103 yachts Classiques, gréés Marconi ou aurique, investissaient le plan d’eau face à la cité du Bailli de Suffren, imités en cela par les 12 mJI, les superbes répliques engagées sous l’appellation « Esprit de tradition », et une belle flottille homogène de 15 Tofinous. Un déploiement des plus beaux exemples de plus de 100 ans de génie maritime savamment organisé en classe de taille, pour permettre l’envoi consécutif de 5 départs tous plus spectaculaires les uns que les autres face à une aimable brise de Sud Est. Une mise en jambe de 15 milles nautiques en travers du golfe était proposée, idéale pour favoriser moult manoeuvres de virements de bords, d’empannages et d’envois de cathédrales de voiles d’avant, au plus grand bonheur des myriades de bateaux spectateurs encore une fois venues profiter d’un spectacle unique.
La surprise Fyne
Midi ! à l’heure où le soleil commençait à chauffer le plan d’eau, un premier départ était donné sous le Portalet pour les voiliers Classiques de moins de 15 mètres. Bona Fide, plan Sibbick de 1899, se montrait tout de suite à son avantage en s’emparant de la droite du plan d’eau. Fin, élancé, sa grand voile aurique surmontée d’une immense voile de flèche qui accentue encore la gracilité de sa silhouette, le petit côtre de Giuseppe Giordano s’accommodait au mieux des 5 à 7 noeuds de vent en cours d’établissement sur la zone de course. Plus audacieux peut-être, le cotre bermudien Windhover à Marc Poulain (construit il y a 100 ans sur des plans inspirés par Charles Nicholson) parti bâbord amure, passait en revue plusieurs générations de yachts racés et peu habitués à tant d’outrecuidance, parmi lesquels Aile VI, le voilier mythique de Virginie Henriot, le sublime Oriole à Francis van de Velde ou Dix Aout, le 6 mètres J toujours barré par Pierre Paul Hecky. Mais aux abords de La Moutte, marque située à l’entrée de la baie, c’est Fyne, le petit dernier du chantier Breton Sagnol, cotre aurique de 13 mètres sur le pont, mais 18 mètres hors tout avec l’addition du beaupré et le dépassement de la bôme arrière, construit sur un plan Fife de 1899, qui pointait en tête, glissant avec une élégante souplesse sur le mauvais clapot des hauts fonds.
Le vent qui avait pourtant atteint les 9-10 noeuds au plus fort de la journée s’effondrait totalement en milieu d’après midi, « piégeant » les yachts du côté de la Nioulargue et contraignant la direction de course à une réduction de parcours. La grande goélette Marconi Agneta, lancée en 1948 sur plan Rehmers était à ce moment de la course pointée en tête, devant les véloces sloops aurique Rowdy et Nan of Fife.
Monnet à la manœuvre
Toujours très attendu des photographes et autres spectateurs, le départ des grands voiliers auriques avait un air de majesté. L’immense goélette Mariette (Herreshoff 1915) moins à l’aise à remonter au vent poussait son bord vers Sainte Maxime. A droite du plan d’eau en revanche, Moonbeam of Fife remontait bâbord amure et glissait sous l’étrave de l’élégant Tuiga (Fife 1909) pourtant peu avare de virements de bord, malgré l’absence totale de tout winch à bord. Plus haut en milieu de plan d’eau, le navigateur Philippe Monnet était à la baguette d’un équipage très concentré à bord de Moonbeam IV. Calme et appliqué, il plaçait avec précision le grand plan Fife sur la partie la plus dégagée du parcours et avec du vent frais, pouvait libérer la puissance du cadet des Moonbeam (1914). Plus en retard sur la ligne et moins à l’aise dans les petits airs, les goélettes Lelantina et Sylvia jouaient le tout pour le tout sur la gauche du plan d’eau ; Sylvia est un grand ketch dessiné et conçu par Charles Nicholson en 1925. Reconnaissable à son gréement de ketch bermudien (ses deux grand voiles sont triangulaires), sa longueur hors-tout est de 43,48 m, pour une longueur au pont de 36,88m. Sa coque est à bordage de teck sur squelette d'acier doux et il porte 600 m2 de voile au près, son grand mât culminant à plus de 40 mètres…
Avec la perspective de voir demain le plan d’eau balayé par une belle brise, les 3 000 marins ont ainsi regagné le port et poursuivi à terre la convivialité d’une journée décidément hors du temps.
Les Moderne au Lion de mer
22 milles de régate au programme du jour pour les voiliers Modernes. 22 milles d’un parcours admirablement ciselé par le Comité de course qui plaçait quelques bouées de parcours de par et d’autre du golfe de Fréjus, histoire non seulement de multiplier les allures, mais aussi peut-être de tester la vigilance et la pertinence des navigateurs. A ce petit jeu, Peter Isler emmenait sans coup férir le puissant « Rambler » à une nouvelle victoire en temps réel pendant que ces principaux rivaux, les TP 65, malgré quelques tergiversations au passage des bouées, revenaient très fort dans le vent faiblissant de la zone d’arrivée pour une arrivée au couteau sous le Portalet. Moins de vent devant Pampelonne en revanche pour les Wally dont l’élan s’est vite évanoui avec le manque de vent.
