entier.
Au début des années 70, Impensable, un Half Tonner sortant tout droit de la vision de Mauric remporte la Half Ton Cup. La célébrité gagne l’architecte et bon nombre de skippers font désormais appel à lui pour concevoir des monocoques rapides, fiables et performants. Avec Pen Duick VI en 1973, Jabado en 1975, Kriter V en 1982 et une participation dans les projets de France et France II du Baron Bich, André Mauric a signé les grandes pages de l'architecture des voiliers de course français. Sa dernière grande réalisation fut très certainement la conception de l'Alcyone, ce voilier mi-monocoque, mi-catamaran, dont le système de propulsion est une turbovoile.
Cette année, Giraglia, un Sloop de 10,80 mètres dessiné par André Mauric en 1963, participe aux Voiles de Saint-Tropez. Précédemment, de nombreux plans Mauric ont pu être admirés ici, à l’occasion des Voiles, Pen Duick VI en tête mais également Sylphe, un Côtre Marconi de 1940 d’une longueur de 18,50 mètres. Ce magnifique voilier, concurrent du Trophée Rolex 2006, a une histoire particulière dans la carrière de l’architecte. Dès son lancement, Ariel, premier nom de Sylphe, a bien failli ne jamais naviguer. André Mauric prit la décision de couler Ariel dans le port de Marseille pour ne pas offrir aux Allemands les 13 tonnes de plomb de la quille. Personne à Marseille n'a dévoilé ce secret, ce qui a probablement sauvé le voilier d'un pillage sauvage. A la fin de la guerre, la coque a été renflouée et le gréement mit en place. Ce n'est finalement qu'en 1947 qu'Ariel tirera ses premiers bords.
André Mauric meurt en 2003, quelques jours après la 3ème édition du Trophée Mauric, créé en son honneur.
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