A 24 heures du début des régates olympiques, Qingdao offre un visage quasi idyllique… Le site olympique de voile était plutôt réputé pour ses brises légères voir nulles, la brume, la pluie… Or le soleil, déjà largement apparu depuis le début de la semaine, inonde cette fois une baie dont chacun se met du coup à goûter de plus en plus l’esthétisme, mixte de buildings modernes et d’îles et côtes rocheuses qui ne dépareilleraient pas en Bretagne Sud. La brise ne dépasse certes guère les 5 nœuds mais reste suffisamment régulière pour permettre aux nombreuses embarcations sorties s’entraîner, dont les 49er, d’offrir un joli spectacle et surtout de régater dans des conditions sportives acceptables.
Selon Yann Amice, conseiller météo de l’équipe de France, tout autorise à penser que Finn et Yngling navigueront demain dans les mêmes conditions. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter aux 26 « Finnistes » et 15 équipages de Yngling qui auront le redoutable honneur d’ouvrir les joutes nautiques auxquelles participeront au final 400 équipages représentant 62 pays. Les quatre régates prévues demain à 13 heures – 2 dans chacune de ces séries – sont importantes pour les concurrents engagés mais aussi pour l’ensemble de leur équipe nationale tant il est préférable d’être dans le ton tout de suite : « mais dans un ton juste – nous précisait ce matin Philippe Gouard, DTN – en rentrant dans le match sans prise de risque. C’est vrai que c’est une responsabilité pour les deux premiers équipages engagés qui doivent surtout éviter un « gros trou » type disqualification. Il faut s’efforcer le premier jour de reproduire son niveau de jeu, le parcours est long. Guillaume (Florent) possède l’expérience pour cela en Finn et Anne (Le Helley) et son équipage se disent prêtes à réaliser leur projet en Yngling ».
Yngling :
Quillard de 6,36 mètres apparu aux JO d’Athènes, le Yngling est une série féminine qui oppose des équipages de trois personnes. La barreuse championne olympique en 2005, la britannique Sarah Robertson, ne défendra pas son titre mais deux de ses équipières d’alors, Sarah Ayton (devenue barreuse) et Sarah Webb ont brillamment maintenu le flambeau au cours de cette olympiade en devant championnes du monde en 2007 et 2008. Elles seront les grandes favorites en compagnie des américaines, grecques (avec à la barre la championne olympique de 470 à Athènes, Sofia Bekatorou), allemandes, norvégiennes (menées par une autre championne olympique 2004, cette fois en « Europe » en la personne de Siren Sundby) et russes.
Anne Le Helley, 5ème à Athènes après avoir frôlé le bronze, arrive avec un équipage recomposé voici moins d’un an mais qui a travaillé d’arrache pieds avec leur entraîneur Bertrand Dumortier, notamment en juin dans les eaux chinoises. Dotées d’une bonne culture tactique et stratégique, Anne le Helley, Julie Gerecht et Catherine Lepesant ont surtout cherché à progresser dans les manœuvres et la cohésion. Ce qui permet aujourd’hui à Julie d’afficher sérénité et une certaine dose de confiance. Et surtout l’envie de bien faire…
Interview de Julie Gerecht, équipière du Yngling tricolore :
Je suis arrivée ici sereine et après quelques jours de stress la semaine dernière parce que je voulais trop bien faire à l’entraînement, je me sens de nouveau à l’aise. Ce sont mes premiers JO mais à 24 heures du début je ne me pose pas la question ainsi car je ne veux pas me faire dépasser par l’événement. Je me dis que je vais aborder cette régate comme je le fais depuis 10 ans en essayant de bien naviguer. Ensuite, à la fin, si nous sommes bien placées, j’irai chercher une motivation supplémentaire en me disant que je suis aux JO. Cette première régate, nous l’abordons avec la volonté première d’éviter la grosse boulette. Ici elles peuvent être dues avant tout au courant et nous avons beaucoup travaillé cet aspect en juin avec Bertrand (Dumortier, entraîneur des Yngling). Quand je vois les concurrentes sur le parking, je me dis que nous avons les moyens de rivaliser avec les meilleures. Je suis rassurée, assez confiante même. En tous les cas, je ne refuse pas de me le dire .
Finn :
Doyen des dériveurs olympiques – depuis 1952 ! – le Finn dispose d’une jauge stricte qui autorise cependant une vraie recherche technologique. De ce point de vue, notre représentant Guillaume Florent, ingénieur de métier justement spécialiste des technologies de pointe, n’est évidemment pas désavantagé par la dimension « matérielle » de son support. Un support qui requiert également une sacrée dose d’expérience comme en témoigne par exemple la longévité d’un Ben Ainslie, médaillé d’or à Athènes et Sydney et d’argent à Savannah, qui remet son titre en jeu en Chine. Il sera, avec notamment le danois Jonas Hoegh-Christensen, l’espagnol Rafael Trujillo-Vilar, champion du monde 2007 et le slovaque Gasper Vincec, parmi les adversaires les plus difficiles à battre pour Guillaume. Mais ce dernier a de précieux arguments à avancer : une expérience olympique non négligeable (15ème en Laser à Atlanta, 8ème en Finn à Athènes), un mental de costaud et une certaine fraîcheur. Ayant mis entre parenthèses la voile olympique pour la Coupe de l’America, il n’est en effet revenu que cette année sur le circuit en affichant une progression qui l’a ramené rapidement à son niveau de 2004 : 21ème au Mondial de début d’année il a terminé 3ème au récent championnat d’Europe dont il était potentiel vainqueur avant la dernière journée. De quoi en faire un sérieux outsider pour le podium d’autant qu’il naviguera en confiance avec son entraîneur habituel à ses côtés : Michel, son père.
L’Interview du jour : Philippe Gouard, directeur Technique National
L’état d’esprit de l’équipe ? « Je la sens concentrée et en même temps, je sens qu’elle a hâte de commencer pour mettre son énergie accumulée dans la régate. Je la sens plus forte qu’à Athènes car en 2004, il fallait digérer les deux échecs successifs de 1996 et 2000 d’où une importante charge de revanche et de pression. Là, elle s’appuie sur une grande diversité en âge et expérience. On trouve des très jeunes qui ont une certaine naïveté sportive positive qui leur permet de ne pas se mettre trop de pression comme Sarah ou Jean-Baptiste (laser), d’autres qui ont au moins une expérience des JO et enfin des régatiers très expérimentés qui savent parfaitement gérer leurs JO comme Xavier Rohart ou Pascal Rambeau. Des différences finalement complémentaires pour l’équipe et qui n’empêchent aucun, des plus jeunes aux plus expérimentés, de pouvoir croire aussi fortement en leurs chances de podium. Je trouve très franchement qu’il s’agit bien d’une équipe. Chacun peut s’exprimer sans faire de l’ombre à l’autre, il y a des échanges, une solidarité de nation. C’est bien une équipe de France ».
La première journée de régate est importante : « Oui car il faut rentrer dans ce championnat avec un bon timing. Il ne faut ni verser dans l’euphorie, ni dans le pessimisme mais trouver le ton juste. »
Les chances de médailles : « On avait un potentiel de 5 à 6 médaillables avant Athènes et là je pense qu’on peut avancer le chiffre de 7 à 8… Mais la spécificité du plan d’eau peut permettre à ceux que l’on n’attend pas de tenter des coups et de les réussir… Et à l’inverse à des favoris de se rater. Cela peut marcher dans les deux sens également pour nous. C’est pour cela que l’objectif que nous avançons de trois médailles est raisonnable.