L’anticyclone des Açores mérite bien son nom : il s’est installé pile sur l’archipel et rend cette fin de première étape particulièrement lente et extrêmement incertaine quant à l’issue à Horta… Car un coup ce sont les leaders qui décollent du côté de Sao Jorge, un autre c’est le peloton qui accélère au niveau de Terceira, un autre encore ce sont les retardataires qui reprennent des milles au large de Sao Miguel ! Bref, cette dernière « ligne droite » (qui s’avère en fait un long chemin de croix pavé de pièges et finalement fort sinueux) est loin d’être achevée puisque les trois premiers n’ont parcouru que treize milles en sept heures, soit même pas deux nœuds de moyenne… Et le trio est toujours à touche-touche puisque le Portugais Francisco Lobato (Looking for…) n’a même pas un mille de marge sur Jérôme Lecuna (I feel good) et à peine trois cents mètres sur Pierre Rolland (D2-Marée Haute).
Ces leaders butent en fait sur un calme qui sévit derrière la pointe de l’île de Sao Jorge, à moins de vingt milles du but : comme le vent s’installe au secteur Sud faible (4-7 nœuds), il est dévié par les falaises de plus de deux cents mètres qui forment ce relief volcanique. Et encore plus au Sud, le cône de Pico culmine à 2 352 mètres, ce qui n’est pas pour favoriser la brise derrière cette majestueuse montagne. Bref, s’il semble tout de même acquis que ces trois skippers formeront le podium de la première étape, il est beaucoup plus difficile de pronostiquer une heure d’arrivée, probablement dans la nuit açorienne…
Une option risquée
Derrière ce triumvirat, Oliver Bond (Base Camp) s’est aussi planté sous l’île de Graciosa (au Nord de Sao Jorge) cet après-midi, mais après plusieurs heures de sur-place, le Britannique est reparti avec un souffle venu du Sud-Ouest. Il s’est tout de même rapproché de plus de dix milles des leaders ce jeudi… Peut-être arrivera-t-il à faire « l’extérieur » en piquant directement sur Faïal et s’il semble difficile de croire qu’il pourrait dépasser les trois leaders, il devrait tout de même arriver très proche en temps à Horta. Quant au peloton, cette situation anticyclonique a eu le mérite de redistribuer les cartes et d’offrir des opportunités tactiques. Ainsi, les Mini les plus au Sud lors de l’atterrissage sur l’archipel ont-ils pu choisir d’obliquer pour passer au vent de toutes les îles (Terceira, Pico) avant de plonger sur Faïal. Mais avec du vent de Sud tournant au Sud-Ouest cette nuit, les açoriens laissent entendre que cette option est extrêmement risquée. En passant entre Pico et Sao Jorge, c’est assurément un arrêt interminable sous le volcan et en laissant Pico à tribord, c’est l’obligation de rallonger sensiblement la route au Sud afin de ne pas raser l’île.
Du dévent à l’effet tampon
Car s’il est compréhensible que derrière une montagne, le vent est absent sur au moins cinq fois la hauteur du relief, phénomène décrit comme le « dévent » (Pico à 2 352 m = calmes sur 10 milles), il est moins évident d’imaginer que le vent est aussi nul ou presque sur le côté au vent d’un relief : dévié par la terre, la brise s’écarte comme l’eau d’un ruisseau autour d’un caillou et comme l’air est léger, il monte aussi au dessus de la montagne plusieurs milles avant, laissant un « tampon » sans air devant le relief. Et là encore, ce phénomène s’étend sur au moins trois fois la hauteur (soit sur 5 milles minimum pour Pico). Ceux qui ont choisi de passer par le Sud de l’archipel s’exposent donc à faire un très grand tour au large des îles et il pourrait donc y avoir bien des chambardements au classement ces prochaines heures. En effet, Stéphane Le Diraison (Cultisol-Institut Curie) suivi par Damien Guillou (Demi-Clé), Arnaud Vasseur (Nat’Che) et Marine Feuerstein (C20) ont délibérément quitté le peloton pour cette voie du Sud…
Quant au deuxième groupe emmené par François Champion (Pogoman) et Mathis Prochasson (Manu Poki) qui navigue à plus de cent milles des leaders entre Sao Miguel et Terceira, il peinait ce jeudi après-midi dans des vents très faibles et très variables à moins de deux nœuds de moyenne ! Heureusement, le centre anticyclonique se décale vers le Sud-Est ces prochaines heures et la brise va de nouveau rentrer de secteur Sud-Ouest dès vendredi midi. Il y aura donc encore du près à faire, mais au moins les solitaires avanceront à plus de cinq nœuds vers le but… Ainsi, ce n’est pas avant la tombée de la nuit que les trois (ou quatre ?) premiers franchiront la linge d’arrivée dans le port de Horta, et il faudra attendre le lever du jour vendredi pour que leurs poursuivants en terminent aussi. Et logiquement, le dernier concurrent (Rémy Andréan sur Soleto) sera aussi arrivé samedi après-midi.
Classement des voiliers de série le jeudi 7 août à 16h30
1-Pierre Rolland (D2-Marée Haute) à 20,8 milles de l’arrivée
2-Stéphane Le Diraison (Cultisol-Institut Curie) à 47,5 milles du leader
3-Sébastien Stéphant (Déphémèrides) à 47,8 M
4-Arnaud Vasseur (Nat’Che) à 61,4 M
5-Marine Feuerstein (C20) à 87,7 M
Classement des prototypes le jeudi 7 août à 16h30
1-Francisco Lobato (Looking for…) à 20,8 de l’arrivée
2-Jérôme Lecuna (I feel good) à 0,7 milles milles du leader
3-Oliver Bond (Base Camp) à 19,3 M
4-Fabien Sellier (Yemaya) à 29,7 M
5-Benoît Sineau (Cachaca) à 35,8 M
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