Sensation :
Femmes, chefs d’entreprise, et marins…
Pour la troisième année consécutive, la Délégation de Saint-Tropez de l’Association des « Femmes d’entreprise » arme un voilier pour participer aux Voiles de Saint-Tropez ; la barre a une nouvelle fois été confiée à Marie Fauré qui gère un équipage de 8 personnes, dont deux femmes chefs d’entreprise. Les 6 autres jeunes femmes sont issues du club de Saint-Tropez, mais aussi de l’équipage champion du monde Match race en 2007 ! Cet équipage tout de rose vêtu (comme il se doit), navigue à bord d’un Archambault 35, avec l’ambition de l’emporter face aux autres A 35 engagés.
Attraction.
Tore Holm, 1896-1977.
Avec plus de soixante unités, Tore Holm est sans doute l'architecte qui a dessiné le plus de bateaux de Jauge Internationale au monde, 6 et 8 mètres JI notamment. Il est également l'auteur du bateau le plus médaillé aux Jeux Olympiques. Tore Holm a participé en tant que coureur aux Jeux Olympiques de 1920, 1928, 1932, 1936 et 1948. Il remportait l'or en 1920 à bord du 40 m2 Sif, et de nouveau l'or en 1932 à bord d'un 6 m JI. Il s'est ensuite lancé dans le design et l'architecture de voilier répondant aux critères de la Jauge Internationale, des métriques et aussi de voiliers de croisière. Grands habitués des Voiles, Havsoernen, le cotre Marconi de 1937, ou Ivanhoé, la Yawl Bermudienne de 21 mètres, sont nés de son crayon.
Le saviez vous…
Solway Maid
Le dernier des voiliers construits par la grande dynastie des architectes-constructeurs écossais. Lancé en 1939 par William Fife, le côtre marconi de 16 mètres Solway Maid ne porte pourtant pas le légendaire dragon stylisé qui finit le liseré à l'étrave de tous les voiliers dessinés par le maître Ecossais.
Le trophée Rolex
Le trophée Rolex sera attribué dimanche prochain à 11 heures lors de la remise des prix des Voiles, au voilier de tradition de plus de 16 mètres ayant cumul le moins de points sur l’ensemble des régates. C’est Agneta, le splendide monocoque de 25,10 mètres lancé en 1951 qui était lauréat l’an passé, tandis que So Fong l’emportait en 2006.
Rolex fait, pour la troisième année consécutive, parie du « Club des partenaires » des Voiles de saint Tropez. Un événement en parfaite adéquation avec l’élégance et l’esprit de compétition véhiculés par Rolex sur les mers du monde entier
Ils ont dit….
Bertand Debroc (Busy B)
« Nous naviguons un bord d’un gros bateau, un peu lourd de 28 mètres pour 28 tonnes, avec un équipage mixte de marins un peu aguerris et d’amateurs. Le but est clairement de se faire plaisir, et de partager notre passion avec des personnes qui découvrent la voile « de l’intérieur »…
Peter Isler (Rambler) :
« Ce fut une arrivée très serrée. Je pense que nous l’emportons mais la lutte a été très belle avec les TP 65, « Numbers » et « Money Penny ». Le parcours était très agréable avec un long bord de près, puis du reaching et du débridé vers Fréjus. On a eu un peu de chance dans la lecture des instructions de course car il était facile de manquer quelques marques de passage aujourd’hui…. »
Xavier Lecoeur (Mirabaud)
« Il est difficile de rester concentré sur le plan d’eau tant l’œil est attiré par les innombrables merveilles qui naviguent ici..Notre 60 pieds Open « Mirabaud » (vainqueur de la transat Québec saint malo 2000) n’est pas toujours très à l’aise aux allures proches du vent, et les nouvelles unités de types maxi sont de véritables avions de chasse. On est toujours surpris également des performances de coques dessinés et parfois construites voilà près d’u siècle et qui remontent merveilleusement au près aussi vite que des protos récents… »
PROGRAMME
VOILIERS DE TRADITION
Mercredi 1er octobre, Jeudi 2 (journée J. Laurain, Journée des défis, Club 55 Cup), Vendredi 3 et Samedi 4 : Parcours côtier, 1er départ 12h00
VOILIERS MODERNES
Mercredi 1er octobre, Jeudi 2 (journée J. Laurain, Journée des défis), Vendredi 3 et Samedi 4 octobre : Parcours côtier, 1er départ 11h30
Pour tout le monde remise des prix
Dimanche 5 Octobre, à partir de 11 heures
DRAGON SAINT TROPEZ
Lundi 6, Mardi 7, Mercredi 8 : Accueil, mises à l'eau et contrôle
Mercredi 8 : prologue (côtier)
Jeudi 9, Vendredi 10, Samedi 11 : Régates dans le golfe
Samedi 11 : remise des prix, 18 heures 30
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