C’est une course océanique au profil très singulier qui débutera dimanche à l’ombre des plaines d’Abraham et du château Frontenac à Québec. Seule course transatlantique d’Ouest en Est sur l’Atlantique Nord, la Transat Québec Saint Malo offre aux intrépides qui s’y risquent un vaste registre d’allures et de régimes de vent, de mers et de paysages marins, d’ouvertures stratégiques et tactiques et par-dessus tout peut-être, de motifs d’émerveillement et de contemplation…
Le fleuve Saint Laurent, magique, mystérieux, et redoutablement majestueux
Morceau de bravoure de cette transat, la première phase d’une valse qui en compte quatre, les 353 milles de navigation fluviale entre les remparts de Québec et la ville de Percé, conjuguent féerie fluviale et imprévisibles pièges. 353 milles en route directe, un chiffre qui reflète mal la réalité d’une navigation au louvoyage entre les îles, dans un vent à la physionomie capricieuse qui évolue au rythme du fleuve, de ses encaissements plus ou moins brutaux et de ses îles plus ou moins protectrices. « Nous avons dû effectuer plus de 80 virements de bord en 2004 » se souvient Pierre Antoine (Imagine). Son trimaran de 50 pieds peu performant au vent arrière, contraint de chercher les angles de vent les plus efficaces, se voyait souvent pousser à proximité des rives où sévissent hauts fonds et courants. Ces derniers constituent la principale difficulté de ce premier quart de course. A 11 heures (17 heures françaises) dimanche, au moment du coup de canon donné en amont du Vieux Québec, le courant poussera les voiliers à environ 3 nœuds ! Plus tard, au passage de la célèbre et bucolique île d’Orléans, ce sont près de 4 noeuds que l’on relève par endroit ! Idéal pour quitter rapidement la zone de départ. Mais gare à la renverse. Et si le fleuve doit aussi sa majesté à la beauté des contrées qu’il irrigue, attention à ne pas se laisser endormir par la beauté sauvage des paysages. Le fleuve charrie encore mille et uns objets arrachés au printemps par ses nombreux affluents. « Heurter un objet est la hantise des coureurs » avoue Jean Edouard Criquioche (Class40 « Esprit large ») « Il est certain que jusqu’à Percé, on ne fermera pas beaucoup l’œil. »
Place aux îles
L’immense estuaire du Saint Laurent débouche sur un second tronçon de la course, véritable antichambre avant le grand large et l’Atlantique. Après les marques de passage obligées de Rimouski au bord du fleuve, à 142 milles de Québec, puis de Percé (350 milles), les navigateurs doivent laisser l’île de Miquelon sur bâbord, et Saint Pierre à Tribord. Située à 690 milles de Québec, cette marque de parcours originale et haute en couleur va aussi conditionner une route au plus près de Terre-Neuve, et un possible regroupement de la flotte. Le vent rentre après Percé de manière plus régulière. Les cirés sont alors de mises. Les coureurs ne les quitteront plus jusqu’au plateau continental Européen.
Grands bancs et grands espaces…
Passé l’archipel de Saint Pierre et Miquelon, la route mythique des Grands Terre Neuvas du siècle dernier s’ouvre aux voiliers de course. La glisse sous le Cap Race, à la pointe australe de Terre-Neuve s’effectue en mode de surveillance maximum, surtout, et comme c’est souvent le cas, si l’épais brouillard né du contraste thermique entre le continent et l’océan, est de la partie…On touche alors à la phase aléatoire de la course, puisque la route la plus directe vers l’Europe traverse la zone de dérive des icebergs. La Direction de course est bien entendu particulièrement vigilante à l’évolution de ce champs de glace. Elle se réserve la possibilité de placer virtuellement des « portes » obligeant les coureurs à contourner par le sud, une zone dangereuse.
Bienvenue en Atlantique
Près de 2 000 milles d’Océan Atlantique s’ouvriront depuis le cap Race devant les étraves des concurrents. L’affrontement classique des dépressions descendues du labrador et de l’Anticyclone des Açores fournira (ou non…) le carburant vélique nécessaire à pousser les voiliers vers la Manche, Bréhat puis Saint-Malo. De la puissance de l’un ou l’autre de ces deux phénomène dépendra le confort et les performances des voiliers, selon qu’ils recevront le souffle des dépressions dans leur tableau arrière, ou la puissance de l’anticyclone dans l’axe de leur route.
Dernier sprint, derniers dangers
La Manche a, par le passé, sonné le glas des espoirs de nombre de postulants à la victoire Malouine… Marc Guillemot en 2000 ou Giovanni Soldini et son monocoque cette même année ont fait l’amère expérience de voir au large des côtes de Bretagne fondre des avances pourtant conséquentes, et sur un dernier bord malheureux, s’envoler une victoire promise. Les concurrents en route vers la bouée de Banchenou à 7 petits milles de l’arrivée devront avoir conservé fraîcheur et lucidité pour négocier une Manche souvent paresseuse en cette saison.
Qué bec !
Le regretté Paul Vatine, Normand bon teint s’il en est, adorait la Transat Québec Saint-Malo qu’il avait remporté en 1988 sur Jet Services, avant de signer deux troisième place en 1992 et 1996. Il tenait de son père la version suivante de l’origine du mot « Québec » ; un marin Normand en arrivant lors des premiers voyages explorateurs du Nouveau Monde, se serait exclamé devant l’immensité de l’estuaire : « Qué bec ! », ou, en Cauchois pur jus, « Quelle Baie ! », le mot « Bec » prenant dit-on ses racines dans le langage des Vikings fondateurs du Duché de Normandie et désignant en effet un estuaire, une baie (cf les villes de Caudebec, Bolbec sur les rives de la Seine). Cette version qui demande assurément la caution d’experts ad hoc, plaisait en tous cas beaucoup à Paulo, l’ami des Québécois.